DU VENT DANS LES BRANCHES DE SASSAFRAS
Théâtre en direct

Du vent dans les branches de Sassafras

En direct - Mardi 28 juin 2016 à 20.55

Cinquante ans après la création de la pièce Du vent dans les branche de sassafras, Bernard Murat met en scène le réjouissant et iconoclaste classique de René de Obaldia, le temps de cinq représentations au théâtre Édouard VII, dont l’une diffusée en direct sur France 2. Avec François Berléand, Anne Benoît, Rachel Arditi, Lionel Abelanski, etc.

Il y a un demi-siècle, Alexandre Vialatte écrivait : « René de Obaldia a toujours été célèbre, mais jusqu’ici personne ne le savait. » Aujourd’hui, plus personne ne l’ignore. Né en 1918 à Hong Kong d’un père consul du Panamá et d’une mère française, prisonnier en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale, romancier, poète, dramaturge mis en scène entre autres par Jean Vilar, parolier de Luis Mariano, cousin de Michèle Morgan, commandeur de l’ordre de Balboa, René de Obaldia ressemble à l’un de ses personnages, improbable, fantaisiste désillusionné, farceur tragique, « le plus enjoué des neurasthéniques » (Jérôme Garcin). À 97 ans, « le plus chinois des écrivains panaméens » (Garcin, encore), qui écrivit ses mémoires de centenaire à 40 ans, est plus jeune que jamais, il est même immortel, depuis qu’il a été élu à l’Académie française au siège (n° 22) laissé vacant par Julien Green et créé en 1634 pour le poète Marc-Antoine Girart de Saint-Amant, qui chanta les plaisirs du vin et les délices du melon.
À l’époque où la vogue du western italien commence à s’imposer sur les écrans, René de Obaldia invente un genre dans lequel il sera sans doute le seul à s’illustrer : le western au théâtre, rencontre malicieuse et iconoclaste de John Ford, de Lucky Luke et du théâtre classique. Du vent dans les branches de sassafras est créé au Théâtre de Poche à Bruxelles en février 1965, puis reprise en novembre au Théâtre Gramont à Paris, dans une mise en scène de René Dupuy, avec Michel Simon, Françoise Seigner, Caroline Cellier, Michel Roux, Rita Renoir (qui vient de disparaître en mai dernier) et... un jeune comédien nommé Bernard Murat. Triomphe. C’est le retour sur les planches de Michel Simon, dont les trous de mémoire sont restés légendaires et dont s’amuse encore l’auteur (qui se livre au passage à un magnifique numéro d’imitation). « Bah, conclue-t-il, la présence extraordinaire de Michel Simon compensait largement le rétrécissement de mon texte. »
Bernard Murat reprend aujourd’hui la pièce. Il est devenu entre-temps un metteur en scène consacré et un directeur de théâtre. Elle est devenue entre-temps un classique, lu et travaillé dans les écoles de comédiens, monté sur les scènes du monde entier.

 

© Théâtre Édouard VII

Nous sommes au Kentucky, début du XIXe siècle, dans une famille de colons misérables. Hirsute, la voix cassée, François Berléand joue un vieux dur à cuire (John Emery Rockefeller), cow-boy sans peur et pas sans reproches, patriarche au sang chaud dans ce western iconoclaste et hilarant de René de Obaldia. On y découvre une foule de personnages délirants comme Caroline (Anne Benoît), la mère au solide bon sens et à la folie soudaine ; le Dr Butler (Urbain Cancelier), le médecin ivrogne ; Miriam (Stéfi Celma), la fille de joie au grand cœur et aux alexandrins hallucinés ; Carlos (François Vincentelli), le shérif justicier ; Œil de perdrix, le chef des Apaches très très gentil ; Œil de lynx, le chef des Comanches très très mauvais (Lionel Abelanski) ; Pamela (Rachel Arditi), la fille, beauté à forte poitrine provocante et sauvage, et Tom (Valentin de Carbonnières), le fils, pâle voyou…

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Une pièce de René de Obaldia
Mise en scène par Bernard Murat
Réalisée par Emmanuel Murat
Produite par le Théâtre Édouard VII
Avec la participation de France Télévisions
Avec François Berléand, Anne Benoît, Stéfi Celma, Urbain Cancelier, Lionel Abelanski, François Vincentelli, Rachel Arditi, Valentin de Carbonnières.

Cette pièce sera présentée par Virginie Guilhaume.

 

Qu’est-ce qui vous a pris, en 1965, d’écrire un western pour le théâtre ?
Je ne le sais pas bien moi-même. Vous savez, j’ai écrit du théâtre un peu par accident. J’ai commencé par écrire de la poésie, des récits (Les Richesses naturelles, 1952), des romans (Tamerlan des cœurs, 1955). C’est Jean Vilar qui m’a suggéré un jour de m’essayer à l’écriture dramatique. Cela a donné Genousie, qu’il a mis en scène au Théâtre national populaire en 1960. Quelques années plus tard, Du vent... est né d’un mot, « sassafras », découvert chez Jean-Louis Bory dans un livre de Fenimore Cooper. Il m’était inconnu, il m’a frappé, m’a fait rêver... J’ai écrit par amusement, presque pour moi seul, une petite pièce de vingt-cinq minutes. Là-dessus, je rencontre René Dupuy, qui dirigeait alors le théâtre Gramont. « Ah, si vous aviez quelque chose de nouveau pour moi... » Je lui parle de cet essai, lui fait lire, cela lui plaît. Mais il voulait quelque chose de plus long. J’aimais beaucoup les westerns. Les diligences, les chevauchées, les attaques d’Indiens, etc. Mais comment faire au théâtre ? Cela me semblait très compliqué. Alors, j’ai adopté la règle des trois unités du théâtre classique, qui avait fait ses preuves, unité d’action, de temps, de lieu... Pour le reste, je me suis seulement pris au jeu. Le résultat m’a semblé amusant mais tout de même assez extravagant. Je n’imaginais pas un seul instant le destin de cette pièce. Vous savez, une quinzaine d’années après, j’ai écrit Les Bons Bourgeois, une sorte d’hommage à Molière que je trouvais assez réussi. Eh bien, ça n’a pas du tout marché. La bonne ou la mauvaise fortune touche les œuvres comme les êtres.

Vous êtes quelqu’un d’assez inclassable. Un auteur à la fois contemporain et classique, actuel et à l’écart des modes. Votre théâtre n’est ni intellectuel ni « boulevard », vos poésies figurent dans les manuels scolaires...
Je vous l’ai dit, pour moi, tout a commencé par la poésie. S’il faut se définir, je me définis avant tout comme poète. Après tout, poiêsis, en grec, cela veut dire « création », tout simplement.

Et puis, il n’y a jamais de frontière chez vous entre le rire, l’émotion, la farce, le tragique...
Mais c’est la condition humaine. J’ai un vieil ami, un peu perdu de vue, William... comment déjà ?... Shakespeare, c’est ça..., qui a écrit To be or not to be, etc. C’est la seule question véritable. Quand on parvient à mon âge — quel âge ai-je, déjà ? —, on a évidemment un regard un peu distancié sur les choses. J’ai tout mon avenir derrière moi, n’est-ce pas (rires). Mais peut-être avais-je pris un peu d’avance. Vous savez, j’ai écrit mes mémoires de centenaire à 40 ans — un critique, du reste, a titré avec humour : « Du gâtisme considéré comme un des beaux-arts ». Je ne pouvais bien sûr prévoir que mon personnage et moi allions finir par nous rejoindre. Quand je redécouvre Du vent..., tant d’années après, je suis frappé de trouver, dans la bouche d’un cow-boy : « À certains moments, je me sens étranger à moi-même. » Finalement, mon cow-boy, me révèle à nouveau à moi-même ! J’ai trouvé il y a quelque temps une chose assez semblable dans le Journal de Kafka : « J’ai peu de choses en commun avec moi-même. »

Kafka qui, comme le soutenait Alexandre Vialatte, est un grand écrivain comique. Vialatte sur lequel vous avez écrit...
À la création de la pièce, Vialatte a signé dans La Montagne une belle chronique qui m’a beaucoup touché. Il y a avait chez lui, allié à la rigueur du germaniste, un mélange de fantaisie, de vertige métaphysique, de poésie, de mélancolie et d’humour noir tout à fait extraordinaire. Effectivement, je me sens quelques affinités avec lui.

Depuis cinquante ans, Du vent dans les branches de sassafras a connu de nombreuses mises en scène.  C’est la troisième fois, à ma connaissance, qu’une captation est diffusée à la télévision — la mise en scène de René Dupuy en 1968, celle de Jacques Rosny, avec Jean Marais, en 1983. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Cela me donne un coup de jeune ! Chaque nouvelle mise en scène est une relecture. Et, pour moi, une redécouverte. J’ai cette chance de trouver régulièrement une nouvelle virginité à ce texte. Chaque fois, c’est aussi une nouvelle famille qui se recrée, c’est très émouvant. Et puis, enfin, dans ce monde, « le meilleur des mondes » pourrait-on dire avec ironie, ce qui se fait là constitue une sorte d’îlot de résistance.

Propos recueillis par Christophe Kechroud-Gibassier

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