Victor Belmondo revient sur son immersion dans le rôle du mythique Julien Sorel pour la nouvelle série de Gaël Morel. Entouré par Virginie Ledoyen, en solennelle Louise de Rênal, et par Camille Razat, en impétueuse Mathilde de La Mole, le comédien porte avec brio cette version revisitée du classique de Stendhal. Pour son tout premier tournage en costumes, l'acteur livre ses analyses sur un chef-d'œuvre toujours d'actualité qui questionne notre société, et sur un héros qui agace autant qu’il fascine.

 

Le Rouge et le Noir est encore largement étudié à l'école. Qu'est-ce qui fait que l'histoire de Julien Sorel résonne encore si fort aujourd'hui ? Qu’est-ce que sa soif d'ascension sociale et ses relations amoureuses disent de notre société actuelle ?

C’est un texte résolument moderne. En le lisant aujourd’hui, le décalage sur les notions que la société de l'époque inculquait, le conformisme ou la fracture sociale, est énorme. Certes, des tas de choses ont évolué depuis, comme l'influence du clergé ou la liberté des femmes – on est malheureusement encore loin du compte aujourd'hui –, étudier ce roman ou le voir adapté à l'écran reste très important. Cela permet de voir le chemin parcouru et celui qu'il reste à parcourir. Certaines thématiques traversent le temps : c'est une œuvre sur l'ambition, absolument universelle et actuelle, tout autant que la passion amoureuse ou la lutte contre le déterminisme social.

Quelle scène de la série vous a le plus marqué en tant qu'acteur sur le tournage ?

Celle avec Camille Razat (Mathilde de La Mole) où je l'empoigne et où elle me casse un vase sur la tête. Les scènes de violence sont toujours compliquées à jouer ; ce n'est jamais anodin ni plaisant, d'autant plus que c'était le premier jour de tournage de Camille. Heureusement, tout s'est déroulé de la meilleure des façons grâce au régleur cascade et par l’entente, la proximité et la confiance que l’on partage avec Camille. 

Et en tant que spectateur après visionnage ?

C'est dur de ne retenir qu'une seule scène, néanmoins, en découvrant la série, un plan précis m'a marqué. Lorsque Julien Sorel monte à cheval pour rejoindre son ami Fouqué dans les montagnes, le plan est mouvant, presque vertigineux : on a la sensation que ce sont les montagnes derrière lui qui bougent. Je n'avais pas ce recul devant la caméra, et ça raconte vraiment quelque chose des tourments du personnage.

Julien Sorel est un personnage assez sombre, était-ce difficile de l'incarner ? Vous êtes-vous inspiré d'autres acteurs qui ont endossé ce rôle emblématique avant vous ?

C'est un personnage contradictoire. Sombre, effectivement, mais en même temps très lumineux. Dans son ambition et sa passion, quelque chose s'anime et rayonne. Ce n'était pas difficile, c'était surtout passionnant d'aller chercher toutes ces contradictions : la lumière, la noirceur, l'amour et l'ambition mêlés.

Pour le reste, je n'ai vu aucune des adaptations précédentes. Le seul Le Rouge et le Noir que je connaisse est bien sûr l’œuvre originale et celui-ci, celui de Gaël Morel. Son Julien Sorel est le fruit de notre propre interprétation à la lecture du livre de Stendhal.

Quelle est la caractéristique de ce personnage qui vous a le plus marqué ? Et laquelle est particulièrement ressortie à l'écran alors que vous ne l'aviez pas forcément perçue à la lecture ?

Je ne me rendais pas compte, ni à la lecture du livre, ni à celle du scénario, ni même en l'interprétant, à quel point il pouvait être sournois et insolent. En visionnant les scènes, je me suis dit : « Ah oui, quand même, il est dur... Il est d'une insolence ! ». Ce n'est pas un trait de caractère que je suis consciemment allé chercher, Gaël [Morel] m'a très bien dirigé. En voyant le résultat final, je me suis fait la réflexion : « Parfois, tu as envie de lui mettre des claques ! » (rires).

Quels sont vos prochains projets ?

Je vais jouer pour la première fois en anglais, avec Stanley Tucci (Le Diable s’habille en Prada, Hunger Games) et Simona Tabasco (The White Lotus) dans Masterplan qui sortira cette année. Par ailleurs, je suis en pleine préparation pour un nouveau tournage qui commence dans deux semaines. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je vais incarner un agriculteur…

Propos recueillis par Maé Savouré

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