Pour la première fois, la Cour internationale de justice a été appelée à préciser les obligations des États face au changement climatique. Née de l’initiative d’étudiants du Pacifique, cette procédure historique porte jusqu’à La Haye la voix des peuples insulaires, parmi les plus exposés aux bouleversements du climat. Les réalisatrices Claire Perdrix et Marianne Kerfriden racontent les coulisses d’un combat mondial dont les enjeux résonnent particulièrement dans les Outre-mer.
Au Vanuatu, archipel de 83 îles au cœur du Pacifique Sud, le dérèglement climatique menace bien plus que les paysages. Pluies torrentielles, cyclones de plus en plus violents et montée du niveau de la mer fragilisent des communautés étroitement liées à leur environnement. Préserver les ressources naturelles, c’est aussi défendre des traditions, un mode de vie et la possibilité, pour les générations futures, de continuer à habiter leur terre.
De la Polynésie française à la Nouvelle-Calédonie, la situation du Vanuatu trouve un écho dans de nombreux territoires ultramarins. La fragilité des écosystèmes et l’exposition aux phénomènes climatiques extrêmes menacent l’avenir de leurs habitants et la préservation de leur patrimoine naturel et culturel. En Nouvelle-Calédonie, Samson Jean-Marie, doctorant en en anthropologie du climat, et chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), constate les difficultés croissantes des agriculteurs. En Polynésie, Tamatoa Bambridge, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), rappelle les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique dans les lagons.
C’est au sein de l’organisation Pacific Islands Students Fighting Climate Change que naît l’idée de saisir la Cour internationale de justice. Portée notamment par Cynthia Houniuhi, présidente du mouvement, cette initiative étudiante prend une dimension internationale. Les étudiants en droit se tournent vers les gouvernements du Pacifique. Seul le Vanuatu accepte de défendre véritablement leur combat.
La démarche des étudiants du Pacifique, relayée par Ralph Regenvanu, ministre du Changement climatique du Vanuatu, ouvre la voie à une procédure inédite. Face aux grandes puissances émettrices de gaz à effet de serre, ils entendent mettre en lumière la responsabilité des principaux émetteurs, obtenir la protection des peuples les plus durement touchés par le réchauffement climatique et faire reconnaître leur droit à des réparations financières.
En décembre 2024, à La Haye, 96 États présentent leurs arguments devant les juges de la Cour internationale de justice. Entre pays vulnérables et grandes puissances, les audiences font apparaître des positions opposées sur la responsabilité des États et la portée du droit international. Michael Burger, directeur exécutif du Sabin Center for Climate Change Law (université Columbia), Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et membre du Haut Conseil pour le climat, et Laurent Fabius, président de la COP21 en 2015, aident à mesurer l’ampleur des enjeux scientifiques, juridiques et diplomatiques de cette procédure.
Au-delà des audiences, le documentaire donne la parole à celles et ceux qui s’engagent sur le terrain. Shiva Gouden, responsable de la zone Pacifique de Greenpeace, et Vepaia Trief, porte-parole de Save the Children, témoignent des réalités humaines et environnementales auxquelles sont confrontées les communautés insulaires.
Alors que les audiences s’achèvent à La Haye, le cyclone Chido frappe Mayotte en décembre 2024. La catastrophe rappelle brutalement l’exposition des territoires insulaires aux phénomènes climatiques extrêmes et donne une résonance particulière aux débats internationaux. Activiste originaire de Mayotte et membre de l’organisation World’s Youth for Climate Justice, Samira Ben Ali fait le lien entre les revendications portées devant les juges et les préoccupations des habitants des Outre-mer.
En juillet 2025, la Cour internationale de justice rend son avis consultatif sur les obligations des États en matière climatique. Cet avis vient préciser le cadre juridique international et marque une étape importante dans la reconnaissance des responsabilités étatiques. Il ouvre de nouvelles perspectives pour les démarches visant à faire respecter ces obligations.
Entre mobilisation citoyenne, négociations internationales et bataille juridique, le documentaire explore une question fondamentale. Le droit international peut-il réellement contraindre les États à agir face à l’urgence climatique ? Peut-il faire entendre la voix des populations les plus exposées ?
Documentaire inédit
90 min
Réalisation
Claire Perdrix
Marianne Kerfriden
Écriture
Claire Perdrix
Production
Les Nouveaux Jours productions
Produit par
Maël Mainguy
Morgane Carriou
Avec la participation de
France Télévisions
Directeur des contenus du pôle Outre-mer
Laurent Corteel
Directeur adjoint des contenus, en charge des documentaires
Sophiane Tilikete
Conseiller de programmes
Gaëtan Roussel
2026