« Quelque chose s'est brisé en moi. » Quand les émeutes du 13 mai 2024 ont embrasé la Nouvelle-Calédonie, Malia, Sévé et Fili ont tout perdu — leur travail, leur maison, leurs repères. Et, avec eux, des milliers de Wallisiens installés depuis des décennies sur le Caillou ont dû affronter l'impensable. Repartir. Rentrer dans une île natale devenue presque étrangère, les mains vides et le cœur en ruine. De la Calédonie à Wallis, un exil à la source plonge au cœur d'un drame humain que la crise calédonienne a laissé dans l'ombre. Et pose, à travers des destins brisés, la question du retour chez soi quand on a construit sa vie ailleurs.

Malia a quitté Wallis il y a plus de trente ans. Coiffeuse, elle avait ouvert son salon dans un quartier populaire de Nouméa, la Vallée du Tir. Fili et Sévé, eux, se sont rencontrés en Nouvelle-Calédonie, y ont fondé leur famille. Leur deuxième enfant, Matélé, est née le 7 mai 2024, et a quitté l'hôpital le 13 au matin, quelques heures avant que tout bascule. Pour eux comme pour tant d'autres, la Nouvelle-Calédonie n'était pas une terre d'accueil provisoire. C'était chez eux.

La crise a tout emporté. Le salon de Malia a été incendié. La société qui employait Sévé, fragilisée par le chaos économique, l'a licencié. « J'ai décidé de partir pour mettre ma famille à l'abri », explique-t-il. Un départ qui n'a rien d'un choix, plutôt une capitulation arrachée par les circonstances.

En immersion à Wallis-et-Futuna, là où la Nouvelle-Calédonie ne subsiste plus qu'à l'état de mémoire, Christine Della-Maggiora et Dominique Roberjot suivent Malia, Sévé, Fili et leurs filles dans la durée, le temps de la reconstruction fragile et incertaine. Ce retour au Fenua n'a rien d'un soulagement. C'est une épreuve d'un nouveau genre, celle de devoir se réadapter à sa propre terre après des décennies de vie ailleurs, retrouver une place dans la famille, le village, la paroisse, se plier à nouveau au rythme d'une société structurée par la coutume, les obligations collectives et les grandes cérémonies.

« On arrive ici sans argent. J'ai tout perdu. Je repars de zéro », dit Malia. « D'abord, je veux sécuriser ma famille. La coutume viendra après », confie Sévé.

Ces femmes et ces hommes arrivent transformés par des décennies de vie ailleurs, avec d'autres habitudes, d'autres attentes, d'autres manières d'être au monde. La société wallisienne les accueille avec bienveillance, car ils sont de la famille. Mais leur retour interroge aussi. Arriveront-ils à s'accorder au rythme de l'île ? La communauté est-elle en capacité de les réintégrer durablement ? Et eux, parviendront-ils à se réconcilier avec cette terre qu'ils ont quittée si jeunes ?

De la Calédonie à Wallis, un exil à la source est un film sur l'après. Sur ce moment suspendu entre deux appartenances, où l'on cherche à habiter un lieu sans savoir encore s'il pourra redevenir un chez-soi. Un documentaire qui, à travers le destin de ces familles déracinées, déborde du particulier pour toucher au deuil d'une vie construite, et à la question de ce que signifie appartenir à un endroit quand on a été façonné par un autre.

Trouveront-ils leur place à Wallis, ou ce retour ne sera-t-il qu'une étape avant un nouveau départ ?

outremer.ledoc


Inédit

52 min

Autrice
Christine Della-Maggiora

Réalisation
Christine Della-Maggiora
Dominique Roberjot

Production
Latitude 21

Avec la participation de 
France Télévisions

Directeur des contenus
du pôle Outre-mer
Laurent Corteel

Directeur adjoint des contenus, 
en charge des documentaires
Sophiane Tilikete

Responsable de programmes
Aurélie Mansion-Hamelin

2026