Les conseillers de la 17ème édition remettent leur rapport
Pour sa 17ème édition, le Conseil Consultatif des Programmes de France Télévisions a réuni une trentaine de membres représentatifs de la diversité de la société française et du public audiovisuel.
Tout au long de l'année, ils ont été invités à interroger sur ce qu'un audiovisuel de service public devrait apporter aujourd'hui et demain, non seulement dans ses programmes, mais dans sa manière d'habiter le quotidien dans un paysage médiatique profondément recomposé.
Ce vendredi 12 juin, les conseillers se sont rendus au siège de France Télévisions pour remettre leurs conclusions à la direction et aux équipes du groupe public.
Cette année d'échanges fait apparaître un service public dont la légitimité est solidement reconnue, mais dont la mise en œuvre est interrogée avec une exigence croissante.
Un service public légitime, dont la promesse doit s'assumer avec davantage de force
Les membres du Conseil ne remettent pas en cause le principe d'un service public audiovisuel. Ils lui reconnaissent une place singulière dans le paysage médiatique, fondée sur des valeurs distinctives : fiabilité, accessibilité, pluralisme, souci de l'intérêt général.
France Télévisions n'est pas perçu comme un diffuseur parmi d'autres, mais comme un acteur investi d'une responsabilité particulière, celle de garantir un accès commun à l'information, aux savoirs, à la culture, là où la seule logique marchande ne suffirait pas.
Cette légitimité forte a pour contrepartie une exigence élevée. Le public pardonne moins ses ambiguïtés au service public qu'aux autres acteurs. Ce qui ressort des débats, c'est moins un déficit d'offre qu'un déficit de repères : des contenus jugés utiles et qualitatifs, mais découverts tard ou par hasard, une identité éditoriale parfois difficile à saisir.
« Je vous trouve extraordinaire, mais je trouve que les valeurs que vous soutenez et que vous portez sont très peu visibles. »
Informer : un socle solide, des attentes de renouvellement précises
L'information est le territoire sur lequel France Télévisions bénéficie du socle de légitimité le plus solide. Dans un environnement médiatique saturé et souvent anxiogène, le service public est perçu comme un repère de vérification, de hiérarchisation et de mise en perspective.
Cette confiance s'accompagne d'exigences claires. Les membres du Conseil ne demandent pas une information plus neutre, terme qu'ils jugent flou ou trompeur, mais plus impartiale, plus transparente sur sa méthode.
Ils souhaitent comprendre comment les sujets sont choisis, comment les sources sont recoupées, comment l'éditorial se construit. La confiance ne peut rester un héritage symbolique : elle doit, selon le Conseil, être activement entretenue.
Face à des pratiques d'information de plus en plus hybrides et morcelées, le Conseil formule une attente forte : que France Télévisions devienne un véritable « média-guide », capable de proposer plusieurs niveaux de lecture d'un même sujet selon les besoins du moment.
« Si je veux m'informer en 30 secondes, je dois avoir un format du service public qui m'informe en 30 secondes. »
Divertir : une mission pleinement légitime, une offre attendue sur un registre plus audacieux
Le divertissement n'est pas perçu par les membres du Conseil comme un registre secondaire ou une concession à la logique d'audience. C'est au contraire l'un des moyens par lesquels un média public peut rassembler, créer du lien, proposer des expériences partagées entre publics différents.
France Télévisions est reconnu pour ses réussites dans la fiction. Des séries comme Sambre ou L'Affaire Laura Stern sont citées comme des démonstrations de ce que peut produire une fiction de service public engagée. Le Conseil exprime une réserve récurrente sur l'équilibre d'ensemble de l'offre : perçue comme trop dominée par les polars et les récits sombres, elle est insuffisamment identifiée à des programmes plus fédérateurs et plus intergénérationnels.
Les membres souhaitent également des formats de divertissement plus joueurs, moins retenus dans leur rapport au plaisir télévisuel.
« On voudrait que vous vous lâchiez un peu »
Éduquer, se cultiver: le territoire de prédilection du service public
La culture et les savoirs constituent le territoire à la plus forte légitimité symbolique pour France Télévisions. Okoo et Lumni sont salués comme des exemples particulièrement convaincants d'un service public concret et différenciant.
Les grands documentaires, les captations de spectacles vivants et les magazines culturels sont reconnus comme un service réel de démocratisation culturelle.
Le Conseil pointe néanmoins un écart entre cette vocation reconnue et sa présence effective dans les usages. L'offre culturelle existe, elle est appréciée. Elle peine encore à devenir un réflexe, à s'adresser à des publics qui ne lui sont pas déjà acquis. Ce que le Conseil appelle de ses vœux, c'est des formes d'accès plus contemporaines, des formats plus attractifs, des passerelles plus fluides entre culture académique et pop culture.
Conclusion : s'assumer comme acteur singulier, s'actualiser pour rester utile
Au terme de cette année d'échanges, le CCP dessine une attente claire : France Télévisions doit s'assumer comme acteur singulier, non en se repliant sur une posture institutionnelle, mais en rendant sa différence visible, active et désirable. Il doit aussi s'actualiser, non pour ressembler aux plateformes, mais pour faire la preuve qu'il comprend les nouvelles logiques d'attention sans renoncer à ce qui fait sa valeur propre.
« Si les gens ne voient pas le service public comme étant utile et intéressant pour eux, alors le service public perd complètement toute justification d'existence. »
Un service public audiovisuel fort n'est pas seulement un service public défendu. C'est un service public qui donne des raisons d'être choisi.