PAVIOT Tristan - FTV

Interview de Florent Dumont

Directeur des antennes de France Télévisions

 

 

Pourquoi cette nouvelle case Slash du lundi sur France 5 ? Cela s’inscrit-il dans les nouveaux enjeux éditoriaux de la chaîne et plus largement du Groupe ? 

En proposant une diffusion en première partie de soirée sur France 5, l’objectif est de donner davantage d’exposition au label France TV Slash et à ses programmes, qui sont à destination d’un public plus jeune que le public traditionnel de France 5. Son offre, qui est déjà très conséquente et de grande qualité, reçoit de très bons retours ; elle se signale par l’originalité, la créativité et l’audace des œuvres proposées. Elle comprend aussi bien des séries que des documentaires ou des magazines. France TV Slash est aussi un formidable laboratoire de talents : Théo Christine, qui a été révélé au public grâce à son rôle dans Skam, est actuellement à l’affiche au cinéma dans Suprêmes ; Louis Peres, formidable dans Mental, vient d’incarner Etienne Lantier dans Germinal sur France 2, que David Hourrègue, le réalisateur de Skam, a mis en scène… L’idée est à la fois de renforcer la visibilité de France TV Slash et de la revendiquer afin qu’elle soit bien attribuée à France Télévisions. Comme nos programmes de journée fonctionnent très bien sur l’ensemble de nos antennes linéaires, on peut se permettre de prendre des risques, de surprendre un peu nos publics en étant là où l’on nous attend moins. On inaugure cette nouvelle case du lundi sur France 5 avec une série forte, au succès international, Normal People. Mais nous y diffuserons également des fictions françaises, des documentaires, du spectacle et des magazines.

 

Vous souhaitez ainsi rajeunir le public alors même que les jeunes ne regardent plus la télévision ?

Certes les jeunes regardent la télévision moins souvent et moins longtemps qu’auparavant mais, il ne faut pas négliger une part d'entre eux, qui reste encore attachée aux médias linéaires — laquelle fait partie des 20 millions de nos téléspectateurs chaque soir, en prime time.  Le propos est donc de s’adapter aux nouveaux usages en mettant ce contenu à sa disposition sur deux supports différents ; à la fois sur la télévision linéaire à 21 heures sur France 5 et sur la plateforme france.tv. C’est très important pour nous de garder ce lien avec ce public jeune. Pour tous nos publics, les séries sont mises en intégralité sur france.tv dès le jour de leur lancement. On veut multiplier les chances de rencontres entre les programmes et les publics.

 

Lorsque vous diffuserez le lundi soir, sur France 5, des séries, quelle sera la couleur de cette case par rapport aux fictions « prestige » de France 2 également proposées le lundi ?

Nous travaillons évidemment à ce que ces deux rendez-vous soient les plus complémentaires possible. La case Slash de France 5 a, je le répète, pour vocation de s’adresser à un public plus jeune. Ainsi, par exemple, ce lundi, Normal People est programmé face à Leonardo sur France 2, série historique en costumes, qui s'adresse à un public plus âgé. Mais, une autre fois, on pourra proposer, face à une série de France 2, un documentaire, un magazine, etc.

 

Pensez-vous que le public va comprendre l’articulation entre france.tv, France TV Slash et France 5 linéaire ?

En exposant l’offre France TV Slash en ouverture de cette soirée du lundi sur le linéaire, on augmente, de la meilleure manière il me semble, sa notoriété et la connaissance de son contenu. On profitera de ces soirées pour diffuser des bandes-annonces sur l’offre France TV Slash afin de présenter les autres programmes disponibles sur la plateforme. Effectivement, cette innovation va nous demander un long travail de pédagogie ; on ne pourra pas juger cette expérience sur les premiers résultats. Lorsque l’on bouge ainsi les lignes, cela demande un peu de temps aux téléspectateurs pour assimiler ces nouveaux partis pris. La BBC a fait de même en proposant une offre à destination des jeunes, BBC Three, sur sa plateforme numérique, le player, mais aussi dans une case régulière sur BBC One.

 

En renforçant la force de frappe du linéaire, êtes-vous certain de ne pas affaiblir celle des plateformes ?

Aujourd’hui, on constate que les usages s’additionnent. Notre dessein est donc de proposer des programmes forts au public en collant à  tous les types de pratiques : la consommation télévisuelle plus traditionnelle comme la consommation de notre plateforme numérique. L’important est d’avoir des programmes forts et d’en avertir le public, afin qu’il les regarde de la manière idoine pour lui.

 

Quels sont les enjeux éditoriaux de France 5 aujourd’hui, eu égard aux derniers changements ?

Forte de sa ligne éditoriale très claire, France 5 dispose d’une très belle image. On souhaite montrer qu’elle peut être plus audacieuse et tenter des choses. Typiquement, il existe des liens entre France TV Slash et France 5 sur le registre de la modernité, sur la notion de débats et d’engagements. Sur France 5, beaucoup de programmes ont déjà pour vocation d’attirer un public plus jeune ; ceux-ci proposent des écritures différentes et font bouger les lignes. France 5 sait prendre des risques. On a déjà des exemples qui attestent que cette audace lui réussit. Le public le corrobore : il vient voir qui Nus et culottés, qui le documentaire Option éducation sexuelle un mardi soir ou, encore, vendredi dernier en prime, Daft Punk qui a réuni 600 000 personnes. Outre les programmes, il y a les personnalités qui comme Hugo Clément ou Mohamed Bouhafsi et Bertrand Chameroy, chroniqueurs dans C à vous, ont des communautés très importantes sur les réseaux sociaux. Donc on voit que, tout en gardant sa crédibilité et son sérieux, son image et son caractère, France 5 peut surprendre, s’adresser à des publics plus jeunes à travers ses programmes et ses visages.
 

Pourquoi avez-vous changé le jour de Place au cinéma ?

Il y a quelques années, nous ne pouvions pas proposer du cinéma le vendredi soir. Désormais, depuis la levée de l’interdiction de diffusion du cinéma sur certains jours, il nous a semblé opportun et intéressant de le proposer le vendredi où le cinéma a davantage de place pour exister que le lundi, où la concurrence en la matière s’avère plus rude. De plus, le cinéma offre une belle complémentarité avec nos fictions et divertissements proposés ce jour-là sur France 2 et sur France 3.
 

Quid du spectacle vivant ?

Il pourra lui aussi trouver sa place dans cette nouvelle offre du lundi, pour des genres et des artistes en affinité avec le public jeune. Il reviendra régulièrement dans l'offre France 5 et sera recentré autour de grands festivals et partenariats avec des institutions culturelles comme la Comédie-Française ou l'Opéra de Paris... et n’oublions pas qu’avec Culturebox sur le canal 14, l'exposition du spectacle vivant est quotidienne. 
 

Quelle est votre ambition en proposant du « binge » ?

L’idée est encore de donner un coup de projecteur sur les programmes à destination du public plus jeune et de renforcer notre plateforme france.tv : notre grand objectif 2022. On propose donc l’intégralité des séries sur france.tv, le matin de la diffusion en prime sur l’une de nos chaînes linéaires. En procédant ainsi, on donne davantage de notoriété aux programmes tout en collant aux usages. C’est ce que l’on a déjà fait à trois reprises avec Le tour du monde en 80 jours, Manipulations et L’amour (presque) parfait avec le succès que l’on sait, notamment pour Manipulations, avec 2,9 M de vues à J+13 — soit 481 000 vues par épisode, dont 1,8 en avant-première !

Propos recueillis par Amélie de Vriese

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