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Film

Une séparation

  • Dimanche 17 mai 2020 à 20h00

  • Sur NC la 1ère

Une séparation

Ours d’or lors du festival de Berlin en 2011 et Oscar du meilleur film étranger, Une séparation met en scène une tragédie du quotidien avec une rage et une précision qui forcent le respect.

Lorsque sa femme le quitte, Nader engage une aide-soignante pour s’occuper de son père malade. Il ignore alors que la jeune femme est enceinte et a accepté ce travail sans l’accord de son mari, un homme psychologiquement instable…

 

Avec :

Leila HATAMI (Simin), Peyman MOADI (Nader),
Shahab HOSSEINI (Hodjat), Sareh BAYAT (Razieh),
Sarina FARHADI (Termeh), Babak KARIMI (Le juge),
Ali-Asghar SHAHBAZI (Le père de Nader), Shirin YAZDANBAKHSH (La mère de Simin),
Kimia HOSSEINI (Somayeh), Merila ZAREI (Madame Ghahrae)...

Entretien avec Asghar Farhadi

Dans quel contexte est né le film ?

J’étais de passage à Berlin, où je travaillais sur le scénario d’un autre projet. Un soir, dans la cuisine, j’ai entendu une musique iranienne qui venait de la pièce voisine. Tout à coup, j’ai été envahi par des souvenirs et des images d’une tout autre histoire. J’ai essayé de les chasser de mon esprit, et de me concentrer sur le scénario que j’écrivais. Mais il n’y avait rien à faire : les souvenirs et les images s’étaient enracinés en moi. Ils ne me lâchaient pas : même dans la rue et dans les transports en commun, ce début d’intrigue qui venait d’ailleurs me poursuivait. J’ai fini par accepter l’idée que je me sentais de plus en plus proche de cette histoire. Donc, je suis retourné en Iran, et je me suis mis à travailler sur ce scénario, qui allait devenir celui d’Une séparation.

 

Quel message vouliez-vous faire passer à travers ce film ?

Le cinéma dans lequel le réalisateur impose sa vision des personnages est aujourd’hui dépassé. Plutôt que de faire passer un message, mon intention est de susciter des interrogations. Il me semble qu’à l’heure actuelle, nous avons davantage besoin de questions que de réponses. C’est au spectateur de trouver des réponses. Peu importe si sa perception est totalement opposée à celle du réalisateur. La scène d’ouverture pose précisément les premières interrogations du film. Par exemple, celle de savoir si un enfant iranien a plus d’avenir dans son pays ou à l’étranger. Cette problématique induit un questionnement et non une réponse.

 

Dans quelle mesure Une séparation est-elle une histoire universelle ?

Habituellement, les problématiques et les conflits que rencontrent les personnages d’un film résident davantage dans les rapports qu’ils entretiennent entre eux plutôt que dans leur conflit intime. Dans la mesure où mes histoires sont nourries de ces rapports humains, je ne pense pas qu’elles soient spécifiquement iraniennes mais plutôt accessibles au plus grand nombre, par-delà les frontières géographiques, culturelles ou linguistiques. Selon moi, ce qui caractérise également cette histoire, c’est qu’elle n’a pas été conçue de façon unilatérale ou caricaturale. Autrement dit, elle permet aux spectateurs d’entrer dans l’histoire par différents biais, en fonction de leur sensibilité, et d’en tirer leur propre interprétation. Par exemple, en Iran, plusieurs spectateurs ont vu ce film comme un film politique. D’autres spectateurs, au contraire, m’ont dit que c’était un film sur l’éthique des relations humaines. D’autres encore l’ont perçu comme un drame humain. J’en suis ravi car quand j’ai commencé à écrire ce film, je voulais vraiment que chacun puisse avoir un regard et un point de vue personnel sur l’histoire.