« À l’heure de l’accélération permanente, notre responsabilité est d’offrir des clés de lecture du monde. Nous voulons éclairer le présent sans nous épuiser dans l’immédiateté et faire de la connaissance une aventure partagée. »
Antonio Grigolini, Directeur éditorial « Savoirs »
Interview d'Antonio Grigolini
Directeur éditorial « Savoirs »
« Bâtir de véritables écosystèmes de savoirs »
Quel est le sens de cette nouvelle direction éditoriale des Savoirs ? Que dit la rentrée 2026-2027 de l’ambition du service public en cette matière ?
Notre ambition est simple : rendre le monde plus lisible sans jamais le rendre plus petit. Nous vivons dans une époque où le réel semble à la fois plus proche et plus difficile à déchiffrer. Les bouleversements géopolitiques, scientifiques, technologiques ou environnementaux se succèdent à un rythme qui disperse notre attention autant qu’il brouille les repères. Dans ce contexte, notre mission est d’offrir des clés de lecture et de passionner les Français pour la compréhension du monde. Comprendre demande du temps : le temps de l’enquête, de la contradiction, de la réflexion. À l’heure de l’accélération permanente, nous revendiquons cette temporalité. Notre responsabilité est de proposer des œuvres qui éclairent le présent sans s’épuiser dans l’immédiateté de l’actualité. Des récits qui aident à déchiffrer le monde aujourd’hui et qui conservent leur force demain.
« Comprendre demande du temps : le temps de l’enquête, de la contradiction, de la réflexion. À l’heure de l’accélération permanente, nous revendiquons cette temporalité. »
Comment cette nouvelle direction est-elle organisée ?
La direction des Savoirs, dont Julie Grivaux est la directrice adjointe, a été pensée autour de grands territoires de connaissance plutôt qu’autour des genres.
Elle s’appuie sur six pôles thématiques. Le pôle « Sciences et nature », dirigé par Amandine Picault, est consacré au partage des savoirs scientifiques sous toutes leurs formes. Le pôle « Histoire et arts », piloté par Emmanuel Migeot, explore le passé comme la création contemporaine pour y chercher des clés de lecture du présent. Enfin, le pôle « Géopolitique et récits contemporains », dirigé par Renaud Allilaire, se consacre aux grands enjeux nationaux et internationaux qui façonnent notre époque.
Nous disposons également d’un pôle « Coproductions et acquisitions internationales », sous la responsabilité de Caroline Behar. Son rôle est essentiel : permettre à France Télévisions d’accéder à de grands projets internationaux et de développer des collaborations que nous ne pourrions porter seuls.
La direction accueille aussi Lumni, notre offre éducative de service public dirigée par Anne Daroux, ainsi que les émissions religieuses, sous la responsabilité de Laurence Godon.
Derrière cette organisation, il y a une conviction : la connaissance n’est jamais abstraite. Derrière chaque enjeu scientifique, historique ou géopolitique, il y a des destins, des choix, des conflits, des imaginaires. C’est à cet endroit précis que le savoir devient récit.
« Notre responsabilité est de proposer des œuvres qui éclairent le présent sans s’épuiser dans l’immédiateté de l’actualité. »
Aujourd’hui, transmettre des savoirs, est-ce encore faire du documentaire ?
Le documentaire demeure au cœur de notre mission. Il reste l’une des formes les plus puissantes pour donner à comprendre le réel, explorer une question ou raconter une histoire humaine.
Mais nous ne partons plus du genre pour définir notre ambition éditoriale. Nous partons d’une mission : transmettre, éclairer, relier.
Le documentaire en est une expression majeure. Il n’en est plus l’unique forme. Vodcasts, formats numériques, expériences interactives ou dispositifs éducatifs prolongent aujourd’hui le même geste : rendre la connaissance accessible.
Ce qui compte n’est pas le format, c’est ce qui nous permet de comprendre du monde.
Quels programmes incarnent cette ambition pour la saison à venir ?
Dans le champ géopolitique, nous développons notamment Worst Case (titre provisoire). Le film plonge le spectateur au cœur d’une simulation extrêmement documentée d’une crise majeure aux frontières de l’Europe. Son intérêt n’est pas tant d’imaginer une catastrophe que de rendre visibles les mécanismes de décision, les dilemmes politiques et les enchaînements stratégiques qui se révèlent dans les moments de bascule.
Nous poursuivons également un travail autour de notre histoire contemporaine à travers une collection qui, après 1998, l’été de nos 18 ans de Maria Pourchet, invite des écrivains à revisiter des moments fondateurs de notre mémoire récente. Nicolas Mathieu reviendra sur l’expérience du confinement, tandis qu’Éric-Emmanuel Schmitt se penchera sur l’année 1989. Ce qui nous intéresse ici, c’est la rencontre entre la mémoire collective et une sensibilité d’auteur. Les archives racontent une histoire, les écrivains permettent de la réinterroger.
Nous proposerons également un film consacré à la bataille de Verdun. Au-delà du récit militaire, c’est un moment où la nation française se regarde elle-même et se constitue comme communauté de destin. Grâce à des archives privées exceptionnelles et à des dispositifs de reconstitution inédits, le documentaire cherche à retrouver l’épaisseur humaine de cet événement fondateur.
« Derrière chaque enjeu scientifique, historique ou géopolitique, il y a des destins, des choix, des conflits, des imaginaires. C’est à cet endroit précis que le savoir devient récit. »
Les sciences occupent également une place importante dans votre projet…
Effectivement. Cette saison, nous aurons notamment Terra futura, un projet à la frontière de la vulgarisation scientifique et de l’anticipation. Le film imagine la Terre dans un million d’années, à un moment où le vivant semble recommencer son histoire. Dans ce futur solidement ancré dans les connaissances scientifiques, de nouvelles formes de vie émergent, se transforment et s’adaptent. Cette traversée du temps devient une manière de raconter l’évolution comme une aventure ininterrompue.
Nous préparons également un documentaire consacré aux méga-sécheresses, phénomène appelé à devenir l’un des grands défis du siècle.
Et puis il y a parfois des projets qui empruntent des chemins inattendus. Un film consacré aux catacombes de Paris nous permettra de raconter l’histoire biologique, sanitaire et sociale de plusieurs générations de Parisiens à partir des traces laissées sous la ville.
La science est souvent le plus puissant des récits humains. Elle raconte nos limites, nos découvertes, nos erreurs, notre rapport au temps.
Vous élargissez aussi le champ des savoirs à des territoires moins attendus, comme le sport ?
Le sport est l’un de ces grands récits contemporains. Il parle de transmission, de construction de soi, de représentation collective, parfois même d’identité nationale. Ainsi, la série Léon, au-delà de l’or, consacrée à Léon Marchand, nous intéresse pour cette raison. Derrière le champion, il y a une histoire familiale, un apprentissage, une époque.
Cette ouverture concerne-t-elle aussi les territoires culturels et numériques ?
Très clairement. La culture populaire, les phénomènes numériques, les grandes figures médiatiques ou les débats intellectuels contemporains participent eux aussi à la compréhension du monde.
Parallèlement, nous développons un partenariat avec Le Grand Continent afin de proposer des analyses, des entretiens, des podcasts et des formats longs consacrés aux grands bouleversements géopolitiques contemporains.
Il s’agit d’aller vers les publics là où ils se trouvent, sans jamais renoncer à l’exigence.
Le virage streaming first vous conduit-il à repenser les formats et à travailler autrement avec les créateurs numériques ?
Pendant longtemps, l’audiovisuel s’est organisé autour de rendez-vous de diffusion. Les projets étaient pensés à partir d’une case, d’un horaire, d’une chaîne. Aujourd’hui, les usages ont profondément évolué. Les publics ne raisonnent plus en termes de cases, ils choisissent de récits, des sujets, des univers éditoriaux.
Les projets sont donc désormais pensés d’abord pour leurs publics et pour leur capacité à rayonner sur france.tv. Cette évolution nous rend également plus libres dans les formats. La question n’est plus : « quelle durée exige la case ? », mais : « quelle forme sert le mieux le récit ? »
Cela nous conduit aussi à dialoguer avec les créateurs numériques. Certains ont développé une remarquable capacité à transmettre des connaissances, à susciter la curiosité ou à toucher de nouveaux publics.
Notre ambition n’est pas d’imiter leurs codes. Elle est de travailler avec ceux dont la démarche rejoint nos exigences éditoriales.
Dans le contexte actuel, la valeur du service public réside dans sa capacité à produire des contenus fiables, travaillés, vérifiés et éditorialisés, l’enjeu étant de bâtir de véritables écosystèmes de savoirs.
Comment garantir la diversité des regards dans un paysage médiatique de plus en plus fragmenté ?
D’abord en continuant à travailler avec un tissu extrêmement large de producteurs, d’autrices, d’auteurs et de réalisateurs. La diversité éditoriale ne se décrète pas. Elle se construit par la multiplicité des points de vue. France Télévisions travaille avec plusieurs centaines de producteurs. Cette diversité n’est pas seulement une richesse, elle est la condition même de notre mission. Car aucun regard, à lui seul, ne suffit à raconter le monde.
Documentaires
War Game : 4 jours pour sauver la France
Depuis le début de 2022, la crise géopolitique liée à la guerre en Ukraine ne cesse de se développer, tout comme une forme de guerre hybride menée par la Russie à l’égard de l’Europe. Quelle sera la prochaine étape ? Un embrasement du conflit est-il possible ? Comment réagiraient les dirigeants français à une telle escalade ? Sont-ils prêts ? Et l’Europe ? Et l’Otan ? Comment éviter d’en arriver là ? Pour répondre à ces questions, nous proposons un projet documentaire d’anticipation : recréer les conditions d’une crise militaire avec la Russie, impliquant directement la France, et confronter réellement des anciens responsables politiques, militaires, diplomatiques à cette escalade depuis une cellule de crise, dans le huis clos d’un conseil de défense.
• 4 x 30 min • Réalisation Antoine Vitkine • Production Yami 2
Les cercles du silence
Affaire Le Scouarnec, une histoire d’omerta
Cette série documentaire en deux volets explore l’omerta à l’œuvre dans l’affaire Le Scouarnec, l’un des plus vastes scandales pédocriminels en France, dans deux mondes parallèles mais étroitement liés : celui de l’institution hospitalière et celui du cercle familial.
• 2 x 52 min • Réalisation Cyril Denvers et Christophe Offenstein • Production LSD Films et Les Films du Huitième Jour
Cocaïne - L’Europe sous emprise
Avec l’explosion du trafic de cocaïne en Europe, de puissantes organisations criminelles bâtissent des empires au mépris des vies humaines et de nos démocraties. Le Vieux Continent est-il armé face à cette menace ? Une enquête à haut risque sur les routes du trafic, des Antilles à Rotterdam, du Havre à Dubaï, au cœur d’une gigantesque toile d’araignée.
• 95 min • Réalisation Kamal Redouani • Production Program33
Verdun, 300 jours, 300 nuits
1916. Pendant 300 jours, pendant 300 nuits, plus d’un million de Français, venus de toutes les régions de France, convergent à Verdun, ultime rempart contre les troupes allemandes qui occupent une partie du pays.
Pour la première fois, dans l’histoire de la République, et dans un même élan, la France des « petits pays » est entrée en lutte pour sauver la nation tout entière.
Un moment unique, encore inscrit dans la mémoire de toutes les familles de France et d’Outre-mer, parce qu’y est né un sentiment nouveau, celui d’appartenir à la République.
• 2 x 45 min • Écriture et réalisation Mickaël Gamrasni • Production KM
Un partenariat pour mettre le monde en perspective
La direction éditoriale des Savoirs de France Télévisions s’associe avec Le Grand Continent afin de proposer au public des espaces de réflexion et de critique consacrés aux grands bouleversements géopolitiques de notre temps. À partir de la saison prochaine, ce partenariat permettra de proposer sur nos antennes des formats résolument innovants et surprenants.
Nos vies retrouvées
Une collection originale de films dans lesquels des écrivains et écrivaines contemporains revisitent des moments marquants de leur vie. À travers ces récits intimes, ces films, tout en archives, font dialoguer mémoire individuelle et histoire collective, faisant résonner des trajectoires personnelles avec la mémoire partagée par les Français.
2020, nos vies confinées // Nicolas Mathieu
Ce film revisite l’année 2020, grâce aux archives et aux vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Cette année exceptionnelle, marquée par le covid, est librement racontée par l’écrivain Nicolas Mathieu. Comme des millions de Français, il apprend ce lundi 16 mars 2020, au JT de 20 heures, qu’il doit se confiner dès le lendemain 12 heures. L’écrivain, prix Goncourt deux ans auparavant, se souvient de ce point de bascule inédit pour lui, la France, le monde.
• 90 min • Un film écrit par Nicolas Mathieu • Réalisation Nathalie Amsellem et Serge Turquier • Production INA et Capa
1989, notre année de feu // Éric-Emmanuel Schmitt
L’année 1989 nous est contée par Éric-Emmanuel Schmitt, dramaturge, écrivain, philosophe. C’est une année de bascule avec un monde en métamorphose : chute du mur de Berlin, fin de la guerre froide, révolte de la place Tian’anmen… C’est également une année charnière pour Éric-Emmanuel, 29 ans. Il va vivre une « nuit de feu ». Ce jeune philosophe athée et rationaliste revient métamorphosé de son excursion dans le désert du Hoggar : il a trouvé la foi.
• 90 min • Un film écrit par Éric-Emmanuel Schmitt • Production INA et Capa
Méga sécheresse, les défis d’un monde sans eau
Alors que des sécheresses de plus en plus longues et de plus en plus intenses s’abattent sur la planète, des chercheurs du monde entier se lancent à la recherche de solutions pour lutter contre ce phénomène dévastateur.
• 90 min • Réalisation Clément Champiat • Production Native
Voyage en terra futura
Un documentaire d’anticipation imaginant les écosystèmes de notre planète dans les millions d’années à venir.
• 90 min • Réalisation Laurent Lichtenstein et Alex Barry • Production ZED, SAM Content
Magazines
La grande librairie (Augustin Trapenard), Les chemins de la foi, Le monde de Jamy (Jamy Gourmaud), Thalassa, aventures extrêmes (Diego Buñuel), Sur le front (Hugo Clément), Secrets d’Histoire, La carte aux trésors (Stéphane Bern) ou encore Des racines et des ailes (Carole Gaessler), le champ des savoirs s’incarne et se découvre sur France Télévisions dans des grands rendez-vous emblématiques du service public. Comprendre, explorer et protéger notre planète, partager notre richesse culturelle : des ambitions qui traversent toutes les générations.
Pour cette rentrée, Lumni, la plateforme éducative numérique deFrance Télévisions, fait le plein de nouveautés afin de toujours mieux accompagner les élèves de la maternelle au lycée dans leurs apprentissages, leurs réflexions, leurs découvertes et leurs révisions.
Au programme pour la saison 2026-2027 :
A voté ! – Tout comprendre de notre démocratie (lycée)
Incarnée par la créatrice de contenus Inesetledroit (587K) et le comédien Thomas Milatos, cette série entend aider les jeunes à mieux comprendre leur démocratie pour devenir des citoyens éclairés, à quelques mois de la présidentielle 2027.
Comprendre les ingérences étrangères (lycée)
Dans un contexte de désinformation généralisée, donner des clefs de décryptage aux citoyens et aux électeurs de demain est essentiel. C’est chose faite avec cette nouvelle série, dont l’objectif est d’analyser certaines actions d’ingérence étrangère, d’en mesurer les impacts et d’en questionner la finalité.
Missions électricité : les défis du Denki Lab (collège)
À travers ce jeu interactif en immersion dans un laboratoire japonais, les élèves de cycle 4 apprennent à maîtriser tous les acquis autour des propriétés de l’électricité.
Coup de théâtre – Avec Roman Doduik (collège - lycée)
Roman Doduik explore avec humour les bases du théâtre, de l’écriture des dialogues jusqu’à la mise en scène, pour montrer comment cet art éveille chez le spectateur des émotions, des idées et aiguise son esprit critique. Il revient également sur l’étude de grandes œuvres du répertoire français, de Corneille à Anouilh.
La p'tite bande – Comment bien vivre ensemble ? (primaire)
Entièrement en stop motion, cinq petits personnages donnent des clés pour mieux vivre ensemble malgré les différences et leurs émotions parfois divergentes.