SAINT LOUIS, UNE HISTOIRE CALEDONIENNE

SAINT-LOUIS
RAPPEL HISTORIQUE

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L’agglomération de Saint-Louis, située de la commune du Mont-Dore, aux portes de la ville de Nouméa, présente l’originalité d’être à la fois un quartier et une tribu, qui a toujours joué un rôle fondamental dans l’histoire de la Nouvelle-Calédonie.

Sa création est la conséquence directe du choix du site de Port-de-France, plus tard renommé Nouméa, le 25 juin 1854, comme chef-lieu de la colonie. Aussi, après avoir négocié le terrain avec le grand chef du sud, Kouindo, les pères maristes décident-ils de s’implanter à proximité en fondant, en 1855, la Conception, et, l’année suivante, Saint-Louis, avec un certain nombre de convertis kanak provenant notamment du nord-est de la Nouvelle-Calédonie où le catholicisme s’était d’abord implanté.

La mission de Saint-Louis, dont les principes de fonctionnement ne sont pas sans rappeler ceux mis en place, deux siècles plus tôt, au Paraguay par les jésuites, va rapidement représenter un des pôles essentiels de l’Église catholique en Nouvelle-Calédonie, tant du point de vue économique que social. En effet, d’une part, après avoir maîtrisé l’approvisionnement en eau, la mission va progressivement être équipée d’une scierie, d’une menuiserie, puis d’usines à sucre et à décortiquer le riz et enfin d’une rhumerie et même d’une imprimerie. D’autre part, dès 1863, est ouverte une première école, en partie professionnelle, équipée d’un internat, destiné aux enfants kanak, garçons et filles, venant de toute la colonie. L’objectif poursuivi vise à les soustraire pendant de nombreuses années, à leurs milieux, afin qu’à la suite de leur formation, ils deviennent des vecteurs de la foi catholique mais aussi de modernité, au sein de leurs tribus d’origine. La conséquence, cependant, en sera que beaucoup vont s’y installer de façon définitive. Aussi, la mixité initiale de toutes ces populations, provenant de tout l’archipel et parlant des langues différentes, rapidement associé à un important métissage, va être à l’origine du seul pidgin ayant existé en Nouvelle-Calédonie avec la création du tayo dit de Saint-Louis qui leur permettait de se comprendre et d’échanger. Celui est cependant de moins en moins utilisé car il est progressivement supplanté par le français.

La proximité de la ville va aussi avoir pour conséquence que la tribu de Saint-Louis va jouer un rôle fondamental au sein du processus de la renaissance culturelle et politique kanak après la Seconde Guerre mondiale, tant en termes de lieux de réunion et de rencontres qu’à travers un certain nombre de figures marquantes du nationalisme kanak.

Mais la tradition d’accueil et de prosélytisme de la mission catholique a aussi été, à l’origine, de l’arrivée de nombreux Wallisiens et Futuniens qui ont être installés dans le lotissement proche dit de l'Ave Maria. De 2001 à 2004, les clivages politiques qui les opposent aux kanak sont à l’origine de nombreux affrontements qui s’achèvent par leur départ. Mais, cet épisode va aussi fortement contribuer à installer un climat de violence et de révolte, notamment parmi les jeunes, dont beaucoup sont à la fois confrontés à un problème de chômage mais aussi d’identité, compte tenu de la spécificité historique de la composition de la population de Saint-Louis, qui les a privés des ancrages et des références de la société kanak traditionnelle.