Mon jardin est-il pollué ?
Vous apprenez du jour au lendemain que le logement dans lequel vous habitez depuis des années est pollué. Hugo Clément part à la rencontre de ces Français qui découvrent qu’ils habitent sur un terrain contaminé et nous montre la face cachée des chantiers de dépollution en centre-ville quand on transforme des sites industriels en habitations.
Édito de Hugo Clément, journaliste
J’ai été profondément ému de rencontrer des habitants de Grézieu-la-Varenne, près de Lyon. Ces locataires vivent dans leurs appartements depuis des années, ils s’y sont construits une vie, et du jour au lendemain, on les contraint à quitter leur domicile, trop pollué, trop dangereux. J’ai visité notamment l’appartement d’un homme qui a respiré pendant dix ans des résidus de solvants industriels sans jamais en avoir été informé au moment d’emménager. J’ai également été touché par la situation de ce propriétaire de Rochefort, installé dans sa maison depuis 25 ans, à qui l’on annonce soudain qu’il ne peut plus utiliser son jardin. Il doit se laver les mains après avoir touché sa propre terre, ne peut plus cultiver son potager. Des taux hallucinants de cadmium ont été retrouvés dans son sol.
Je me suis alors demandé comment autant de Français pouvaient se retrouver à vivre sur des terres polluées, dangereuses pour leur santé, sans le savoir.
Comment est-ce seulement possible ? Les choses évoluent- elles ? C’est cette question qui nous a conduits à enquêter pour Sur le front. Le paradoxe est saisissant : à l’achat d’un logement, on vérifie le DPE, la présence d’amiante, les risques d’inondation, mais la qualité du sol et l’historique du terrain avant sa conversion en habitat restent des angles morts complets.
Nous nous sommes donc penchés sur ces anciens sites industriels en cœur de ville : souvent les derniers espaces disponibles pour construire les logements dont les grandes agglomérations ont cruellement besoin. En cherchant à comprendre comment fonctionne réellement la dépollution, nous avons découvert une réalité déconcertante : dans bien des cas, “dépolluer” signifie simplement extraire les terres contaminées sur plusieurs mètres de profondeur, les charger sur des camions et les stocker ailleurs. On déplace la pollution, on ne l’élimine pas. Pourtant, des alternatives existent : des méthodes de dépollution plus efficaces, des diagnostics de sols plus systématiques. Une prise de conscience s’amorce, mais il est urgent d’accélérer.
Des séquences exceptionnelles
Le collège où des enfants tombent malades à cause d’un chantier de dépollution
A la Rochelle comme dans beaucoup de grandes villes, un programme immobilier devait se construire en centre-ville à la place d’un ancien site industriel. Lors des travaux de dépollution des sols, des élèves du groupe scolaire juste à côté se mettent à vomir, sont pris de vertiges... Ce qui s’est passé à la Rochelle a alerté d’autres riverains en France : il existe 120 sites d'anciennes usines à gaz comme celui-ci sur notre territoire.
Elle achète une charmante petite maison et découvre des hydrocarbures dans le jardin au premier coup de pelleteuse
En faisant des travaux dans le jardin de sa maison, Mélanie Devers découvre des hydrocarbures sous sa pelouse. Au moment de l’achat, personne ne l’avait alertée sur une potentielle pollution. Mélanie se rend compte que tous les habitants du quartier sont dans la même situation. Les riverains de ce lotissement ont été les premiers à porter plainte pour “écocide” en France, c'est-à-dire pour destruction de l'environnement.
La France récupère des millions de tonnes de terres inertes venues de l’étranger chaque année
Ces terres proviennent des chantiers suisses, luxembourgeois, allemands… Les chantiers du BTP de ces pays paient des décharges ou des carrières en France pour se débarrasser de ces terres dont ils ne veulent plus. Côté français, les habitants sont à bout face au ballet des camions et des nuisances en tous genres.
Dépolluer le sol proprement, c’est possible !
Il existe déjà quelques chantiers où on dépollue en utilisant les plantes ou en captant les polluants dans le sol avec des méthodes douces. Nous avons visité un ancien pressing où des résidus de solvants très polluants disparaissent en envoyant de l’air dans le sol. C’est beaucoup plus long qu’un chantier classique mais c’est facile, pas cher, et respectueux des voisins !
Des combattantes
Fanny Thauvin
Fanny Thauvin a découvert que sa maison est construite sur un ancien champ de tir. Son jardin se retrouve donc contaminé au plomb. Cette illustratrice de 40 ans plaide pour une meilleure information des acquéreurs et se bat pour que son cas ne se reproduise pas à l’avenir.
Julie Odhodé
Julie Odhodé est parente d’élèves. Quand les collégiens tombent malades dans l’établissement de ses enfants, elle mène l'enquête et découvre que le chantier juste derrière la cour en est responsable. Julie monte le collectif Zéro Toxic pour protester contre les méthodes de dépollution utilisées.
Présentation
Hugo Clément
Production
Winter Productions
Production
Régis Lamanna-Rodat
Hugo Clément
Rédaction en chef
Pierre Grange
Réalisation
Martin Lavielle
Unité documentaire
Antonio Grigolini
Amandine Picault
Benoît Raio de San Lazaro
À voir sur
francetv.preview
Les épisodes de Sur le front sont disponibles dans la collection france.tv nature