Communiqué du 24 avril 2020

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Marie Bartête, matricule 107

Documentaire inédit

Marie Bartête, matricule 107

Lundi 25 mai à 23:05

Nouvelle Aquitaine

Marie Bartête, matricule 107

Marie Bartête est née à Pau. Abandonnée à sa naissance, la délinquance devient un credo qui l'enverra au bagne en Guyane. Comme d'autres femmes multirécidivistes. Sa dernière bataille, c'est contre la maladie qu'elle l'a menée. Sans succès.

Marie Bartête est née le 25 février 1863 à Monein, près de Pau. Sa mère l’abandonna après sa naissance pour rejoindre un homme en Nouvelle-Calédonie. Marie est très vite entraînée dans une délinquance toute nécessaire à sa subsistance. Complètement désocialisée, cette laissée pour compte, n’a plus la conscience du bien et du mal. Privée de vie affective, de pain quotidien, elle développe le versant instinctif de survie par des comportements répétitifs de vols et d’escroqueries. Elle récidive et passe à une plus grande délinquance.

Entre 1887 et 1888, Marie, «délinquante d’habitude», purgera plusieurs mois de prison toujours pour les mêmes larcins. Le cumul des méfaits la voit bientôt condamnée à une lourde peine et nourrir ce principe de la «récidive» en appliquant la loi du 27 Mai 1885, sur la «Relégation des Récidivistes». Ces trois condamnations (1883 – 1884 – 1885) punissent donc Marie de cette loi cruelle. 

Dans les interventions de la chambre en mars 1885 préludant au vote de la loi sur la relégation des «multirécidivistes», il est question : «d’individus gangrenés», «d’errants » qui infestent nos rues et nos jardins publics ; «la loi sur la relégation est presque contemporaine de celle du tout-à-l’égout» ! Pour les obsédés de la «contrition», seule la repentance, le labeur et l’éloignement peuvent laver ces âmes perdues.

Alors on punit tout à la fois, la voleuse, la vagabonde, la prostituée, l’infanticide, la meurtrière, l’insurgée. Toutes doivent partir pour l’impérieux besoin d’exiler l’indigent, de coloniser et de féconder la Guyane mystérieuse. La relégation consistera dans «l’internement perpétuel» sur le territoire des colonies ou possessions françaises. Elle a pour objectif d’exiler définitivement en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie, les multirécidivistes, ceux qui ont accumulé de petits délits (condamnations à plus de trois mois d’emprisonnement pour vol, escroquerie, vagabondage ou mendicité).

Il s’agit d’hommes et de femmes de plus de vingt et un an et de moins de soixante ans qui sont envoyés au bagne à l’issue de leur peine de prison en métropole. La relégation des femmes, qui - pour la plupart, mouraient dans les cinq ans suivant leur arrivée au bagne – fut supprimée en 1907. Le Second Empire n’eut pas honte d’envoyer des femmes au bagne de Guyane : on ne savait pas encore que c’était vers une mort certaine. La troisième République n’eut pas honte, après la fermeture de Cayenne aux européens dès 1869, alors qu’on connaissait l’insalubrité et l’effrayante mortalité, de continuer à envoyer des femmes pour y mourir jusqu’en 1881.

Ainsi partaient pour le bagne deux sortes de criminelles : les filles seules, abandonnées, sans ressources, domestiques ou journalières, le plus souvent coupables d’infanticides, et d’autre part, les forts caractères, les meurtrières et incendiaires, les révoltées qui, souvent condamnées à de longues peines, comprenaient qu’elles ne retrouveraient jamais la liberté. Les premières étaient très demandées par l’administration pénitentiaire, parce qu’on les savait soumises, capables d’être de bonnes mères, récupérables en un mot.

Hospitalisée le 28 février 1938, Marie Bartête livre sa dernière bataille contre la maladie. Le 13 mars 1938, à 76 ans, elle s’éteint d’épuisement et meurt, «par suite de cachexie sénile» à l’hôpital de Saint-Laurent.

  • bagne de l'île st Joseph
  • ruines du quai de débarquement
  • cellule de l'île st Joseph