JE VOULAIS JUSTE RENTRER CHEZ MOI
Soirée continue

Je voulais juste rentrer chez moi

Fiction, suivie d'un débat - Jeudi 22 février 2018 à 19h55 - Sur nouvelle calédonie la 1ère

Il est devenu le symbole de l'erreur judiciaire. Condamné à perpétuité pour le meurtre de deux enfants, Patrick Dils est innocenté après avoir passé quinze longues années en détention. Un téléfilm, réalisé par Yves Rénier, retrace le parcours extraordinaire de gens ordinaires qui se sont battus contre le système afin d'établir enfin la vérité. Puis, Julian Bugier reçoit, en plateau, invités et experts pour débattre des ratés de la justice française.

C’est une histoire qui défraye la chronique et déchaîne les passions depuis plus de trente ans. En septembre 1986, les corps de deux petits garçons sont retrouvés sur un talus au bord d'une voie ferrée à Montigny-lès-Metz. Quelques mois plus tard, un adolescent de 16 ans avoue avoir commis ce double meurtre. Patrick Dils devient alors le condamné à perpétuité le plus jeune de France, avant d’être innocenté quinze ans plus tard. On pensait tout connaître de cette affaire extrêmement médiatisée. Pourtant, que sait-on vraiment des causes de cette erreur judiciaire retentissante, de ses conséquences et surtout de ses répercussions sur la vie de la famille Dils ? Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à avouer un crime qu’il n’a pas commis ? Comment vit-on la maltraitance et l'humiliation régissant l'univers carcéral ? Que ressentent les parents quand leur enfant est accusé d’un crime aussi horrible ?

Afin de montrer l’injustice de l’intérieur, Yves Rénier a choisi de revenir sur ce raté judicaire au travers du combat de la mère de Patrick Dils. « Si ma mère n’avait pas été aussi déterminée, je ne serais pas là aujourd’hui pour parler de mon histoire, admet l’ex-détenu. C’est, après avoir lu un article dans le Républicain Lorrain qui évoquait la présence, aux moments des faits, d’un personnage aux modes opératoires similaires, qu’elle est montée au créneau avec ses propres armes. »

Pour interpréter « le rôle de celle qui n’a jamais douté un seul instant de la culpabilité de son fils, même quand toutes les preuves étaient contre lui », Yves Rénier a tout de suite pensé à Mathilde Seigner. Après Médecin-Chef à la santé (2012) et Flic tout simplement (2016), il dirige l’actrice pour la troisième fois. « Les histoires vraies offrent toujours de beaux rôles aux acteurs, souligne-t-elle. Je suis très fière d’incarner un personnage aussi fort. Cette femme simple est restée digne dans l’adversité. C’est un combat de femme, de mère tellement extraordinaire. » Cheveux courts et bruns, la comédienne est méconnaissable dans la peau de cette mère courage qui lutte seule contre une impitoyable machine judiciaire. « C’est toujours un défi d’interpréter des gens qui sont vivants ou qui ont existé [Jacqueline Dils est décédée en 2014], ajoute l’actrice. C’était très important pour moi que la manière dont j’interprétais sa maman plaise à Patrick. » En adaptant pour le petit écran le livre de ce dernier, Yves Rénier montre comment un drame affecte autant les familles des victimes que celle de l’accusé. Il espère aussi faire changer les mentalités : « Je trouve important que les gens qui pensent que Patrick Dils est coupable voient ce film. » Un souhait partagé par celui qui aspire maintenant à la tranquillité, même s'il sait bien qu'il ne sera jamais un Français lambda. « J’espère que le film participera à faire évoluer les choses, avoue-t-il. On m’a toujours dit : “ L’écrit ça marque, mais les images, elles, sont indélébiles.” »

JE VOULAIS JUSTE RENTRER CHEZ MOI

D’après Je voulais juste rentrer chez moi de Patrick Dils (éd. Michel Lafon)
Scénario, adaptation, dialogues : Jean-Luc Estèbe
Réalisé par Yves Rénier
Production : Chabraque Productions et Gram Prod, avec la participation de France Télévisions
Avec Mathilde Seigner, Thomas Mustin, Jean-Claude Leguay, Jean-Michel Lahmi, Steve Driesen, Xavier Martel, Yves Rénier, Philippe Résimont…

91 min

2018

En septembre 1986, les corps de deux enfants sont découverts sur un talus de chemin de fer à Montigny-lès-Metz. C’est le début de ce qui va devenir « l’affaire Patrick Dils », une des erreurs judiciaires les plus emblématiques depuis la Seconde Guerre mondiale.

Au-delà de l’erreur judiciaire, c’est surtout l’histoire de deux combats. Celui d’une mère qui va se transformer en guerrière pour affronter la machine judiciaire ; celui d’un adolescent (Patrick Dils a 16 ans à l’époque) qui, après quinze ans de prison, ressortira grandi d’une mécanique programmée pour le broyer.

Des gens ordinaires, jusqu’ici sans histoire, qui vont puiser au plus profond d’eux-mêmes des ressources qu’ils ne se soupçonnaient pas, au nom d’une vérité qu’ils sont seuls à défendre.

Les grandes dates de « l’affaire Patrick Dils »

• Dimanche 28 septembre 1986
Deux enfants de 8 ans, Cyril et Alexandre, jouent près des voies ferrées à Montigny-Iès-Metz. Peu avant 20 heures, leurs corps sans vie sont retrouvés, mortellement frappés à la tête avec des pierres.

• 28 avril 1987
À la suite d’un nouveau témoignage remettant en cause l’heure du crime donnée par le légiste, Patrick Dils est interpellé à la sortie de son travail, un restaurant où il est en apprentissage. Après trente-six heures de garde à vue, il finit par avouer, comme deux hommes avant lui, avoir tué les enfants.

• 30 avril 1987
À 16 ans, il est le premier mineur de France à être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Après ses aveux, il s'était pourtant rétracté dans une lettre au juge d'instruction.

• 27 janvier 1989
Patrick Dils est reconnu coupable et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

• 3 avril 2001
La Cour de cassation annule la condamnation de Patrick Dils, au motif de la présence avérée du tueur en série Francis Heaulme le jour des crimes.

• 29 juin 2001
Au terme de son deuxième procès devant la cour d'assises des mineurs de la Marne, il est condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle, contre l'avis de l'avocat général qui avait requis l'acquittement.

• 24 avril 2002
Pour son troisième procès, il demande la levée du huis clos. Son innocence est reconnue par un tribunal. Patrick Dils est acquitté et libéré. L’État français lui verse 700 000 euros de dédommagements. Il aura passé quinze années en prison.

Le débat : Accusé à tort, faut-il avoir peur de la justice ?

Animé par Julian Bugier

En présence de Patrick Dils

Chaque année en France, ils seraient plus de cinq cents à demander réparation à la justice pour une détention injustifiée. Comment la justice censée protéger peut-elle accuser à tort ? Médias, magistrats, policiers… qui porte la responsabilité de ces erreurs ? Et peut-on les éviter ? Julian Bugier donne la parole aux victimes, mais aussi aux avocats et aux représentants du pouvoir judiciaire. Ensemble, ils viennent partager, comprendre mais aussi débattre des ratés d’une institution qui peut parfois briser des vies.