Elf, une affaire d’État
Résumé
Juillet 1994. Les radars de la COB, la Commission des opérations de la Bourse, virent au rouge. Ils viennent de détecter une étrange anomalie dans le bilan des transactions internationales. Le géant pétrolier ELF aurait réalisé un important versement de 120 millions d’euros au groupe Bidermann. Visiblement, le pétrole coule à flot dans le textile ! Toutefois, derrière cette transaction improbable se cache bien plus qu’un simple bug comptable : le premier indice d’un scandale tentaculaire.
Aux manettes de l’enquête, une juge d’instruction implacable : Eva Joly. Avec ses complices judiciaires, Laurence Vichnievski et Renaud Van Ruymbeke, elle déterre un réseau souterrain où se croisent valises de cash, paradis fiscaux, comptes offshore et deals sulfureux entre Paris et l’Afrique. Dans l’ombre : Loïk Le Floch-Prigent, Alfred Sirven, André Tarallo, Roland Dumas, Christine Deviers-Joncour, Omar Bongo et Mobutu Sese Seko… des figures du pouvoir, des barons de l’or noir, des hommes en costume trempés jusqu’au cou… et une République qui ferme les yeux.
Ce documentaire plonge au cœur de la mère des affaires de corruption de la Ve République, une affaire d’État où les frontières entre le fleuron de l’industrie française, la politique et l’intérêt personnel se brouillent dans un thriller digne des meilleures fictions. Mais ici, tout est vrai.
Note d'intention des auteurs Bernard George et Jean-Marie Pontaut
Créée par le général de Gaulle au mitan des années 60, la société Elf a eu pour mission première d’assurer l’indépendance pétrolière de la France suite à la perte de son empire colonial. En coulisses, la firme au trépan rouge et bleu a eu une mission plus obscure. Sa présence sur la scène internationale, ses nombreux réseaux et surtout ses confortables revenus ont notamment été utilisés à des fins d’influence politique.
Elf a finalement longtemps agi comme un véritable ministère occulte de la République, un État dans l’État dont l’opacité a rendu possible une forme d’impunité.
Tirant parti de ce système existant, trois hommes en particulier, Loïk Le Floch Prigent, Alfred Sirven et André Tarallo, ont en un temps record, entre 1989 et 1993, détourné de l’entreprise publique quelque 300 millions d’euros à leur profit, ils ont également alimenté dans l’ombre des politiques.
Il aura fallu un trio de juges d’instruction acharné composé d’Éva Joly, Laurence Vichnievski et Renaud Van Ruymbeke, pour oser à l’époque se dresser contre cette corruption, n’hésitant pas à traiter ces capitaines d’industrie aux puissants appuis politiques et souvent décorés des insignes de l’honneur, comme de simples délinquants de droit commun, des criminels ordinaires.
Pour la première fois, ces juges ont accepté de rouvrir le dossier, pour nous raconter pas à pas cette affaire exceptionnelle, celle d’une vie. Ils ont formé ce trio atypique, détonant et terriblement redoutable qui, malgré l’ampleur de l’enquête, son caractère international et les menaces, est parvenu à retracer année après année ce tentaculaire réseau de corruption qui gangrénait la République.
Lors du procès en correctionnelle, le juge Michel Desplan a lui aussi accepté de se replonger dans ce moment historique. Le commissaire de Ricolfis, à l’époque en charge de la brigade financière, certains avocats ainsi que des journalistes qui ont suivi de près l’affaire viennent compléter les témoignages des acteurs de l’époque.
Mais pour que notre mini-série soit vraiment accomplie, nous avons choisi de rentrer dans le bureau des juges grâce aux procès-verbaux d’interrogatoires issus du monumental dossier de l’instruction et de les faire interpréter par des comédiens, révélant ainsi au passage la personnalité des différents mis en examen.
Au final les films nous font pénétrer dans l’intimité du « Casse du siècle », et nous replongent dans la face sombre des années 1990, un univers insoupçonné, où des personnages louches naviguent d’hôtels particuliers parisiens aux méandres de la « Françafrique », en passant par la chaleur humide des îles des Caraïbes et de ses paradis fiscaux jusqu’aux banques suisses.
Chaque affaire en entraînant une nouvelle, avec son lot de surprises et de personnages hauts en couleur. Comme Christine Deviers-Joncourt, cette femme fatale, se présentant elle-même comme la « Putain de la République », chargée d’utiliser ses charmes auprès du ministre des Affaires étrangères Roland Dumas pour influencer un achat d’armements…
Il aura fallu huit ans de traque acharnée par la justice, huit ans de révélations incessantes amplifiées par des médias avides de scoops, des dizaines de politiques impliqués, de François Mitterrand à Jacques Chirac, en passant par des ministres de la plus haute importance. Huit années gênantes pour cette Ve République minée par la corruption en cols blancs. Huit ans de rebondissements qui aboutiront à ce procès hors norme où la plupart des 37 prévenus seront condamnés à de la prison.
Ainsi, l’affaire Elf demeure dans l’histoire judiciaire comme la mère de toutes les affaires de corruption qui a permis qu’aujourd’hui nul ne peut se prétendre au-dessus des lois.
* La série documentaire a remporté cette année le Prix du Public dans la catégorie documentaire inédits lors de la 35e édition du Festival international du film d'histoire de Pessac.
Inédit
Elf, une affaire d’État
3x52 MIN
Un film réalisé par
Bernard George
Un film écrit par
Bernard George et Jean-Marie Pontaut
Une production
CINÉTÉVÉ
Productrices
Fabienne Sevan Schreiber et Fatma Tarhouni
Avec la participation
du CNC, de la région l’Ile-de-France, de la région PACA et de France Télévisions
Avec le soutien de la PROCIREP – Société des producteurs et de l’ANGOA
Unité documentaire
Antonio Grigolini
Renaud Allilaire
Sophie Chegaray
À voir sur
francetv.preview