Communiqué de presse
Documentaire inédit

André Aliker, une affaire coloniale

Le destin d’un homme devenu un symbole
Documentaires et magazines
52 min

12 janvier 1934. En Martinique, André Aliker, rédacteur en chef et gérant du journal communiste Justice, est retrouvé sans vie sur une plage de Case-Pilote, les mains liées dans le dos. Depuis plusieurs mois, il enquêtait sur l’affaire Aubéry, un vaste scandale financier et fiscal dans lequel est impliqué l’un des hommes les plus puissants de l’île. Tandis que les autorités privilégient la thèse du suicide, une partie de la population la rejette. Ce documentaire retrace le parcours du journaliste et, à travers lui, l’histoire d’un territoire pris entre les promesses de l’égalité républicaine et les fractures de la société coloniale.

Au début du XXᵉ siècle, la Martinique reste marquée par les hiérarchies héritées de l’esclavage, aboli en 1848. Terres et industries demeurent aux mains des familles békés, tandis que la majorité de la population, noire et rurale, travaille dans les plantations de canne à sucre, sans bénéficier des mêmes droits sociaux que dans l’Hexagone.

Deuxième d’une fratrie de quatorze enfants, André Aliker naît le 10 février 1894 au Lamentin, en Martinique. Son père, Ernest Mauconduit, est un comptable blanc ; sa mère, Louise-Anne Aliker, une travailleuse agricole noire. Le couple est très modeste, mais les enfants fréquentent l’école du bourg grâce aux efforts de leur mère.

André Aliker exerce d’abord le métier de charpentier, puis s’installe à Fort-de-France, où il trouve du travail dans un commerce. La Première Guerre mondiale bouleverse son destin. En 1915, il se porte volontaire, quitte son île et rejoint les troupes françaises. Dans les tranchées, le soldat Aliker se distingue par sa conduite exemplaire. À son retour en 1919, il porte un regard nouveau sur la société martiniquaise et rejoint le mouvement communiste, qui réclame pour l’île le statut de département français afin que les promesses de la république s’appliquent pleinement.

En 1920, quelques militants fondent Justice, présenté comme le premier journal communiste de la Caraïbe. André Aliker en devient rédacteur en chef, puis gérant, et signe certains articles du pseudonyme de « L’Œil de Moscou ». Le journal dénonce les conditions de travail dans les plantations et s’impose comme un espace majeur de contestation.

Au début des années 1930, André Aliker enquête sur Eugène Aubéry, industriel béké à la tête d’un vaste domaine agricole et de l’usine de Lareinty. Des droits de mutation, qui auraient représenté plusieurs millions de francs, n’auraient pas été acquittés. Condamnés une première fois, les époux Aubéry sont relaxés en appel. Un ancien homme de main remet alors à André Aliker la copie d’un chèque qui aurait été versé au juge chargé du dossier. Tandis que les autres journaux refusent de publier ce document, Justice consacre à l’affaire une édition spéciale. Le scandale franchit les frontières de l’île et gagne la presse de gauche de l’Hexagone.

Marié et père de deux enfants, André Aliker subit pressions et intimidations, mais poursuit son travail. Le soir du nouvel an 1934, trois hommes s’en prennent à lui, le bâillonnent et l’emmènent au large avant de le jeter à la mer. Il regagne la rive à la nage et, dès le lendemain, porte plainte en mettant directement en cause Eugène Aubéry. Sa plainte est classée sans suite et sa demande de port d’arme refusée. Dix jours plus tard, il quitte l’imprimerie de Justice et monte dans un taxi. Le lendemain matin, son corps est retrouvé sur le rivage, les mains liées dans le dos.

La population crie sa colère et son indignation. Malgré des éléments accablants, l’enquête ne permet pas d’établir officiellement les circonstances du meurtre : le procès s’achève sans condamnation. Sur sa tombe, quelques mots résonnent comme une accusation : « N’ayant pu me corrompre, ils m’ont assassiné ».

Nourri d’archives, d’analyses d’historiens et de témoignages de ses descendants, le film revient sur une affaire qui continue de marquer la mémoire martiniquaise. Près d’un siècle après la mort d’Aliker, son parcours raconte celui d’une époque et d’un territoire traversés par les luttes, les rapports de pouvoir et les aspirations à la liberté. Une histoire qui n’a rien perdu de son actualité.

Fernand Papaya, ancien directeur de publication de Justice

Documentaire inédit

52 min

Réalisation
Martin Beraud

Écrit par 
Martin Beraud et Léa Mormin-Chauvac

Production
Program33

Avec la participation de 
France Télévisions

Directeur des contenus du pôle Outre-mer
Laurent Corteel

Directeur adjoint des contenus, en charge des documentaires
Sophiane Tilikete

Responsable des programmes
Gabrielle Lorne

2026