Renaud Lavilleni

Renaud Lavilleni : jusqu'au bout du haut

Documentaire - Mercredi 3 août 2016 à 21h50 - NC 1ère

Quelques jours avant l'ouverture des Jeux Olympiques de Rio, le réalisateur Cédric Klapisch dresse un portrait intime d’un jeune homme à l'aise dans son temps et dans son environnement.

Interviews de proches ou de personnalités du saut à la perche se mêlent pour éclairer le portrait de Renaud Lavillenie. Avec les champions Sergueï Bubka, Jean Galfione, Thierry Vigneron (recordman du monde de la discipline en 1984), l’ancien entraîneur Maurice Houvion, mais aussi Anaïs, la compagne de Renaud, son père, Gilles, et son frère, Valentin, également perchistes.

"Je saute comme tout le monde, je vais juste un peu plus haut !" résume le champion, qui se définit comme quelqu’un qui n’a rien d’exceptionnel.

S’il devient à nouveau champion olympique lors des JO de Rio, dans quelques jours, Renaud Lavillenie sera le premier perchiste de l’histoire de son sport à avoir deux médailles d’or.

"Pour être un grand champion, il faut être très fou et très sage"

"Cela fait longtemps que je voulais faire un documentaire sur le saut à la perche. Sans doute parce que j’ai moi-même pratiqué ce sport. À 17 ans, j’ai terminé deuxième au Championnat de Paris en sautant 4,60 mètres. Ce sport a occupé une part importante de mes rêves d’enfant. J’ai beaucoup imaginé devenir champion, beaucoup rêvé de Jeux olympiques, et puis une autre vie a pris le dessus. J’ai fait du cinéma et j’ai mis de côté les médailles...

Suivre Renaud pendant sa préparation olympique m’a fait revivre ces espoirs de jeunesse. Il y a quelque chose d’assez profond pour moi dans le fait de le filmer réussir ce que j'ai abandonné il y a plus de trente ans. Je voulais parler de ces fantasmes, avoués ou non, qui nous accompagnent toute une vie, même si on les laisse en chemin.

L’intention de ce film reste de mieux connaître Renaud. Pas juste parce que c’est un gars sympa, pas juste parce qu’il a prouvé qu’il ne fallait pas être grand-costaud pour réussir, mais aussi parce qu’il a quelque chose d’assez intense et d’assez beau à regarder. Une élégance simple.

Quand on connaît Renaud, on comprend que pour être un grand champion, il faut être très fou et très sage. Si on n'aime pas l'excès, on n'est pas capable de dépassement.  Cette phrase m'a souvent accompagné et peut s'adresser aussi à ce que je pense du cinéma."

Cédric Klapisch

Le champion olympique, détenteur du record du monde de saut à la perche (6,16 m), dans l’œil du réalisateur Cédric Klapisch. Lui-même ancien perchiste, il a pu suivre Renaud Lavillenie dans l’intimité de sa préparation olympique. 

Renaud Lavilleni

​Entre performances et confidences, le cinéaste livre un touchant portrait de l’athlète, au plus près de la piste, de l’envol, de l’exploit.

Rencontre avec l’homme le plus haut perché.

 

Lavillenie – "avec deux ailes" –, comme l’avait joliment qualifié L’Humanité sur sa une, en février 2014, lors du record du monde du champion à Donetsk (Ukraine). Le perchiste français est alors le premier homme à franchir la barre des 6 mètres 16, dépassant d’un centimètre le record détenu par le tsar de la discipline, Sergueï Bubka, invaincu depuis 1993. C’est le point de départ de ce film, et le récit du premier jour d’un tournage pas comme les autres pour Cédric Klapisch. D’abord parce qu’il l’a démarré sous les incroyables auspices d’un exploit sportif historique. Ensuite, parce que le cinéaste narrateur entretient un lien tout particulier et secret avec le saut à la perche. Il a pratiqué cette discipline à haute dose pendant cinq ans lorsqu’il était adolescent. Un investissement personnel qui a laissé des traces dans sa vie, qui l’a façonné, et avec lequel il espérait, depuis longtemps, renouer au travers de son regard de documentariste.

Après avoir immortalisé, pour France 3, le travail d’une ballerine d’exception, la danseuse étoile Aurélie Dupont ("Aurélie Dupont danse, l’espace d’un instant", Fipa d’or en 2010), ainsi que ses adieux à l’Opéra de Paris, l’an dernier, Cédric Klapisch poursuit sa plongée dans l’univers intime d’un sportif de haut niveau, porté par le désir d’être au plus près du geste, du mouvement, de la respiration. Avec Renaud, il capte le souffle, décrypte la foulée, scrute le regard, déchiffre le mental.

De la Chine aux États-Unis, on suit l’athlète au gré de ses compétitions, de ses podiums, de ses grandes déceptions aussi, comme lors des Mondiaux de Pékin, en août 2015, où il échoue à 5,90 mètres. Puis – et c’est l’une des belles singularités du film –, dans une séquence toute cinématographique, on assiste à un entraînement unique du champion volant, spécialement mis en scène et en musiques (les sublimes "Street Spirit" de Radiohead, et "Lighthouse" de Patrick Watson), et filmé par un drone. Au beau milieu de la plaine de Laschamps, surplombée par l’imposant puy de Dôme : une piste, un sautoir, et un homme en totale communion avec sa perche.

L’image, splendide, n’éclipse pas pour autant l’intense et intensif travail du sportif, à l’approche des J.O. de Rio. À Clermont-Ferrand, Renaud nous ouvre les portes du stadium Jean-Pellez où il assure sa préparation olympique avec son entraîneur Philippe d’Encausse, "l’œil extérieur de ses sauts". La concentration est maximale, l’enjeu crucial. Si Lavillenie devient à nouveau champion olympique, il serait le premier perchiste de l’histoire à détenir deux médailles d’or… De quoi faire rêver les innombrables admirateurs et fans qui ne manquent pas un post de l’athlète sur Twitter, Facebook et Instagram. Rompu à l’exercice du community manager, il cultive son image de star du sport, autant qu’il joue avec elle. Une soupape pour résister à la forte pression, autant que le sont ses passions pour la moto, le surf, la voltige. Renaud Lavillenie, un champion de son époque, qui résume son statut de roi du saut à la perche en toute simplicité : "Je saute comme tout le monde… je vais juste un peu plus haut !".

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