Les pères sont des mères juives comme les autres
Avec mes deux frères, nous allons déposer la voiture de mon père à sa dernière demeure. Nous profitons de ce voyage pour évoquer la relation à notre père, sa relation à nous, comment il concevait la paternité et quels pères nous sommes devenus.
En parallèle de ce voyage, j’interroge chacun de mes trois enfants, devenus adultes, sur la paternité. Le film tisse une réflexion joyeuse sur la place du père, à travers les images des trois générations.
Note d’intention de Renaud Cohen
Toutes les familles sont différentes et elles se ressemblent toutes. La question de la paternité est universelle. Le bon père de famille, perçu comme une figure d’autorité, un protecteur, un modèle à suivre, est à juste titre remis en cause aujourd’hui. Il est devenu pour beaucoup un obstacle, une source de conflit intérieur.
En m’interrogeant sur la notion de paternité, je questionne en réalité la famille, qu’est-ce qui fait famille aujourd’hui ? Peut-être qu’il s’agit d’approfondir ces notions-là, d’avoir conscience de ces enjeux, de les réinventer. Déconstruire le mythe du bon père de famille, le père autoritaire, violent, dont cette notion est chargée. Contrairement au lien avec la mère qui est une évidence sur le plan biologique – mais qui de ce fait recèle d’autres complexités –, la place du père est entièrement fictive, elle est à construire. Un vrai boulot. Assez mal payé. C’est peut-être à cause de ce manque et de ce doute, que le patriarcat s’est construit sur l’idée d’une paternité autoritaire. Pour compenser ses faiblesses.
Mon film propose de décrire, définir, tourner autour d’une relation d’un père à ses enfants. Sur trois générations. De celle qui me rattache à mon père, de la paternité du point de vue de mes frères, mais aussi de la relation qui nous unit à nos propres enfants. Des paternités tantôt bienveillantes, tantôt chancelantes… et toujours soucieuses et anxieuses de la mort qui vient souvent les hanter. Et avec des images, pour les relier.
Suivi de Nos vies suspendues
Toute sa vie, Christian a filmé ses filles au caméscope. À 65 ans, alors qu’il est atteint d’une maladie neurodégénérative, c’est au tour de Julie, sa fille aînée, d’enregistrer des images de son père et de prendre soin de lui.
Mais dans ce marathon contre la maladie, qui vient en aide aux aidantes ? Entre hommage et cri d’alarme, une plongée dans l’histoire d’une famille confrontée à la maladie et à un système de soin en crise.
Note d’intention
Dans les années 2000, Christian passait beaucoup de temps à filmer ses filles, Julie et Line. Avec son caméscope, il captait les moments ordinaires qu’il montait et mettait en musique. Ces petits films de famille, à la fois maladroits et joyeux, sont devenus le point de départ du documentaire Nos vies suspendues.
Depuis quelques années, Christian est malade. Il est atteint d’un cancer du poumon métastasé au cerveau qui a de lourdes conséquences : une paralysie s’installe, la marche devient difficile, puis incertaine, et est venue s’ajouter une maladie cognitive encore difficile à diagnostiquer, qui brouille sa mémoire et son rapport au monde. Face à cette situation qui évolue vite et de manière imprévisible, Julie a ressenti le besoin de filmer. Quand son père saisissait autrefois l’énergie et le mouvement de ses filles, elle enregistre aujourd’hui les gestes au ralenti, les hésitations, les pertes d’équilibre, ainsi que les moments de doute et d’incompréhension. Pour Julie, enregistrer à son tour des images de son père malade n’est pas anodin. Cela lui permet de garder une trace, de documenter, mais également de pouvoir tenir face à ce qui est venu chambouler leur quotidien.
Dans cette épreuve, c’est aussi la relation entre un père et ses filles qui va changer. Sans qu’elles s’en rendent vraiment compte, Julie et Line passent peu à peu de la place d’enfants à celle d’aidantes. Il faut planifier les rendez-vous médicaux, gérer les urgences, organiser la vie quotidienne, prendre des décisions parfois difficiles. Des situations qu’on ne pense jamais devoir affronter lorsqu’on est encore jeune avec la vie devant soi. Une injustice. C’est d’autant plus compliqué que toutes les deux vivent désormais à Paris, tandis que leur père est resté au Havre. Il faut veiller à distance, téléphoner, gérer les imprévus, puis passer un temps fou dans les trains entre la capitale et la cité normande. Très vite, les deux sœurs se retrouvent face à un autre mur : celui d’un système administratif incompréhensible. Les formulaires, les démarches, les services qui se renvoient la responsabilité… tout cela demande du temps, de l’énergie, et donne souvent l’impression d’avancer à l’aveugle. À cela s’ajoutent le langage médical, les consultations, les comptes rendus, les diagnostics partiels. Il faut comprendre et essayer de garder la tête froide alors que cela touche quelqu’un qu’on aime.
Pour raconter cette histoire, Julie a proposé à Olivia, réalisatrice et amie de longue date, de l’accompagner dans le film. Julie continue de filmer au caméscope, très près de son père et de leur quotidien. Olivia, quant à elle, offre un autre regard. Entre les archives filmées par Christian et les images tournées aujourd’hui par Julie, les images d’Olivia permettent de relier les deux temporalités et saisir au plus près la relation entre un père et sa fille. Petit à petit, le film fait apparaître cette réalité que beaucoup de familles connaissent : celle du moment où des enfants deviennent les aidants de leurs parents. Un renversement des rôles qui se fait souvent sans qu’on l’ait vraiment choisi, et qui bouleverse les relations. À travers cette histoire très personnelle, Nos vies suspendues cherche à capter ce moment particulier où la vie familiale se met comme entre parenthèses. Un temps suspendu, fait d’inquiétude, de fatigue parfois, mais aussi d’humour, de solidarité et d’attachement profond. En filmant ces moments du quotidien, le film propose simplement de regarder ce que signifie accompagner un parent quand tout devient fragile.
Nos pères sont des mères juives comme les autres
Un film écrit et réalisé par
Renaud Cohen
Montage
Gwénola Héaulme
Image
Julie Conte
Son
Marc Parazon
Musique originale
VADIM
Production
Squawk
Juliette Guigon & Patrick Winocour
Avec le soutien de la PROCIREP & de l’ANGOA, de l’Ina
Avec la participation du CNC
et de France Télévisions et de ICI Auvergne-Rhône-Alpes
52’
Nos vies suspendues
Réalisation
Olivia Fégar, Christian et Julie Scheibling
Son
Timothée de Seréville
Montage
Virginie Véricourt
Musique originale
Tom Georgel
Production
Mil Sabords – Laurent Pannier
Avec la participation de France Télévisions et de ICI Normandie
Avec le soutien de la Région Normandie
En partenariat avec le Centre National de la Cinématographie et de l’Image animée et en association avec Normandie Images
Avec le soutien de la Procirep - Société des producteurs - et de l’Angoa