NOS TERRES INCONNUES -2- DANS LE QUEYRAS

Interview de Cécile Bois

Comment avez-vous réagi quand Frédéric Lopez vous a appelée ?
Cécile Bois : Trois ou quatre ans avant de faire l’émission, j’étais dans un moment de ma vie où j’avais très envie de m’éprouver. Spontanément, j’avais pensé à Rendez-vous en terre inconnue, que j’aime beaucoup regarder, et j’aurais adoré que Frédéric m’appelle ! Partir comme ça à l’aventure vers une destination inconnue où je m’abandonnerais dans un environnement à la fois hostile mais encadré. Me mettre en danger, à l’épreuve, casser quelques portes que j’ai construites au fil de ma vie. Nos terres inconnues, c’était pour moi une autre émission dont j’aimais bien l’énergie. Quand Frédéric m’a appelée, j’ai dit tout de suite « Oui » ! Je n’allais pas partir à l’étranger et me confronter à l’inconnu comme je le pensais, mais j’allais forcément passer un moment drôle et merveilleux. Surtout quand j’ai su que Raphaël Lenglet allait venir avec moi, et qu’il aurait plus d’une occasion de se foutre de moi !

Car la montagne, ce n’est pas votre élément...
C. B. : Jusqu’au dernier moment, on ne savait pas où l’on partait. Mais on nous avait posé des questions. Pour la montagne, j’avais mentionné de façon anecdotique que j’avais été traumatisée petite. Je m’étais perdue dans la montagne où je skiais avec mes parents. En cherchant une petite piste, je m’étais retrouvée en haut d’une piste noire, avec des précipices. J’ai le souvenir de la neige qui glisse, du ravin et du grand stress d’y tomber !
Après que nous avons été informés de notre destination, Frédéric avait vraiment peur que je ne veuille plus y aller ! Je lui ai dit : « Si, bien sûr ! Peut-être que ça ne vient pas par hasard, peut-être est-ce le moment de me réconcilier avec la montagne... » J’ai vraiment pris ça comme une épreuve à vivre et, comme j’étais dans un état d’esprit d’ouverture, je me suis sentie prête.

Est-ce que la présence de Raphaël Lenglet a motivé votre décision ? Avec lui, vous formez un duo bien ancré dans la fiction et dans la vie…
C.B. : J’aurais dit oui sans Raphaël, car c’est un truc entre moi et la montagne, un règlement de comptes avec elle. Je savais qu’il ne me serait d’aucun secours dans cette appréhension de la peur. Mais avec lui dans l’aventure, c’était un plus. On se connaît maintenant depuis huit ans et j’étais convaincue que j’allais vivre de très bons moments de complicité, de désinvolture et d’autodérision. Mais il ne s’est pas « que » foutu de ma gueule, il a été aussi très protecteur dans les situations difficiles, même s’il ne pouvait pas faire grand-chose. Un jour plus éprouvant que d’autres, il a demandé à Raphaël de Casabianca de calmer le jeu vu mon traumatisme… »

Comment avez-vous vécu ces difficultés physiques ?
C. B. : Vous aimeriez être un super-héros dans ces situations-là, la personne qui ne cause pas de problème et qui a tout dépassé. En plus, l’équipe masculine est extraordinaire, humainement et physiquement : c’est celle qui part avec Rendez-vous en terre inconnue. Alors quand vous vous rendez compte que vous êtes le vilain petit canard, il y a quelque chose de désolant. Je l’ai tourné en dérision, je ne me suis pas étalée et me suis battue avec moi, sans gloire.     

Parlez-nous des personnes que vous avez rencontrées.
C. B. : Ce qui m’a plu, c’est leur essence. Ces gens vivent à la montagne parce qu’ils sont passionnés. Ils aiment tous le froid, moi qui n’aime ni la chaleur ni le froid ! Alizée et Valentin sont tombés amoureux  sur l'île de Crozet, dans les terres australes et antarctiques françaises ! La vraie rencontre, c’est eux. Ils sont drôles, gentils et en même temps ils ont du caractère.

Au cours de cette semaine, vous vous taisez beaucoup, vous écoutez...
C. B. : Les personnes qu’on a rencontrées ont beaucoup arrosé des terres arides et nous ont ouvert des portes. Mais il y avait un malentendu au départ. Ils nous ont un peu accueillis comme des Parisiens, et je n’ai jamais été parisienne ; comme des urbains, et je suis une fille de la campagne ; comme des intellectuels, et je me sens beaucoup plus instinctive et proche de la nature. Il n’empêche que leur univers n’était pas le mien, même si on partageait des points communs : le silence, la contemplation… Il y a pourtant plein de nuances que j’ai intégrées dans mon rapport à la nature… Cela passait par l’écoute. On ne peut pas avancer si on ne comprend pas. On ne peut pas comprendre si on n’écoute pas. Même si je n’étais pas d’accord avec tout ce qu’ils me disaient, ces gens étaient là pour m’apprendre.

On vous sent très émue lors du dernier dîner, qui rassemble toutes les personnes rencontrées pendant ce périple. Pourquoi ?
C. B. : J’étais malade et épuisée après la dernière épreuve, particulièrement difficile. Je suis quelqu’un de lent et, pendant toute la semaine, j’ai reçu toutes les informations sans les décanter. Ce soir-là, quand j’ai vu autour de la table tous ceux qu’on avait rencontrés et les ai entendus parler, tout m’est revenu à la figure, avec à la fois admiration, humilité, fragilité : ils ont déverrouillé certaines de mes portes. À un moment, le père d’Alizée, le plus montagnard du groupe, m’a dit : « Vous avez peur de tout ! ». Sur le moment, je lui ai répondu : « Non, je suis quelqu’un de très courageux ! » Mais il avait raison et ça a fait écho en moi : tu es pleine de peurs ! Ces gens-là pensent comme ils skient : ils dévalent la piste sans craindre le caillou sur la piste. Ils m’ont appris à descendre et à ne pas le regarder.

« Votre passion est plus libre que la mienne », leur dites-vous. Qu’avez-vous ressenti chez eux qui vous a fait éprouver davantage la liberté ?
C. B. : Mon métier, c’est de jouer. J’ai un esprit plutôt indépendant depuis que je suis toute petite. Or mon métier dépend d’autres corps de métier : production, chaîne de télévision… Je fais ce que j’aime, mais je ne vais pas forcément où je veux en toute liberté. Eux, si ! Car leur passion n’a pas besoin des autres. Celle qui m’anime n’est pas moins forte que la leur. Mais je ne pourrais jamais être aussi libre qu’ils le sont et cela m’affecte.

Le moment le plus lumineux…
C. B. : Un moment bref dans l’émission : le jeu de cartes Time’s Up ! auquel nous avons joué avec Alizée, Valentin et les deux Raphaël et c’est là qu’on s’est vraiment rencontrés. On a ri – car Raphaël Lenglet n’a pas un cerveau commun ! – et on aurait pu être dans n’importe quel endroit du monde : le plus important, c’était les gens et le groupe qu’on était en train de former. C’est le moment que j’ai préféré.

Le plus surprenant…
C. B. : J’ai eu des moments de joie — la rencontre avec les gens ou le lever du soleil à l’observatoire avec un conteur merveilleux —, de curiosité — est-ce que je vais y arriver ? —, et aussi beaucoup de peurs que j’ai réussi à dépasser, mais mon esprit n’était pas assez libre pour être stupéfaite. Avec une caméra en permanence fixée sur nous, je n’étais pas dans des conditions normales et j’ai eu très peu de moments de contemplation. Même si on l’oublie vite, car l’équipe a été très discrète, je ne pouvais pas m’abandonner. Cela ne m’a pas aidée dans la relation à la montagne.

Est-ce que vous vous êtes réconciliée avec elle ?
C. B. : Je ne peux pas vous le dire, sinon je dévoilerais la fin de l’émission ! Si on dépasse les épreuves physiques, on est fier de soi. C’est la peur qui paralyse, pas l’effort. Le corps écoute la peur. L’effort physique était rude, y compris pour Raphaël Lenglet qui est pourtant très sportif ! Je me suis approchée finalement de ce que je voulais éprouver et je me suis dit qu’on n’avait pas besoin d’aller très loin, en terre inconnue, pour dépasser ses limites ! À mon retour, j’ai remis beaucoup de choses en question, l’éducation et les portes qu’on ferme au fur et à mesure qu’on grandit, la peur, le corps aussi et la certitude qu’il vieillit. Je me suis rendu compte que l’esprit est plus fort que le temps.

Et quel souvenir garderont Cécile et Raphaël de cette semaine très particulière ?
C. B. : Un éclat de rire, où j’ai failli faire pipi dans ma culotte, le jour où Raphaël a descendu la pente en nageant en étoile avec les bras en croix ! Les éclats de rire du Time’s Up. Cela me conforte dans l’affection qu’on se porte l’un pour l’autre et met un point d’orgue à notre relation.

Qu’aimeriez-vous que le public retienne de cette émission ?
C. B. : Je l’ai vraiment fait pour moi. Mais j’espère que le public va passer un bon moment, se rendre compte que les comédiens sont des gens comme les autres, qu’il y a de belles amitiés. Et que ça lui permettra à lui aussi d’ouvrir des portes et de les traverser.

 

Propos recueillis par Anne-Laure Fournier