Les familles
1/Famille d’Étavigny, Hauts-de-France
Cette famille forme un noyau soudé, organisé et profondément engagé dans la vie de chacun de ses membres. Stéphanie et Aurélien se connaissent depuis l’adolescence et avancent ensemble depuis toujours, animés par une communication constante et un véritable esprit d’équipe. Stéphanie, AESH de métier, est une maman très investie, protectrice et anxieuse, qui structure le quotidien familial avec une rigueur presque professionnelle. Aurélien, électricien à la SNCF, apporte un contrepoids apaisant : plus détendu, il fait confiance au temps et aux capacités de leurs enfants, contribuant à l’équilibre du couple parental.
Leur famille, composée de trois enfants, est actuellement à un tournant. Kaylie, l’aînée, entre doucement dans l’adolescence. Enfant longtemps attendue après plusieurs années de PMA, elle s’épanouit aujourd’hui entre le collège et sa passion pour l’équitation, tout en amorçant une phase de détachement qui questionne ses parents. Jemy, diagnostiqué dyslexique, lutte avec l’école mais trouve dans le sport, et particulièrement le football, un espace de valorisation et de dépassement de soi. La mise en place d’un accompagnement ordinateur + AESH est un enjeu central pour sécuriser son parcours scolaire. Aron, le plus jeune, est celui qui inquiète le plus : impulsif, imprévisible, encore immature pour son âge, il peine parfois à trouver sa place au sein de la fratrie.
Cette année, les Lesueur font face à plusieurs défis majeurs : l’évolution éducative de leurs aînés, l’accompagnement des difficultés scolaires et comportementales de Jemy, mais aussi un désir profond d’agrandir la famille avec l’arrivée d’un quatrième enfant, un projet qui tarde à se concrétiser et pèse émotionnellement sur Stéphanie. À cela s’ajoute une volonté commune de reprendre en main leur santé, symbole d’un besoin de mieux-être global. Malgré les inquiétudes liées à la société et à l’avenir de leurs enfants, les Lesueur avancent avec une conviction forte : quoi qu’il arrive, c’est ensemble, dans le dialogue et la solidarité, qu’ils traverseront les tempêtes.
2/Famille de Villeurbanne, Auvergne-Rhône-Alpes
Trois patronymes dans cette famille, mais une seule « maman solo » : Sara. Trois enfants d’une première union, deux d’une suivante, et finalement aujourd’hui une grande fratrie solidaire. Chez eux, la vie est dense, joyeuse et rythmée par l’énergie de cette fratrie nombreuse et unie autour de sa mère. Infirmière libérale, Sara incarne une figure centrale, à la fois pilier affectif et moteur du quotidien. Très proche de ses enfants, elle jongle entre ses responsabilités professionnelles et familiales avec une force tranquille, nourrie par des valeurs d’altruisme, d’écoute et de solidarité profondément ancrées.
Les cinq enfants, âgés de 7 à 21 ans, traversent chacun une étape clé de leur construction. Darnell, l’aîné, tente de faire sa place dans le monde du basket semi-professionnel tout en poursuivant ses études et son travail. Nouessena cherche à donner une direction claire à son avenir académique en se réorientant vers une double licence droit-économie. Janelle sort tout juste d’une crise d’adolescence intense qui a fragilisé le lien avec sa mère ; aujourd’hui, la reconstruction de cette relation reste un enjeu fondamental. Les deux plus jeunes, Naïa et Aïssa, doivent consolider leurs bases scolaires, et gagner en confiance.
Le père des trois aînés, très présent malgré la séparation, participe activement à leur éducation. Cette configuration familiale, bien que complexe, fonctionne grâce à une communication fluide et une vraie joie de vivre.
L’un des grands défis de l’année est de permettre à chacun de progresser dans son domaine — scolaire, professionnel ou sportif — afin de réaliser un projet symbolique : partir tous ensemble en voyage, comme une récompense collective. Pour Sara et ses enfants, participer à cette aventure documentaire est avant tout une manière de témoigner, de partager leurs expériences et d’aider d’autres familles à travers leurs propres parcours.
3/Famille des Taillades, Provence-Alpes-Côte d’Azur
Voici une famille recomposée où l’amour, la résilience et la communication occupent une place centrale. Delphine et Jonathan élèvent ensemble quatre enfants dans un quotidien dense, joyeux et parfois chaotique. Jonathan, paraplégique depuis un accident de voiture à l’âge de 19 ans, est un père profondément positif et engagé, qui gère aujourd’hui deux magasins de vêtements, un défi professionnel déterminant pour l’équilibre financier de la famille. Delphine, récemment retournée au travail, incarne l’énergie et l’organisation. Rendue plus complexe encore par la présence au sein du foyer de 26 animaux domestiques !
Les enfants évoluent chacun à leur rythme. Loghan, l’aîné, issu d’une précédente union, est un adolescent sensible, brillant scolairement, parfois en décalage avec les enfants de son âge. Atlanna, vive et exigeante, demande une attention constante, tandis que les jumeaux, Maïwenn et Lenaïck, nécessitent un accompagnement particulier, notamment Lenaïck, chez qui un trouble du spectre autistique est suspecté. L’organisation familiale est un défi permanent : conjuguer travail, handicap, scolarité, activités sportives, temps individuel avec chaque enfant et moments de couple relève d’un véritable équilibre à maintenir.
Tout cela au milieu d’une maisonnée où les animaux sont nombreux, et très différents : Des chiens, des chats Maincoon… mais aussi des serpents, de geckos, des perroquets !
Les enjeux de l’année sont nombreux : stabiliser la nouvelle organisation familiale, accompagner au mieux les besoins spécifiques des plus jeunes, réussir à préserver des temps de respiration en famille et transmettre une vision optimiste de la vie malgré les contraintes. En participant à cette collection, cette famille souhaite montrer qu’une famille peut être heureuse, active et ambitieuse, même face au handicap, et transmettre un message d’espoir et de positivité.
4/Famille de Courcelles, Bourgogne-Franche-Comté
Une famille soudée qui vit au cœur d’un territoire rural, en marge des grands centres urbains, et revendique un mode de vie profondément ancré dans l’écologie, la simplicité et la foi. Ludivine et Anthony, parents de quatre enfants, ont construit une famille qu’ils n’avaient pas initialement imaginée aussi nombreuse. L’arrivée d’Adriel, leur dernier enfant, adopté, et porteur de handicaps, a profondément transformé leur regard sur la parentalité et renforcé leur engagement humain et éducatif.
Les trois aînés grandissent aujourd’hui dans un système scolaire public après une expérience Montessori marquante. Ce changement a généré un certain décalage, tant pour les enfants que pour les parents, avec un nouvel environnement parfois éloigné de leurs valeurs. Blaise, dyslexique, porte encore les traces d’un harcèlement scolaire passé, tandis qu’Ombeline et Soline apprennent à trouver leur place dans un monde qui ne partage pas toujours leurs repères, au milieu d’une jeunesse dont ils peuvent parfois se sentir décalés, eux qui n’ont pas accès aux réseaux sociaux... Adriel, quant à lui, représente un enjeu central : son entrée à l’école, malgré son handicap, est une étape cruciale, à la fois porteuse d’espoir et d’inquiétudes.
Cette année, ils doivent relever plusieurs défis : la préservation du couple, la poursuite de leurs projets d’autonomie énergétique et surtout l’accompagnement d’Adriel dans son développement. Leur plus grande crainte reste de ne pas transmettre à leurs enfants les outils nécessaires pour comprendre le monde et s’en protéger. En participant à cette collection documentaire, ils cherchent avant tout l’échange, l’ouverture et la confrontation bienveillante à d’autres réalités familiales, convaincus que la diversité des parcours est une richesse.
5/Famille de Ploubazlanec, Côtes-d’Armor
Ici, tout commence et tout s’organise autour de la mer. Yann, pêcheur depuis toujours, vit au rythme des marées et des saisons. Le bateau qu’il vient de racheter à son père, construit trente ans plus tôt, symbolise autant une transmission familiale qu’un nouveau défi personnel : pour la première fois, il est seul maître à bord. Une responsabilité lourde, parfois anxiogène, dans un métier exigeant où rien n’est jamais acquis.
À ses côtés, Pauline, sa compagne depuis quinze ans, est le véritable pilier de l’organisation familiale. Ancienne infirmière, elle est aujourd’hui salariée de Yann. Elle gère les ventes, la criée, l’administratif et, surtout, l’intendance du quotidien. Elle dit souvent qu’elle fait « comme si Yann n’était pas là », consciente que la pêche enferme les hommes dans une bulle dont il est difficile de sortir. Entre eux, le couple fonctionne sur une forme de réalisme tendre : Yann vit pêche, Pauline vit famille, même si elle assure les livraisons de la pêche en camion à six heures de route aller et retour…et chacun accepte la place de l’autre.
Leur foyer est animé par trois enfants très différents. Colline, l’aînée, entre doucement dans l’adolescence. Sociable, souriante, investie dans le twirling bâton, elle gagne en assurance mais rencontre davantage de difficultés scolaires depuis son entrée au collège. Camille, plus jeune, est l’exact opposé : excellent élève mais fragile émotionnellement, sensible aux écrans qui prennent beaucoup de place dans sa vie. Enfin, Amandine, la petite dernière, observe le monde avec curiosité. Sauvage et très attachée à sa mère, elle présente un retard de langage qui interroge ses parents : faut-il médicaliser davantage ou lui laisser le temps de grandir à son rythme ?
Après des années passées dans un mobil-home, pendant la construction de sa maison, la famille a enfin trouvé un nouvel équilibre dans une maison construite non loin de la mer. Mais les enjeux de cette année restent nombreux : Yann doit réussir à tenir seul la barre de son bateau, Pauline consolider sa place professionnelle et personnelle, et tous deux accompagner leurs enfants à des âges charnières. Chez eux, c’est avant tout une affaire de solidarité, de débrouille et de communication, avec cette conviction simple : tant qu’ils restent ensemble, ils sauront faire face. Le rêve de Pauline : que Yann lui demande enfin de l’épouser…
6/Famille de Marseille, Provence-Alpes-Côte d’Azur
Une famille qui vit à cent à l’heure, portée par une énergie communicative et un amour profond du mouvement. Virginie et Jonathan sont ensemble depuis dix-sept ans. Dix-sept années de vie commune, d’enfants, de quotidien partagé… et toujours pas de mariage. Cette attente, presque devenue un running gag familial, est pourtant un enjeu bien réel : Virginie rêve de cette demande qui tarde à venir.
Ils élèvent quatre enfants dans un quartier marseillais où l’éducation et la vigilance sont des sujets permanents. Isaac, 14 ans, est un adolescent explosif, passionné de sport et de mécanique. Champion régional de boxe, il traverse aujourd’hui une période d’incertitude qui l’oblige à se recentrer et à réfléchir à son avenir. Va-t-il tenter d’entrer dans un lycée militaire ? Ou passer en seconde générale après son brevet ? Maëlle, 13 ans, presque sa jumelle, plus discrète, est en train de s’affirmer. Très bonne élève, elle avance avec sérieux. Elle est aussi la « styliste » de la famille, tant la mode l’intéresse. Mya, la benjamine, déborde d’énergie et de parole, entraînant toute la famille dans son enthousiasme permanent. Quant à Hyliona, la grande sœur, elle vit désormais à Aix mais reste omniprésente, gardant un lien quotidien avec le foyer.
Le sport est le ciment de cette famille : cette année, les trois enfants pratiquent le ju-jitsu… On bouge, on sort, on respire. L’ambiance est détendue, parfois bruyante, mais profondément fusionnelle. Les enjeux de l’année sont clairs : accompagner l’entrée dans l’adolescence sans rupture des deux adolescents, protéger les enfants dans un environnement urbain, et peut-être enfin officialiser cette union qui dure depuis presque deux décennies. Pour eux, participer à cette aventure est une curiosité joyeuse, une ouverture vers l’extérieur, fidèle à leur manière d’aborder la vie : avec enthousiasme et sans peur.
Et surtout toujours tous ensemble.
7/Famille de St Domineuc, Ille-et-Vilaine
Cette famille a fait le choix d’une vie ancrée dans la terre, le travail et la transmission. Nadège et Benoît se connaissent depuis l’âge de 15 ans et ont grandi ensemble, avant de construire une famille et une exploitation agricole à leur image. Après un burn-out dans un métier de bureau, Nadège a opéré un virage radical : reprendre une ferme, élever des chèvres et redonner du sens à son quotidien. Aujourd’hui, elle est cheffe d’exploitation, tandis que Benoît partage son temps entre son métier de menuisier et le travail à la ferme.
Ils élèvent deux enfants aux profils opposés. Léa, l’aînée, est calme, scolaire, réfléchie. Passionnée d’équitation, elle rêve d’en faire davantage et se projette dans un avenir d’avocate spécialisée auprès des enfants. Manoé, lui, est en difficulté scolaire depuis longtemps. Peu à l’aise dans le cadre classique, suivi par une orthophoniste, il s’apprête à entrer en SEGPA, une étape déterminante pour lui permettre de reprendre confiance et de se sentir enfin à sa place. Sur l’exploitation, en revanche, il est à l’aise, volontaire, heureux d’aider.
Cette année est cruciale pour la famille : il faut consolider l’équilibre économique de la ferme. Les parents portent aussi une attention particulière à l’éducation numérique : écrans autorisés, réseaux sociaux surveillés, confiance encadrée. Leur credo est clair : expliquer, dialoguer, accompagner sans interdire aveuglément.
Leurs inquiétudes se concentrent sur l’avenir financier et la capacité de leurs enfants à trouver leur voie dans un monde de plus en plus coûteux et incertain. Mais chez eux, la force vient du collectif, du travail partagé et de cette conviction profonde : tant que la parole circule et que la famille reste un refuge, tout reste possible.
8/Famille de Toulon, Provence-Alpes-Côte d’Azur
Dans cette famille dont le père est militaire dans la Marine Nationale, l’année commence par un déracinement. Après avoir quitté la Bretagne, la famille s’installe dans le sud de la France avec tout ce que cela implique : une nouvelle maison, de nouveaux repères, de nouveaux établissements scolaires et surtout la nécessité de reconstruire un sentiment de sécurité après des mois éprouvants. Aurélie et Anthony savent que cette transition sera déterminante pour leurs trois enfants, déjà marqués par des épreuves lourdes.
Anthony, militaire engagé dans la Marine nationale, est souvent absent. Son métier impose des départs réguliers, parfois longs, comme cette mission de cinq mois, prévue en début d’année. Structurant, il incarne l’autorité rassurante de la famille. Mais son absence pèse lourd, d’autant plus qu’elle réveille des souvenirs douloureux : lorsqu’il a été envoyé au Liban pendant la guerre à Gaza, la famille a vécu cette séparation comme un véritable traumatisme. Le départ imminent ravive ces peurs, notamment chez Sélénia, l’aînée âgée de 16 ans.
Aurélie a récemment repris ses études pour devenir assistante sociale. Après douze années comme assistante dentaire, elle a ressenti le besoin profond de se rapprocher des autres, d’être utile autrement. Très investie émotionnellement, elle est une mère attentive, parfois inquiète, surtout lorsqu’il s’agit de la santé ou du bien-être psychologique de ses enfants. Lorsque son mari est en mission, elle assouplit certaines règles mais se retrouve vite submergée par la charge mentale, seule aux commandes du foyer.
Sélénia, 16 ans, est en seconde ASSP. Mature, déterminée, elle rêve de devenir infirmière ou sage-femme. Mais derrière cette vocation tournée vers les autres se cache une adolescente fragilisée. Victime de harcèlement scolaire dans son précédent lycée, elle a dû consulter un psychologue. Une plainte a été déposée, l’agresseur convoqué et le harcèlement a cessé, mais les traces sont encore là. Ce changement de région représente pour elle une chance de repartir de zéro, à condition de retrouver confiance en elle. Le cheerleading, qu’elle pratique avec passion, est l’un de ses refuges.
Tiana, 12 ans, en classe de cinquième, semble plus apaisée. Elle trouve son équilibre dans l’équitation et au sein d’une famille soudée. Elle est discrète et sensible, particulièrement mûre pour son âge. C’est souvent elle qui console et rassure sa grande sœur quand papa n’est pas là… Enzo, 9 ans, le benjamin, est passionné d’escalade et très dissipé ! Autonome, il rentre seul de l’école, équipé d’un Airtag que ses parents utilisent comme un filet de sécurité, symbole de leur inquiétude constante mêlée à la volonté de faire grandir leurs enfants.
Le couple s’est formé dans des circonstances hors du commun. Aurélie et Anthony se sont rencontrés à Brest, alors qu’Aurélie était réserviste. Peu de temps après, un grave accident de voiture a failli leur coûter la vie. Cet événement a soudé le couple de façon indélébile et précipité leur mariage. Depuis, leur histoire est rythmée par l’amour, la résilience, mais aussi les absences imposées par la vie militaire.
Cette année, la famille devra apprendre à vivre sans papa pendant plusieurs mois, aider Sélénia à se reconstruire, rassurer les plus jeunes et, surtout, redonner confiance à chacun. En participant à cette série documentaire, Aurélie et Anthony souhaitent montrer une réalité souvent méconnue : celle des familles militaires, faites de courage, d’attente et d’adaptation permanente.
9/Famille d'Ivry-sur-Seine, Île-de-France
Ici, la maison est pleine de vie, de rires, de paroles et de débats. Aminata et Abdoul Karim élèvent quatre garçons dans un appartement d’Ivry-sur-Seine, entourés non pas d’une famille de sang, mais d’une véritable famille de cœur, construite au fil des années. Originaires du Mali pour elle, et de côte d’Ivoire pour lui, ils ont rejoint la France à quelques années d’intervalle : Abdoul Karim en 2006, Aminata en 2010.
Aminata, 38 ans, est ATSEM. Femme engagée, infatigable, elle consacre une grande partie de son temps libre à la vie associative. Bénévole, parent d’élève FCPE, présidente de l’association « Vacances pour tous », elle se bat pour offrir aux familles défavorisées des moments d’évasion. L’été dernier encore, elle a réussi à organiser un séjour à La Rochelle pour cinquante personnes, dont sa propre famille. Elle anime également des séances de sport pour les mamans du quartier et accompagne des parents dans leurs démarches. Son défi, cette année, sera de trouver l’équilibre entre cet engagement pour les autres et une présence accrue auprès de ses enfants.
Abdoul Karim, 40 ans, est contrôleur des transports en Seine-Saint-Denis. Discret, peu bavard, il est pourtant un pilier rassurant du foyer, toujours présent, toujours attentif. Il se lève tous les matins à 3h45 pour aller travailler.
Les quatre garçons grandissent dans un cadre affectueux et structurant. Ibrahim, dit Ibé, l’aîné, est en troisième. Sa scolarité se déroule sans encombre. Plus préoccupante est la situation de Mohamed, dit Coco, en cinquième. Intellectuellement très en avance, il a été diagnostiqué HPI dès le CE1. Après des années d’adaptations plus ou moins réussies, le collège marque une rupture. La multiplication des enseignants, le rythme des cours et le manque de patience de certains professeurs l’ennuient profondément. Il termine ses exercices trop vite, perturbe la classe, accumule les remarques. Ses parents redoutent un décrochage, voire un renvoi.
Abdoulaye, en CM1, et Joseph, en grande section de maternelle, suivent avec curiosité les traces de leurs grands frères. Le sport et la culture occupent une place centrale : football, hip-hop, théâtre. Les garçons jouent sur scène avec une association de quartier où ils excellent et trouvent un espace d’expression valorisant.
À la maison, l’ambiance est câline, bruyante, communicative. Aminata se définit comme une maman « cool », mais attentive aux limites. Elle reconnaît sa difficulté à sanctionner, surtout lorsqu’il s’agit de priver Mohamed de football, une passion vitale pour lui. Aminata est attentive au fait de transmettre à ses enfants une double culture africaine et française.
Cette double culture est parfois difficile à faire cohabiter. Aminata s’interroge sur les différences éducatives, sur le regard porté sur ses enfants, sur le racisme et la stigmatisation qu’elle observe, notamment lors des conseils de discipline. Sa plus grande crainte est que l’on assigne un destin à ses fils avant même qu’ils aient pu le choisir.
Des fils pour qui la double culture est une réalité quotidienne, mais les 4 garçons, nés en France, n’ont pas encore pu découvrir les pays d’origines de leurs parents, ni le Mali, ni la Côte d’Ivoire. Le voyage est en projet depuis longtemps, mais il est difficile à organiser, ne serait-ce que pour des raisons financières, avec 4 enfants. Chaque année, le projet refait surface, mais pour l’instant sans parvenir à se concrétiser.
Avec toujours ce rêve en arrière-plan, cette année la famille devra protéger Mohamed, surveiller les fréquentations, lutter contre les injustices et continuer à croire en un avenir où leurs enfants auront le droit d’être eux-mêmes, sans étiquette.
10/Famille de Marseille, PACA
Dans cette famille, la mer est omniprésente. Elle est un décor, un terrain de jeu, un espace de dépassement. Marion et Karine vivent à Marseille avec leurs deux filles, Maya et Tao, dans une famille où le sport structure le quotidien autant que l’amour et la parole.
Marion, 41 ans, est employée de bureau à l’URSSAF. Ancienne beach-volleyeuse de haut niveau, elle est aujourd’hui présidente du Club de Beach Volley des Catalans. Le sable, la compétition, l’esprit d’équipe font partie de son ADN. Karine, 52 ans, travaille également à l’URSSAF. Plus posée, pleine d’humour, elle apporte un autre équilibre au foyer, cherchant sans cesse à ouvrir les filles à des univers qui dépassent le cadre sportif : le cinéma, les jeux, la culture, l’imaginaire.
Maya et Tao sont nées d’un parcours de PMA en Belgique, avec le même donneur anonyme. Marion et Karine se sont mariées en 2013, devenant le premier couple homosexuel à se marier en région PACA. Dans la foulée, Karine a adopté les deux filles par adoption plénière. Une formalité juridique, mais aussi un acte fondateur, symbole d’égalité et de reconnaissance.
Maya, 13 ans, est en quatrième. Appliquée, rigoureuse, mature pour son âge, elle avance avec sérieux dans ses études comme dans le sport. Le volley et les sports collectifs sont pour elle des espaces d’expression et de confiance. Elle suit les traces de sa maman Marion, à qui elle ressemble beaucoup. Son rêve : lui succéder, championne de volley et présidente de l’association. ! Participer à la série est pour elle une opportunité rare : découvrir d’autres adolescents, d’autres réalités, d’autres façons de grandir.
Tao, 9 ans, est un concentré d’énergie. Solaire, affectueuse, toujours en mouvement, elle jongle avec de petites difficultés scolaires ce qui rend son parcours éducatif complexe et exigeant. Marion supervise les devoirs avec rigueur, tandis que Karine invente sans cesse de nouvelles stratégies pour capter l’attention de Tao, détourner la contrainte, transformer l’effort en jeu.
La famille avance avec un objectif clair cette année : accompagner Tao pour qu’elle se dépasse sans perdre sa joie, aider Maya à s’ouvrir davantage et à se dépasser au volley, dans les pas de sa mère, et continuer à porter haut leurs valeurs. Sur le terrain, Marion nourrit aussi un rêve assumé : gagner toutes les compétitions de beach-volley possibles. Mais au-delà des trophées, l’enjeu est ailleurs. Marion et Karine veulent montrer, par leur quotidien, que les enfants de couples homoparentaux sont aussi équilibrés, stables et heureux que les autres. Leur participation à la série est un acte militant doux, sans discours frontal, porté par l’évidence de leur famille qui respire le bonheur.
11/ Famille de Ville-sur-Yvon, Grand Est
À Ville-sur-Yvon, petit village de Meurthe-et-Moselle à une vingtaine de kilomètres de Metz, le temps semble s’écouler plus lentement qu’ailleurs. Les racines y sont profondes, les histoires familiales anciennes, et les trajectoires souvent tracées à l’avance. C’est ici que vivent Alain, Karin et leur fille Madeline, dans une maison où l’amour s’est construit à travers l’épreuve, la patience et une acceptation sans condition.
Alain est originaire du village. Sa famille y est installée depuis le XVIIᵉ siècle. Il a grandi dans le monde agricole, auprès de parents cultivateurs, dans une culture du travail et de la transmission. Karin, elle, est allemande. Elle arrive en France à l’âge de 30 ans pour des raisons professionnelles. Leur rencontre, en 2004, n’a rien d’un hasard romantique : une soirée organisée par une collègue, presque un rendez-vous arrangé. Pourtant, très vite, une évidence s’impose. Leur histoire ne pourra pas exister sans enfant. C’est un désir clair, partagé, non négociable.
Mais le chemin vers la parentalité est long et douloureux. Karin a déjà 40 ans lorsqu’ils entament un parcours de PMA. Trois années d’attente, de tentatives, d’espoirs et de fausses couches. Une épreuve éprouvante, qui aurait pu fragiliser leur couple, mais qui, au contraire, le soude profondément. Lorsqu’enfin Madeline naît en 2009, avec sept semaines d’avance, elle est déjà une victoire.
Pendant treize ans, Alain et Karin élèvent ce qu’ils pensent être un garçon. Un enfant sage, brillant, sensible. Pourtant, dès l’âge de onze ans, Madeline ressent un malaise diffus, profond, impossible à nommer. Une impression de ne pas être à sa place, de vivre dans un décalage constant. À treize ans, la lecture d’un document sur la transidentité agit comme un révélateur. Tout s’éclaire. Madeline comprend qu’elle est une fille, née dans un corps qui ne correspond pas à ce qu’elle est.
S’ensuit une période de silence et de lutte intérieure. La peur du regard des autres, de la violence, de l’incompréhension. Puis vient le moment de dire. Le coming-out. Karin s’effondre. Non pas par rejet, mais par angoisse. La peur viscérale qu’il arrive quelque chose à son enfant. La peur de la cruauté du monde. Alain, lui, accueille la nouvelle avec une étonnante sérénité. Il rassure, soutient, apaise. Dans la seconde, le couple fait un choix clair et radical : accompagner leur fille à 100 %, sans condition, sans détour.
La transition commence par le social : le prénom, les pronoms, les vêtements. Puis vient le parcours médical. Madeline est suivie au CHRU de Nancy. Deux années de suivi psychiatrique, nécessaires avant d’accéder à un endocrinologue. Depuis cinq mois, elle a commencé l’hormonothérapie. Chaque étape est vécue ensemble, dans le dialogue et la vigilance.
Aujourd’hui, Madeline a 16 ans et trace son chemin avec une force impressionnante. Élève brillante, elle affiche 17 de moyenne en terminale générale, avec des spécialités exigeantes : mathématiques, physique- chimie, option mathématiques expertes. Elle passe son baccalauréat cette année. Son rêve : devenir ingénieure chimiste. Si elle obtient son bac, elle souhaite poursuivre ses études à Paris et quitter la maison. Une étape symbolique, à la fois excitante et vertigineuse pour ses parents.
Cette année est d’autant plus singulière que Karin enseigne dans le même lycée que Madeline. Pour la première fois, elle est même sa professeure d’allemand. Une proximité inhabituelle, mais vécue avec pudeur et respect. En dehors des cours, Madeline chante, joue du piano et fait partie d’une chorale. La musique est pour elle un refuge, un espace d’expression et d’apaisement.
Alain et Karin ont une chose en commun : ils n’ont jamais entendu leurs propres parents leur dire « je t’aime ». Alors avec Madeline, ils ne se retiennent pas. L’amour est dit, répété, incarné. Leur plus grande crainte aujourd’hui dépasse le cadre familial : l’intolérance, l’individualisme, le manque d’empathie, la montée des violences et la peur de la guerre. Autant de menaces qui pèsent plus lourdement encore lorsqu’on est une jeune fille transgenre.
Madeline a choisi de participer à cette collection documentaire pour montrer qu’il est possible d’être une adolescente transgenre heureuse. Pour contredire les récits anxiogènes, les discours fatalistes. Pour dire que la joie, la réussite et l’épanouissement existent aussi. Alain et Karin, eux, souhaitent rappeler une chose simple, presque évidente, mais encore trop souvent oubliée : le devoir fondamental d’un parent est d’aimer son enfant, quels que soient ses choix.
12/ Famille de l’Entre-Deux, La Réunion
À l’Entre-Deux, petit village niché dans les hauteurs de La Réunion, Claire et Cédric ont construit une vie de famille à leur image : simple, très soudée, ouverte sur les autres et profondément attachée au mélange des cultures. Avec leurs trois filles, Nélé, Lola et Coline, ils vivent au rythme de l’île, de leurs métiers d’artisans, de l’école, des activités des enfants et d’une vie de quartier où l’entraide a encore tout son sens.
Claire a 43 ans. D’origine espagnole, elle est céramiste potière et façonne notamment de la vaisselle destinée aux chefs réunionnais. Cédric, 44 ans, est métallier. Il conçoit du mobilier en inox pour les cuisines professionnelles. Né en métropole, mais d’origine réunionnaise par son père, il a fait le choix de revenir vivre sur l’île il y a plus de vingt ans, comme une manière de renouer avec ses racines et avec une histoire familiale qui avait commencé ici.
Ensemble, ils élèvent trois filles aux personnalités très différentes. Nélé, l’aînée, a 15 ans et est en seconde. Élève brillante, elle est calme, réfléchie, aime dessiner et se consacrer à des activités manuelles. Lola, 13 ans, est en quatrième. Très bonne élève elle aussi, sociable et dynamique, elle est passionnée de théâtre et pratique également le basket. Mais elle ressent parfois le poids de la comparaison avec son aînée et la pression de certains professeurs, qui connaissent les excellents résultats scolaires de Nélé. Coline, enfin, a 10 ans et est en CM2. Vive et curieuse, excellente élève, elle consacre une partie de son temps libre à la gymnastique, qu’elle pratique deux heures par semaine, ainsi qu’à la natation.
Chez eux, la famille fonctionne presque comme une petite collectivité. Tout le monde participe. Nélé a même réalisé un tableau de répartition des tâches ménagères, et personne n’y échappe. Une façon très concrète d’apprendre que la vie commune repose sur chacun et que les responsabilités ne sont pas réservées aux adultes — ni aux filles plutôt qu’aux garçons.
Cette organisation collective dépasse d’ailleurs les murs de la maison. Dans leur village, Claire et Cédric sont très proches de leurs voisins. Les familles s’entraident, notamment pour les trajets scolaires et les activités des enfants. Le covoiturage fait partie du quotidien. Dans cette vie où les emplois du temps de cinq personnes doivent sans cesse s’accorder, la solidarité permet de rendre les choses plus simples.
Mais ce qui semble compter avant tout dans cette famille, c’est la parole. Claire et Cédric ont fait le choix d’un dialogue très ouvert avec leurs filles. Aucun sujet n’est véritablement tabou. On parle, on explique, on débat, parfois avec beaucoup de franchise. Les repas deviennent ainsi des moments importants de la journée, des espaces de partage où chacun peut raconter ce qu’il a vécu, poser des questions ou exprimer un désaccord.
Cette volonté d’accompagner leurs filles se retrouve également dans leur rapport aux écrans. Leur usage est strictement encadré et, contrairement à beaucoup d’adolescents de leur âge, les trois filles n’ont pas accès aux réseaux sociaux. Une situation qui crée parfois un décalage avec leurs camarades. Mais loin de le vivre uniquement comme une frustration, elles observent aussi le temps considérable que certains jeunes consacrent aux réseaux et disent aujourd’hui être plutôt reconnaissantes d’en être préservées.
Et puis il y a les rituels. Celui du dimanche, notamment : la randonnée en famille. À La Réunion, les paysages offrent un terrain de jeu exceptionnel. Pourtant, comme beaucoup d’enfants, les trois filles ne se montrent pas toujours enthousiastes au moment de chausser les baskets et traînent parfois les pieds avant de partir.
Derrière ce quotidien très organisé se dessinent des valeurs auxquelles Claire et Cédric sont particulièrement attachés : l’intégration, le partage et le mélange des cultures. Des valeurs qui trouvent un écho singulier à La Réunion, territoire où les origines, les religions, les traditions et les histoires se croisent en permanence. Leur propre famille porte d’ailleurs en elle cette diversité : les racines espagnoles de Claire rencontrent l’histoire réunionnaise de Cédric et de sa famille.
Cette année pourrait également faire ressurgir une part importante de cette histoire familiale. Le petit frère de Cédric, militaire, participe lui aussi à la série avec sa propre famille. Au cours d’une mission, il doit faire escale à La Réunion. Ce passage sur l’île devrait être l’occasion de retrouvailles exceptionnelles : les deux frères ne se sont pas vus depuis plus de vingt ans. Ce sera aussi la première fois qu’il rencontrera réellement ses trois nièces, jusqu’ici connues seulement en photo.
Une rencontre chargée d’émotion, qui raconte à elle seule ce qui traverse cette famille : les racines, la transmission, l’éloignement mais aussi la possibilité de renouer les liens.
Pour Claire, Cédric et leurs trois filles, participer à cette série est d’abord une aventure à vivre ensemble. L’occasion de montrer leur quotidien, mais aussi de découvrir celui des autres familles, de confronter les expériences, de partager leurs façons de faire et de s’ouvrir à d’autres horizons. Une expérience qu’ils abordent comme ils semblent aborder beaucoup de choses dans leur vie : tous ensemble, en famille.
A compléter