Quatre destins, une seule famille et des kilomètres de fleuve entre chacun d’eux. C’est le point de départ d’Entre deux rives, documentaire immersif sur la famille Cachine, disséminée à travers la Guyane. Jean-Marc navigue autour de Camopi, à l’est du territoire. Kulilu administre le village d’Antécume-Pata, sur le Haut-Maroni, à la frontière surinamaise. Tim tente de se stabiliser sur le littoral. Waté, 16 ans, affronte la solitude avec ses armes. Rarement réunis, souvent séparés, ils avancent chacun de leur côté, reliés par un même sang et une même histoire de ruptures.
Tout a commencé il y a plus de trente ans. Jean-Marc, jeune Teko grandi à Camopi, n’a que 10 ans quand il est envoyé au Home amérindien de Saint-Georges-de-l'Oyapock, à la frontière brésilienne, pour y poursuivre sa scolarité, loin des siens. À 15 ans, il s’enfuit vers Cayenne où il rencontre Kulilu, née à Antécume-Pata, village fondé par son père, André Cognat. Ensemble, ils fondent une famille et multiplient les allers-retours entre le fleuve et le littoral, dans l’espoir de construire pour leurs enfants une stabilité qu’eux-mêmes n’ont jamais connue. Jean-Marc tente sa chance au Parc amazonien, à la mairie, dans l’Éducation nationale, avant de se lancer dans le transport fluvial. Mais, partout, ce sont les mêmes obstacles qui l’attendent, entre lenteurs administratives, normes inadaptées et retards de paiement, qui finissent toujours par tout emporter.
Fils de Kulilu, adopté par Jean-Marc, Tim quitte Antécume-Pata enfant. Il passe par Camopi, puis Cayenne, où s’enchaînent des familles d’accueil peu attentives. Les lycées le renvoient, le bac ne vient jamais. Il travaille, démissionne, recommence, tiraillé entre une tendresse maladroite pour ses frères et une relation compliquée avec son père.
Waté, lui, porte dans son prénom même le mélange de deux peuples, wayana et teko, sans appartenir tout à fait ni à l’un ni à l’autre. De Camopi à Antécume-Pata, de Rémire-Montjoly à Macouria, il n’a jamais posé ses valises bien longtemps. Pour tenir, il s’invente des amis imaginaires et noircit des centaines de pages. Il décrochera malgré tout son baccalauréat, avec deux ans d’avance.
Depuis la mort de son père en 2021, Kulilu a repris seule la charge du village, avec l’association Yépé à gérer, le tukusipan à reconstruire, les relations avec l’État français à maintenir. Elle porte à bout de bras une communauté entière, tout en gardant, de loin, un œil sur ses enfants dispersés à travers le territoire.
Comment s’aimer quand tout éloigne ? Comment transmettre ce qu’on a soi-même reçu de travers ? Comment avancer quand on porte des blessures qu’on n’a pas choisies ? Ces questions traversent le quotidien de la famille Cachine sans jamais réellement trouver de réponse. Pendant ce temps, ailleurs en Guyane, d’autres familles amérindiennes affrontent les mêmes ruptures, entre isolement des villages, éloignement scolaire et indifférence des institutions. Ce sont des vies qui se construisent malgré tout, entre deux rives.
90 min
Réalisation
Chloé Bebronne
Production
Kanopé Films
Sanosi Productions
Avec la participation de
France Télévisions Pôle Outre-mer
Directeur des contenus du pôle Outre-mer
Laurent Corteel
Directeur adjoint des contenus, en charge des documentaires
Sophiane Tilikete
Responsable des programmes
Gabrielle Lorne
2026