Et les poissons volent au-dessus de nos têtes
Au bord de la mer, sur une plage publique de Beyrouth fréquentée uniquement par des hommes, Reda, Adel et Qassem attendent que leur pays tout entier tombe en ruine, plutôt qu'un miracle. Unis par un sentiment collectif de désillusion, ils portent avec une pudeur vibrante devant la caméra de Dima El-Horr le poids de leur mélancolie, peuplée des fantômes de la guerre civile.
Note d’intention de Dima El Horr
Il y a vingt ans à Beyrouth, j’ai rencontré Reda. Il bronzait en contrebas de la Corniche, face à la mer, indifférent à l’agitation qui régnait quelques mètres au-dessus de sa tête. Il semblait, comme tous ceux qui l'entouraient, ignorer la vie qui renaissait après quinze ans de guerre civile. Des hommes, rien que des hommes, dans ce lieu où visiblement la densité de testostérone interdisait toute présence féminine.
De cette rencontre est née The Blue Sea in Your Eyes, une vidéo expérimentale.
Vingt ans plus tard, je les retrouve toujours là, au même endroit, avec un plus grand sentiment douloureux et tragique d’absence d’avenir. Dans un Liban meurtri par une crise économique, une paupérisation de sa population, la destruction de son port par l’explosion meurtrière de 2020 et la guerre avec Israël.
C’est dans ce chaos que j’entreprends aujourd’hui avec Reda, mais aussi avec Adel et Qassem, ses complices depuis vingt ans, de reprendre le cours de ma démarche documentaire dans ce film intitulé Et les poissons volent au-dessus de nos têtes qui s’inscrit dans le prolongement de The Blue Sea in Your Eyes.
Des vies et des histoires certes différentes, mais scandées par le même rituel sur ces rochers bétonnés de la Corniche où, été comme hiver, ils bronzent.
Reda, Adel et Qassem sont comme les fantômes d’un monde oublié, des êtres fracassés, « ruines » chancelantes de l’histoire. Et la mélancolie qui les habite témoigne de l’acceptation de leur propre défaite.
Accompagner Reda, Adel et Qassem, jour après jour, à travers les saisons qui passent, les jours de pluie comme les jours de grand soleil, pour ainsi capter leur « routine du désastre » pour emprunter les mots de l’écrivain libanais Charif Majdalani.
Réalisé par
Dima El Horr
Production
Mareterraniu Productions
Orjouane Productions
Avec le soutien de
La Collectivité de Corse
Le CNC
Et la participation de
France Télévisions
et France 3 Corse ViaStella