Résumé
Entre 1980 et 1985, des milliers de personnes sont contaminées en France par le virus du sida à travers des transfusions et des produits sanguins : hémophiles, transfusés, puis leurs conjoints et leurs enfants. Médecins, hauts fonctionnaires et ministres ont dû en répondre devant la justice. Une formule est restée dans toutes les mémoires : « responsable mais pas coupable ». Mais comment un système transfusionnel fondé sur le don bénévole et la solidarité a-t-il pu devenir le vecteur d’une telle catastrophe ?
Quarante ans après les faits, cette série en trois épisodes remonte le fil de la tragédie. Elle s’appuie sur les archives de l’époque et sur les témoignages de survivants, de familles de victimes, de médecins pionniers et de responsables de la transfusion. Elle suit le destin croisé de deux communautés qui ne semblaient pas destinées à se rencontrer, les hémophiles et les homosexuels, liées malgré elles par le don du sang. Du début du XXe siècle à l’été 1985, elle raconte une époque grisée par le progrès, une médecine qui se croyait victorieuse des épidémies, une guerre scientifique et économique entre la France et les États-Unis, et un système transfusionnel livré à lui-même. Un récit qui interroge notre rapport à la science, aux institutions et au risque, et qui rappelle que la vigilance ne doit jamais faiblir.
Note d’intention d'Olivier Lemaire
J’ai 48 ans, je suis un enfant des années 80. Petit, j’ai vécu l’essor de la société de consommation, les grandes lois sociales votées sous Giscard et Mitterrand, les progrès exaltants de la médecine et les angoisses irrationnelles de certaines franges de la population face à la modernité. L’irruption soudaine du sida fait bien évidemment partie des événements qui ont façonné mon rapport au réel, à la sexualité et à la mort. Mais je pense avoir été encore plus marqué par le scandale du sang contaminé. J’avais 15 ans quand l’affaire a été révélée au grand public en 1991. Je me souviens que cette histoire avait terrifié l’adolescent que j’étais : la
dimension mortifère de l’amour physique, les ravages d’une épidémie qu’on avait du mal à identifier, la négligence de ceux qui étaient censés nous protéger… Comme beaucoup à l’époque, ma vie d’adulte a commencé dans une certaine forme de méfiance, notamment à l’égard des institutions médicales et politiques qui avaient failli. Comment avait-on pu – et en toute connaissance de cause – injecter le VIH à des personnes qui étaient en demande de soins ? “Responsable mais pas coupable”. La célèbre expression de Georgina Dufoix, prononcée devant Anne Sinclair dans 7 à 7, résonne encore dans ma tête. Pour Laurence Lacour et moi-même, cette formule contient toute la complexité de cette affaire, où ceux qui ont été condamnés par la justice affirmaient n’avoir eu aucune possibilité de mesurer la catastrophe à venir. Leur défense s’est résumée en ces quatre mots. La justice est passée. Mais je pense qu’aujourd’hui encore, rien n’a vraiment été compris.
Quarante ans après les faits, l’opinion publique n’a toujours pas eu la possibilité de prendre le recul nécessaire. Sitôt passée la colère et la consternation, l’affaire a été rangée dans les grands scandales sanitaires sans que la lumière de l’observation historique ait pu être faite. La confiance envers les pouvoirs publics, le système de santé et la communauté scientifique s’en est pourtant trouvée entachée pendant des années… À cette époque, les ténors de la science clamaient haut et fort que plus aucune épidémie ne pouvait présenter de risque majeur. Les médecins étaient censés pouvoir terrasser toute forme de menace virale. Or, après trois
ans de Covid, je trouve que ces affirmations résonnent encore douloureusement…
Depuis quelques années, mes documentaires s’intéressent aux grands enjeux qui traversent notre société afin de mieux comprendre son évolution et sa trajectoire. L'affaire du sang contaminé a toujours été une énigme pour moi. La lecture du livre que Laurence Lacour a consacré à cette affaire, Le Chant sacré, m’a permis d’en saisir pour la première fois les mécanismes. En remontant avec elle le fil de l’Histoire, j’ai découvert, non sans surprise, que l’explication de ce scandale trouvait ses principaux fondements à la fin de Seconde Guerre mondiale, bien longtemps avant la découverte du VIH. Les succès réalisés pendant les Trente Glorieuses avaient largement contribué à baisser la garde des médecins et de la société en général.
Avec ce documentaire sur le sang contaminé, je souhaite donc non seulement raconter le véritable thriller médical qu’est cette affaire, avec son lot de révélations, de retournements et de rebondissements, mais opérer aussi un retour édifiant sur la seconde partie du XXe siècle, une époque qui nous a nous-mêmes forgés Laurence et moi.
Comment l’évolution des moeurs, des comportements, l’émergence de la société de consommation, la confiance dans l’avenir, dans la science et le sentiment de toute puissance d’un large pan de l’humanité nous ont-ils rendus aussi naïfs et confiants ? Comment pouvions-nous nous sentir si protégés ? Même aujourd’hui, cinq ans après le début de la pandémie de COVID-19 ? En revenant sur l’affaire du sang contaminé avec les mêmes enjeux sociétaux, scientifiques et médicaux qui ont rythmé ces trois dernières années, marquées par le Covid, je souhaite donc avant tout apporter un début d’explication au grand public afin d’éclairer notre
rapport aux institutions, aux menaces naturelles et à la confiance que nous accordons au progrès.
Le documentaire sera suivi d'un débat.
Inédit
Une série documentaire de
3x52 mn
Réalisé par
Olivier Lemaire
Auteurs
Laurence Lacour
Olivier Lemaire
Une production
Effervescence Doc
Producteurs
Simone Harari Baulieu
Cyril Pennec
Judith Naudet Baulieu
En coproduction avec
l’INA
Avec le soutien de la PROCIREP – Société des Producteurs
et de L’ANGOA
Avec la participation du
Centre National du Cinéma et de l’image animée
Avec la participation de
France Télévisions
Unité documentaires Pôle société et géopolitique
Antonio Grigolini
Renaud Allilaire
Sophie Chegaray
À voir sur
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