Dossier de presse du 22/09/2026

ICE, la chasse à l'homme

Le monde en face
Dimanche 11 octobre à 21.05 sur France 5 et france.tv

Note d'intention de la réalisatrice et autrice Julie Peyrard
 

"C’est en juin 2025 que le sujet s’impose à moi. Le 6 juin, les premières grandes opérations d’ICE frappent plusieurs quartiers de Los Angeles et conduisent à l’arrestation d’une centaine de personnes. Très vite, les images des interventions puis des manifestations font le tour du monde. Mes racines colombiennes me donnent accès à d’autres récits, ceux qui circulent au sein de la communauté colombienne, et dans la presse latino-américaine. On y raconte la violence des arrestations, la sidération des familles, mais surtout la confusion. Qui peut être arrêté ? Selon quelles règles ? Jusqu’où cette politique peut-elle aller ?

Au départ, je pense qu’elle concerne surtout les immigrés entrés clandestinement aux États-Unis. Je découvre des situations beaucoup plus diverses. Certains vivent et travaillent dans le pays depuis des années. D’autres ont demandé l’asile ou bénéficient de protections temporaires, parfois soudainement remises en cause. En mars 2025, l’administration Trump avait ainsi annoncé la suppression du parole humanitaire, qui permettait à plus de 500 000 Cubains, Haïtiens, Nicaraguayens et Vénézuéliens de séjourner temporairement aux États-Unis et d’y demander une autorisation de travail. 

La question dépasse alors celle de l’immigration. Elle touche à la définition même de ce qui fait nation. En clair : qui a le droit d'être Américain? 

C’est ce basculement qui m’intéresse : à partir de quand une politique d’expulsion cesse-t-elle de concerner ceux qu’elle désigne comme « illégaux » pour installer la peur dans une population bien plus large ? 

Un homme dans l’ombre de Donald Trump m’intrigue : Stephen Miller. Né en 1985, il grandit à Santa Monica, dans une Californie libérale et multiculturelle qui devient son contre-modèle. Adolescent, il s’oppose au multiculturalisme et aux annonces en espagnol dans son lycée.

Ses prises de position dessinent une vision de l’immigration, notamment latino-américaine, comme une menace démographique et culturelle. Une vision proche de la théorie du « grand remplacement », dans sa version latino-américaine. Des courriels rendus publics montreront plus tard qu’il fait circuler des textes issus du nationalisme blanc. 

Vingt ans plus tard, il est l’un des architectes de la politique migratoire de Donald Trump et la voix d'un racisme décomplexé. Pour son second mandat, il devient chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche et conseiller à la sécurité intérieure. Son parcours inscrit ce qui se déroule à Los Angeles dans une histoire idéologique plus longue.

Lorsque ma productrice, Amandine Chambelland, décide de porter le film et de le proposer à France Télévisions, nous observons aussi la communication qui accompagne les arrestations. Images officielles, mèmes et publications de la Maison-Blanche transforment l’humiliation en spectacle, avant même que les premiers morts ne révèlent la violence de cette politique. Une phrase du journaliste Adam Serwer résume notre angle : « Cruelty is the point ». La cruauté n’est pas seulement une conséquence. Elle fait partie du projet et de sa mise en scène.

À ce moment-là, on me recommande Marine Pradel pour coécrire le film avec moi. Journaliste et réalisatrice installée à Washington. Nous voulons entendre tous les acteurs de cette confrontation : ceux qui subissent cette politique, ceux qui lui résistent, mais aussi ceux qui la conçoivent et l’appliquent. Filmer les familles et les responsables locaux, mais aussi entrer dans l’appareil fédéral.

C’est l’accès le plus difficile. Toute la presse américaine cherche à approcher une administration qui communique peu, tandis qu’ICE prend rarement la parole. Or comprendre cette machine exige de rencontrer ceux qui la dirigent.

Nos travaux respectifs nous ouvrent une voie. Marine travaille sur un documentaire consacré aux militants MAGA. Elle connaît cet univers et a gagné la confiance de plusieurs penseurs et acteurs du trumpisme. Elle leur permet d’exposer leur pensée sans la caricaturer. De mon côté, je travaille sur un projet de documentaire sur l’influence des réseaux MAGA en Europe. La nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine décrit une Europe menacée par l’immigration, la perte de son identité et des institutions qui l’auraient éloignée de ses valeurs.

Nous faisons le pari que ces responsables veulent faire du prosélytisme transatlantique. Nous leur proposons de s’adresser directement à un public européen.

Nous ne venons donc pas seulement les interroger sur les violences entourant les opérations d’ICE. Nous leur demandons d’exposer leur projet. Que veulent-ils accomplir ? Pourquoi jugent-ils cette politique nécessaire ? Quelle conception de l’Amérique et de l’Occident défendent-ils ?

Cette approche devient un élément du dispositif du film. Ni piège ni confrontation artificielle : chacun doit pouvoir aller au bout de sa logique devant notre caméra.

Nous avons voulu filmer ce qui arrive lorsqu’une politique migratoire quitte la frontière pour entrer dans les villes, les lieux de travail, les tribunaux, les téléphones et les familles. Faire tenir ensemble l’intime et le système, les vies singulières et l’histoire qui se joue. Et montrer un moment de bascule. La démocratie américaine vacille. Dans le film, un de nos témoins parle d'une réalité dystopique. J'ai voulu que ce film esquisse ce futur déjà-là, qui pourrait bien être celui de l'Europe de demain".

ICE, la chasse à l'homme

80' (2026 - Inédit)
Déconseillé aux moins de 10 ans

Un film de
Julie Peyrard et Christophe Astruc

Ecrit par
Julie Peyrard et Marine Pradel

Production
EverProd
 
Produit par
Amandine Chambelland
 

Avec la participation de
France Télévisions,
et de la RTBF et de la RTS

 Directeur éditorial des Savoirs de France Télévisions
Antonio Grigolini

Pôle Géopolitique & Récits contemporains
Renaud Allilaire
Sophie Chegaray


À voir sur 
francetv.preview

Disponible sur
 © france.tv

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