France Télévisions et HugoDécrypte développent ensemble des formats d’information pensés pour les jeunes. Après le succès de Face Cachée, Hugo poursuit son ambition de raconter l’actualité internationale En tension, en allant sur le terrain, au plus près des populations, d’abord aux États-Unis puis à Taïwan. À travers cette nouvelle série documentaire de 26 minutes, il mêle analyse géopolitique et récits de vie, en donnant la parole à la jeunesse de pays au cœur des grands enjeux mondiaux. Une manière plus accessible de décrypter des sujets complexes.
Qu’est-ce que ça veut dire, concrètement, réinventer les codes dans un format aussi court ? Et pourquoi avoir choisi de donner la parole aux jeunes plutôt qu’à des experts ?
Quand j’utilise ce terme-là, « réinventer », je le fais avec précaution, parce qu’il ne s’agit pas de dire que tout ce qui existait avant ne fonctionne plus. Il y a déjà énormément de formats très bons, à la télévision comme sur les réseaux sociaux. J’ai grandi avec ces codes liés au numérique : une manière de raconter plus rapide, plus nerveuse. C’est ce qu’on assume ici avec ces documentaires de 26 minutes. Le choix de ne pas faire intervenir d’experts est volontaire. On voulait partir avant tout des témoignages, des histoires vécues, des réalités de terrain. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’analyse ou d’explication : elles sont racontées autrement, notamment par le motion design, les cartes, les chiffres et tout le travail graphique qu’on développe depuis plusieurs années. L’idée, c’est d’alterner entre les « petites histoires » - les parcours des jeunes qu’on rencontre - et la « grande histoire », les enjeux géopolitiques plus larges qui les impactent forcément.
Pourquoi avoir choisi de se placer uniquement à hauteur de jeunes ?
C’était une vraie question, parce qu’il y a évidemment des personnes plus âgées tout aussi passionnantes à découvrir et à écouter. Mais on s’est rendu compte que les jeunes restent souvent sous-représentés dans beaucoup de formats d’information. Et puis, il y avait quelque chose de très naturel dans cette approche : quand on a le même âge, ou des références communes, le lien se crée plus facilement. Ça permet d’installer une proximité et une confiance différentes dans les échanges. Surtout, ce regard apporte une énergie particulière. On traite de sujets lourds, parfois anxiogènes, mais il y a chez beaucoup de jeunes une forme d’engagement, d’espoir et d’envie d’agir très forte.
Est-ce que vous cherchez plutôt la représentativité ou l’intensité narrative dans un reportage comme celui-ci ?
On essaie surtout d’aller rencontrer des personnes qui illustrent une réalité. L’idée, ce n’est pas de prétendre représenter toute une société - aucun documentaire ne peut vraiment le faire - mais plutôt de montrer différents points de vue et différentes façons de vivre une même situation. Aux États-Unis, par exemple, on a voulu montrer plusieurs formes de réactions face à Trump : des personnes qui manifestent, d’autres qui mettent leurs études entre parenthèses pour documenter des actions militantes, ou encore d’autres pour qui le port d’arme fait partie d’une culture très ancrée. À Taïwan, c’est pareil : certains se préparent activement à un possible conflit, d’autres s’interrogent surtout sur la démocratie, la désinformation ou ce qu’ils voient circuler sur les réseaux sociaux. Dans tous les cas, il y a une recherche de récits forts, mais toujours au service d’une réalité plus large. Ce sont des points de focus qui permettent de comprendre comment les grands enjeux géopolitiques résonnent auprès de chacun.
Propos recueillis par Maé Savouré.