DE GAULLE, L'ÉCLAT ET LE SECRET

Interview de Samuel Labarthe

Un de Gaulle plus vrai que nature

Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a proposé d'interpréter un tel personnage historique ?

Quel challenge fantastique ! Cette voix qui s'est fait entendre seule de l'autre côté de la Manche avant de s’imposer dans le cœur et l'âme des Français, faisant vibrer nos valeurs et notre histoire, résonne aujourd'hui avec encore plus de force. De Gaulle avait coutume de dire après sa démission que les Français se rendraient compte qu'il avait raison dans dix ans, mais encore plus dans cinquante ans. Nous y sommes…

J'étais en plein tournage des Petits Meurtres d'Agatha Christie quand j’ai été contacté pour le casting, fin mai 2019. Rencontrer François Velle, le réalisateur, fut déjà un vrai plaisir. Notre très belle séance de travail m'a donné une idée de l'ampleur de la tâche qui nous attendait tous.

Il était acquis dès le départ qu'il faudrait passer entre 3 et 4 heures de maquillage par jour pour 5 à 7 minutes utiles à la télévision ! Les journées allaient être longues et, surtout, il fallait tenir sur la durée. Un vrai marathon ! Le travail des deux maquilleuses et du coiffeur a été remarquable, aussi bien sur les poses de prothèses que sur le vieillissement. Nous serions au cinéma qu'ils mériteraient le césar du meilleur maquillage !

 

 

Comment avez-vous travaillé la personnalité emblématique du général de Gaulle ?

Le défi était double, car dans le titre, L'Éclat et le Secret, figurent l'homme privé et l'homme public. Or, sur l'homme privé, nous ne savons rien ou presque rien. Il fallait « l'inventer » en quelque sorte. Et pour que cela soit crédible, il fallait que les apparitions publiques, celles pour lesquelles il existait des documents, soient, elles, fidèles à l'original.

Restait à aborder le personnage de l'intérieur, s'attaquer à la statue du Général. J'ai lu, visionné et écouté tout ce que je pouvais, m'imprégnant de l'esprit, des traits de caractère, des petites phrases… Des Mémoires, des images d'archives, des documentaires. Mais le plus inspirant restait sans nul doute le magnifique scénario de Jacques Santamaria et Patrice Duhamel, qui parlait si bien de cette période et qui donnait envie de s'y replonger.

Au final, pour le travail d'« interprétation », il fallait éviter à tout prix l'imitation. Incarner sans caricaturer. Un exercice compliqué auquel j’ai déjà dû me confronter lorsque j’ai travaillé sur le rôle de Dominique de Villepin dans La Conquête ou encore Jacques Chirac dans La Mort du Président.

« Nous avons tendance à développer un complexe pour tout ce qui nous rassemble, tout ce qui touche à notre identité commune. Celle-ci passe pourtant par une connaissance de l'Histoire. De Gaulle en est un exemple saisissant. »

DE GAULLE, L'ÉCLAT ET LE SECRET

 

Le couple que vous formez avec Constance Dollé (Yvonne) est particulièrement marquant…

C'est l’un des grands apports de ce film. Grâce à ce grand écart entre sphère privée et vie publique, c’est tout un pan de son existence, mal connu des Français, car jalousement préservé par la famille, qui peut enfin parvenir jusqu’à nous.
Et, en effet, plus encore le rôle d'Yvonne, son épouse, qui le suit partout, dans tout. Qui veille sur tout et tous. Qui conseille, qui commente, qui lit et qui écoute, confidente privilégiée de la solitude de l'homme d'État. Et en filigrane, cet amour qui les unit et les aide à surmonter tant et tant d'épreuves. C'est encore à Yvonne que le Général dédie tout ce qui a été fait dans sa vie ! On avait coutume de dire à l'époque que derrière chaque grand homme, se « cachait » une grande femme. Notre époque a l'avantage de leur redonner leur place véritable, c'est-à-dire aux côtés, et non pas derrière, ou même devant ! Ce film lui rend hommage.

 

À vos yeux, quelle peut être l’ambition d’une telle fiction ?
Je suis très heureux d'avoir pu participer à une aventure que je qualifierais de « nécessaire ». En effet, les plateformes anglo-saxonnes n'hésitent pas à revisiter l'Histoire et à proposer des sagas formidables comme The Crown, mais avec leur angle. Pourquoi la télévision française, et plus encore notre service public, ne saisirait-il pas l’occasion d'exporter notre culture ainsi que notre savoir-faire ? Nous avons tendance à développer un complexe pour tout ce qui nous rassemble, tout ce qui touche à notre identité commune. Celle-ci passe pourtant par une connaissance de l'Histoire. De Gaulle en est un exemple saisissant. Il avait une connaissance profonde de son pays. C'est ce qui lui a donné la force de combattre seul contre tous et de redonner à la France sa place sur l'échiquier mondial. Aujourd'hui, il s'agit de redonner aux jeunes générations cette idée de la France, non pas au nom d'un quelconque repli sur soi, mais pour transmettre les repères, les outils d'analyse nécessaires pour réfléchir au monde de demain.
C'est pourquoi je salue tous ceux grâce à qui cette fiction de service public existe. Delphine Ernotte et les équipes de France Télévisions. Simone Harari Baulieu, la productrice, qui a su relever courageusement le défi de ce projet fou et réunir les talents nécessaires. François Velle, le réalisateur, doté d’une volonté farouche, qui a su entraîner les acteurs et les techniciens dans une aventure que l'on savait exceptionnelle. La détermination de tous me rappelle la citation que l'on prête à Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait » ! La complicité qui a uni l’ensemble de l'équipe est formidable, elle fait honneur à la fiction française.


Quels sont les plus grands souvenirs du tournage que vous avez conservés ?
J'ai été particulièrement ému d'enregistrer, face au véritable micro de l'époque prêté par un collectionneur, le discours du 18 Juin à la BBC. Le discours du Débarquement aussi : « Et voici que reparaît le soleil de notre grandeur ! ». Et que dire du discours de l'Hôtel de Ville en août 44, le fameux « Paris brisé… » ! Tant d'ardeur, de ferveur, d'émotions palpables. De ces moments qui font l'Histoire !
Mais mon meilleur souvenir restera sans aucun doute le privilège incroyable d'avoir pu tourner à La Boisserie, de m'être assis au bureau de cette tour, construite à la demande du Général, et qui a vu naître ses Mémoires, de m'être promené dans le parc surplombant cette vue qu'il a si souvent contemplée et qui lui a permis de prendre de la hauteur sur les événements. Ce rôle qui pouvait apparaître comme écrasant, comme une mission impossible, pourrait aussi bien être mon « chant du cygne » tellement tous les instants ont été forts, magiques, et oui, j'ose le dire, empreints d'une certaine grâce.

 

 

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