Cent ans après sa naissance, la Route 66 continue de hanter nos imaginaires. Steinbeck, Nat King Cole, Easy Rider ou Bruce Springsteen ont fait de cet itinéraire mythique une scène où l’Amérique raconte ses promesses de liberté, mais aussi l’envers d’un décor fantasmé….
Tracée entre Chicago et Los Angeles, elle déroule près de quatre mille kilomètres à travers huit États, du Midwest aux rives du Pacifique, en passant par les plaines de l’Oklahoma et les déserts de l’Arizona. Mais ce film n’est ni un guide de voyage ni un documentaire historique au sens classique, il raconte comment un ruban d’asphalte est devenu une véritable fiction américaine.
Très vite, la 66 déborde la carte. Elle devient la « Mother Road » de Steinbeck, la voie de fuite des familles du Dust Bowl, puis le refrain entraînant de Nat King Cole. Après-guerre, ses motels, ses diners et ses stations-service composent le décor éclatant d’une Amérique qui découvre le tourisme automobile. Puis, avec la Beat Generation et la contre-culture, la route change de sens : prendre la route, c’est aussi rompre avec le conformisme, échapper à la place qui vous est assignée. Jack Kerouac ne fait pas de la 66 son itinéraire, mais Sur la route élargit durablement son imaginaire ; avec Easy Rider, la route devient à la fois un espace de liberté et le révélateur d’une Amérique qui rejette ceux qui s’écartent de ses normes.
Le film raconte cette métamorphose à travers les œuvres qui l’ont rendue visible. Les photographies de Dorothea Lange, les chansons de Woody Guthrie et Bruce Springsteen, Les Raisins de la colère, Easy Rider, Bagdad Café ou Cars ont successivement projeté sur la 66 les rêves et les blessures du pays. À force d’être chantée, photographiée et filmée, elle finit par contenir toutes les routes américaines, celles où l’on part pour devenir quelqu’un d’autre ou échapper à ce qui nous attend.
Derrière cette promesse de liberté apparaissent aussi ses angles morts : la ségrégation et le Green Book, les territoires autochtones transformés en folklore, les villes laissées à l’écart par les Interstates. Le mythe de la Route 66 a souvent gommé ces réalités au profit d’une Amérique supposément plus simple et plus authentique.
Rayée des registres fédéraux en 1985, la route se transforme en patrimoine avec l’Historic Route 66 mais c’est surtout par les images qu’elle survit. Un siècle après sa création, elle demeure une fiction collective, assez puissante pour continuer à raconter l’Amérique, ses rêves de liberté comme ses contradictions.
Production
Haut et Court Doc
Un film de
Sophie Peyrard
France Télévisions
Direction éditoriale du pôle Savoirs
Antonio Grigolini
Emmanuel Migeot
Nathalie Kaminsky
Disponible sur![]()