Communiqué de presse
Documentaire

Mémoires enfouies

Temps des Mémoires.
Documentaires et magazines
52 min

Les rivages de la Guadeloupe et de la Martinique révèlent une vérité à la fois saisissante et implacable, vestige d’un crime du passé. À quelques pas des baigneurs, des ossements humains, patinés par le sel, affleurent à la surface du sable. Sous l’effet conjugué de l’érosion côtière et du dérèglement climatique, d’anciens cimetières d’esclaves refont surface, bouleversant notre compréhension de l’histoire de l’esclavage. L’étude de ces ossements par les scientifiques livre des données inédites, et les os eux-mêmes deviennent autant de témoins silencieux. Dans ce documentaire inédit, archéologues et collectifs de descendants unissent leurs efforts afin de reconstituer les trajectoires de vie des centaines de milliers de personnes asservies sur ces terres. Une enquête scientifique d’envergure qui redonne voix à une mémoire longtemps enfouie.

En septembre 1995, les ouragans Luis et Marilyn frappent violemment la Guadeloupe. Sur la côte de la Grande-Terre, à l’Anse Sainte-Marguerite, la houle et les vents mettent au jour des ossements humains enterrés sous quelques centimètres de sable. Cette découverte fortuite marque le point de départ d’une enquête scientifique et mémorielle d’une ampleur exceptionnelle. L’archéo-anthropologue Patrice Courtaud constate rapidement l’étendue bouleversante du site. Les corps exhumés sont ceux de personnes réduites en esclavage, et jusqu’à un millier de dépouilles pourraient reposer sur ce seul lieu, utilisé comme espace d’ensevelissement anonyme durant près de deux siècles.

Pourtant, cette découverte demeure longtemps confidentielle. L’archéologie de l’esclavage dans les territoires ultramarins n’en est alors qu’à ses débuts, et ces recherches viennent interroger un passé longtemps occulté, difficile à assumer, y compris au sein de la société antillaise. Car si l’abolition de 1848 a tourné la page sur le plan institutionnel, les conditions de vie et de mort des personnes asservies restent largement méconnues. Exclues des cimetières officiels, enterrées sans marque ni mémoire dans des lieux marginalisés, réduites par le Code noir de 1685 au statut de biens meubles, ces femmes et ces hommes ont été effacés jusque dans la mort, alors qu’ils représentaient jusqu’à 85 % de la population des Antilles durant la période coloniale.

Pour la première fois, le récit de la vie de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants va pouvoir être raconté à partir d’eux-mêmes, sur la base de preuves irréfutables. Trente ans après la découverte de l’Anse Sainte-Marguerite, Patrice Courtaud réunit une équipe pluridisciplinaire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Les analyses isotopiques et génétiques permettent désormais de déterminer l’origine géographique, le régime alimentaire, les liens de parenté, les pathologies et les sévices subis. Cent cinquante échantillons dentaires ont déjà été prélevés, et les ossements deviennent des témoins irréfutables là où les archives font défaut.

En Martinique, à l’Anse Bellay, un ouragan révèle en 2007 un nouveau cimetière d’esclaves. L’archéo-anthropologue Thomas Romon exhume 56 dépouilles sous le regard d’habitants qui créent aussitôt un collectif citoyen. Après six années de lutte, le Komité Ansbèlè obtient, en mars 2023, une dérogation exceptionnelle de l’État, et les dépouilles sont réinhumées sur leur lieu de découverte, une décision sans précédent.

Aujourd’hui, l’urgence est totale. À Saint-François, en Guadeloupe, de nouveaux ossements émergent chaque semaine sur une plage prisée des touristes. Plus d’une centaine de sites archéologiques sont menacés sur l’ensemble des rivages antillais. Tout comme elle les a fait émerger, la menace climatique met en péril l’existence même de ces sépultures, qui pourraient être emportées par les vagues et réduites au silence à tout jamais. Derrière chaque ossement exhumé se dessine une existence arrachée à l’oubli et, avec elle, une part irréductible de notre histoire.

Documentaire inédit 

52 min

Un film écrit par
Claire Perdrix et Aurélie Bambuck

Réalisation
Claire Perdrix

Produit par 
Maël Mainguy et Morgane Carriou

Production
Les Nouveaux Jours Productions et le CNRS

Avec la participation de 
France télévisions et de l’Inrap

Avec la participation du 
Centre national du cinéma et de l’image animée

Avec le soutien
de la Procirep – Société des Producteurs et de l’Ang
de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage

Directeur des contenus
du pôle Outre-mer
Laurent Corteel

Directeur adjoint des contenus, en charge des documentaires
Sophiane Tilikete

Conseillère de programmes
Aurélie Hamelin-Mansion

2026