Le 2 mars 2022, le militant nationaliste corse Yvan Colonna est tabassé à mort par un islamiste radicalisé dans la salle de sport de la maison centrale d'Arles. Vingt-cinq ans plus tôt, l’assassinat de Claude Érignac était mené par le commando auquel appartenait ce même Colonna. La Corse est à nouveau embarquée dans le cercle du malheur.
En 1998, après la mort d’un préfet symbole de l’État, l’île était descendue dans la rue protester contre ce meurtre. Un quart de siècle plus tard, la jeunesse s’embrase. Yvan Colonna devient un martyr et les manifestations qui suivent son décès déclenchent un nouveau cycle de discussions avec Paris, où s'ouvre en juin prochain un débat parlementaire sur l’autonomie de l’île.
À travers le destin d’un militant clandestin de la lutte armée, la mini-série Colonna, une tragédie corse (3 x 45 min) raconte par la voix des protagonistes de cette histoire soixante ans de malentendus entre la Corse et Paris.
Résumé des épisodes
Épisode 1 - Le militant
Comment devient-on nationaliste corse quand on est fils d’un père député « républicain » et d’une mère bretonne ? Ce premier épisode d’Une tragédie corse retrace l’itinéraire politique d’Yvan Colonna, qui grandit dans le sud d’une île gagnée par le tourisme de masse et privée d’université. Lorsque le FLNC est créé en 1976, le berceau familial de Cargèse compte déjà les militants à cagoule les plus actifs de Corse. Le jeune Yvan Colonna commet ses premiers attentats contre des hôtels, des villas ou encore un Club Med tout proche. Lorsque des rivalités éclatent entre clandestins, le secteur de Cargèse se replie sur lui-même, persuadé désormais que pour gagner l’indépendance il faut « faire plier l’État » en frappant fort.
Épisode 2 - Le coupable
Trois balles dans la nuque, par derrière. Le 6 février 1998, le préfet Claude Érignac, en « mission » à Ajaccio pour tenter de ramener la paix dans l’île et apaiser des agriculteurs endettés, est assassiné. La réprobation des Corses est immense. Ils descendent dans la rue. Paris s’entête à poursuivre une fausse « piste agricole » qui envoie des dizaines d’exploitants en prison, dont plusieurs témoignent dans ce deuxième épisode d’Une tragédie corse. Pour succéder à Érignac, Paris nomme un préfet à poigne, Bernard Bonnet, qui finit… en prison. L’étau se resserre sur un groupe de militants venus de Cargèse. Les membres du commando sont arrêtés, sauf Yvan Colonna, qui est désigné comme le tireur. Le berger entame une longue cavale dont il connaît les règles. Sauf une : ne jamais rester trop longtemps chez un hôte.
Épisode 3 - Le symbole
Le 4 juillet 2003, après quatre ans dans le maquis, Yvan Colonna est arrêté chez un éleveur de chèvres comme lui. Nicolas Sarkozy se félicite de l’arrestation de « l’assassin du préfet Érignac ». « En droit, je n’aurais pas dû le dire comme cela », confesse l’ex-ministre de l'Intérieur. Durant le procès d’Yvan Colonna, Alain Ferrandi, chef du commando Érignac, refuse de dédouaner celui-ci. « Tout le monde comprend la même chose », décrypte le président de la cour d’assises : « Ne comptez pas sur moi pour dire qu'il y était, mais ne comptez pas sur moi pour dire qu'il n'y était pas. » dix-huit ans de prison plus tard, Colonna est un détenu « libérable » rêvant de rejoindre son fils aîné qui a « fait berger, comme [son] père ». Mais, en mars 2022, un islamiste radicalisé nommé « auxiliaire sport » – contre l’avis des surveillants, témoigne l’un d’entre eux l’étrangle à mort. L’île s’embrase, crie au complot et accourt aux funérailles de celui auquel elle avait tourné le dos après l’assassinat du préfet. « Il a fallu cette foule à son enterrement pour que je prenne conscience qu'il existait un peuple corse », confie le père d’Yvan Colonna, décédé peu après le tournage.
Biographie des autrices
Agnès Pizzini - Autrice-réalisatrice
Réalisatrice de documentaires depuis une dizaine d’années, Agnès Pizzini commence sa carrière dans la presse écrite avec un goût particulier pour le reportage de proximité. Elle fait ensuite ses armes dans le documentaire auprès de Jean-Xavier de Lestrade (Oscar du meilleur documentaire pour Un coupable idéal, 2002), avec qui elle travaille en qualité d’autrice, puis assistante réalisatrice sur Parcours meurtrier d’une mère ordinaire : l’affaire Courjault.
Suite à cette expérience, elle développe le goût des enquêtes ayant pour thème des affaires de justice. Ses premiers films, comme Permis de tuer, Le psychiatre et l’assassin, Morts sous X (52 min pour France 2 et France 5), traitaient d’un fait divers pour questionner plus largement la société contemporaine.
Avec Une histoire de la violence en Corse (90 min pour Planète +), elle, qui est originaire de l'île, s’intéresse aux affaires corses.
En 2019, elle coréalise la série documentaire sur l’affaire Grégory pour Netflix. Une expérience qui lui permet de découvrir la réalisation sérielle.
Elle renouvelle l’expérience avec L’affaire d’Outreau (4 x 52 min, en prime time sur France 2), dans lequel elle explore une nouvelle forme de narration entre documentaire et fiction.
Ariane Chemin - Coautrice
Grand reporter au journal Le Monde, Ariane Chemin écrit des enquêtes politiques et s’intéresse aux faits divers. Elle a suivi le « dossier corse » entre 1998 et 2005 et a écrit plusieurs enquêtes, portraits et reportages sur Yvan Colonna, sa cavale, sa famille, ou plus récemment ses lectures en prison. Elle a aussi suivi les émeutes après sa mort, en 2022. Elle a rencontré les anciens chefs du FLNC pour une enquête dans Le Monde sur la clandestinité corse et se passionne pour l’histoire de l’île.
Elle est par ailleurs coautrice du film Zelensky, réalisé par Yves Jeuland et Lisa Vapné, diffusé sur Arte en 2025.
Une série documentaire inédite
3 x 45 min
Écrit par
Ariane Chemin et Agnès Pizzini
Réalisation
Agnès Pizzini
Producteurs
Tancrède Ramonet et Jérémy Zelnik
(Temps noir)
Une coproduction
Temps noir et INA
Avec la participation de
France Télévisions et du CNC
Avec le soutien de la
Collectivité de Corse,
de la Procirep - Société des Producteurs
et de l'Ang
Unité documentaires de France Télévisions
Antonio Grigolini
Julie Grivaux
Renaud Allilaire
Sophie Chegaray
2026