Dossier de presse
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boucan

Résumé 
Nouvelle-Calédonie, fin du XIXe siècle, le gouverneur Feillet annonce qu’il veut « fermer le robinet d’eau sale » de la pénitentiaire et développer la culture du café en Nouvelle-Calédonie. Vincent et sa famille s’installent dans la région de La Foa-Canala pour mettre à profit la terre que leur a confiée l’administration. Mais, en dépit de l’expansion coloniale, les tabous ancestraux demeurent. 
 Des indigènes viennent les mettre en garde contre l'aspect « maléfique » d'une partie de leur propriété.

Edito de Nathalie Daly, adjointe à la Direction éditoriale en charge de l'antenne et des programmes TV de Nouvelle-Calédonie La 1ère

Boucan

C’est un film taiseux, porté par une musique aux accents graves et une photographie somptueuse. La lenteur du rythme, voulue par Alan Nogues, apporte à ce long-métrage de fiction une dimension dramatique et nous laisse imaginer ce qu’était la vie au plus profond de la brousse du XIXe siècle.

S’inspirant de l’expérience des colons Feillet, le film soulève pourtant des problématiques qui demeurent contemporaines : le racisme, l’incompréhension entre deux civilisations, la violence, les superstitions…

Nouvelle Calédonie la 1ère a voulu apporter son soutien et son aide à un jeune réalisateur prometteur dont on connaissait déjà la maitrise du documentaire (Terre de métal ou L’Île-continent).

En appuyant la première démarche de fiction cinématographique d’Alan Nogues, notre chaîne se veut incubatrice de talents et souhaite contribuer dans une humble mesure au développement d’un 7e art calédonien. Surtout quand celui-ci recèle bien des promesses.

Nathalie Daly, adjointe à la Direction éditoriale en charge de l'antenne et des programmes TV de Nouvelle-Calédonie La 1ère

Entretien avec Alan Nogues, le réalisateur

Après avoir réalisé une dizaine de documentaires dont "L'Île continent", "Terre de métal", "La Dernière Révolte", le réalisateur Alan Nogues s'attaque au mythe du "Boucan" à travers l'histoire d'une famille calédonienne du XIXe siècle. Entre fiction et réalité... rencontre avec un metteur en scène "hors norme".

Quelle a été la génèse de ce projet ? Pourquoi cette époque ?

Ce film a pris beaucoup de temps pour arriver à sa forme définitive. Ma première source d’inspiration a été une légende kanak tirée de la région de Canala. Il s’agissait d’un colon planteur de café occupé à défricher une zone de son terrain. Deux Kanaks viennent alors lui rendre visite pour lui conseiller d’arrêter immédiatement, car, selon eux, cette zone serait « tabou ». Ignorant ces conseils, le colon se retrouve alors persécuté par un lézard, une sorte de totem protecteur du lieu. Un conte qui nous expose deux visions du foncier en Calédonie. L’une économique, où la terre est perçue comme un outil de production à la rentabilité quantifiable, délimitée par des frontières physiques arbitraires, et l’autre au contraire où la terre est considérée comme un outil de communication avec l’invisible et où la notion de frontière n’obéit pas du tout aux mêmes codes. Le film part en tout cas de cette dualité, mais c’est évidemment une trame de fond.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans la fiction après avoir réalisé des documentaires ?

J’avais besoin de m’éloigner du documentaire et de son aspect factuel pour exprimer quelque chose de plus personnel je crois, mais aussi de me frotter à un challenge. La fiction est un exercice incroyablement difficile !

Racontez-nous la recherche de décors...

On a eu beaucoup de mal à trouver un lieu adéquat pour le tournage. Quand on situe une histoire au XIXe siècle, le décor doit être impeccable, au plus proche du naturel, sans aucun signe de modernité. Il nous fallait un lieu qui fasse « forêt » mais qui dispose également d’un caférie, et où l’on puisse construire la maison des colons. Autre aspect important, il nous fallait un lieu calme, loin des routes, loin des voisinages bruyants pour toutes les prises de son, mais tout aussi crucial il nous fallait aussi de l’électricité. On a finalement trouvé notre bonheur sur une propriété privée du côté de Gouaro Deva.

L’histoire de ce film sonne étrangement vraie, est-ce que cette famille a  existé ?

Aucune archive précise ne mentionne une telle aventure dans l’histoire calédonienne. Mais ce qui est sûr, c’est que de nombreux colons se sont véritablement cassé les dents ici. Je crois que j’ai simplement voulu écrire un film qui s’éloigne des scénarios types, ce qui apporte je l’espère une touche de réalisme.

Qu’est-ce qui vous a inspiré lors de la réalisation du film ?

En dehors de la légende kanak mentionnée plus haut, j’ai été marqué par des films comme « There will be blood » pour son réalisme historique, ou de « Shining » pour l’aspect huis-clos et la figure inquiétante du père.

Pourquoi ce titre, « Boucan » ?

Le Boucan c’est un concept un peu fourre-tout pour parler de magie noire en Calédonie et dans certains autres pays. Se faire emboucaner, c’est s’attirer la malveillance d’une personne proche des arts occultes, qui aurait le pouvoir de faire du mal à distance. C’était pour moi un choix visant à orienter la vision du spectateur. J’ai voulu faire réfléchir sur cette notion de mauvais œil, de « sorcellerie » en lui apportant un éclairage qui s’éloignerait des films d’horreur et lorgnerait plus sur une vision psychologique et culturelle du phénomène. Mais je brouille les pistes, il y a dans mon personnage une bonne dose de paranoïa, et un contexte historique particulier, ce qui rend l’interprétation assez difficile.

Pourquoi un personnage principal si dur ?

Je voulais dépeindre le caractère d’un homme du XIXe siècle. Avec nos codes du XXIe, on pourrait effectivement penser que c’est un personnage odieux, mais tout ce qu’il dit, tous les choix qu’il fait sont dictés par la situation. Rien n’est dit ou fait par hasard ou encore gratuitement. Il a des contraintes, des objectifs, et surtout des peurs, la peur d’échouer. Il est isolé. Il n’a littéralement pas d’autre choix que d’être ainsi. Je me suis simplement efforcé d’être réaliste. Oui il est machiste, probablement raciste, mais le contexte de l’époque était autrement plus dur qu’aujourd’hui.

Quel est le message du film « Boucan » ?

Je laisse au spectateur la liberté d’y voir ce qu’il voudra. Ce film est construit de manière ouverte. Il y a plusieurs possibilités.

Entretien avec Vincent Kerriguy, personnage principal

Vincent Kerriguy est Vincent B.

Vincent B. (Vincent Kerriguy) est un père de famille, instituteur, venu de l'Hexagone. Encouragés par les campagnes du gouverneur Feuillet, il reprend la concession Villardi à La Foa pour y planter des pieds de café. L'administration exige alors 500 pieds de café dans les deux années à venir. Rencontre avec l'acteur du personnage principal. 

Comment avez-vous été amené à participer à ce film ?

Le projet m'a été présenté par le réalisateur Alan Nogues lors d'une soirée chez des amis communs. Nous avons discuté de l'histoire calédonienne au sens large et de quelques anecdotes humaines extraites d'écrits historiques sur la Calédonie. Nous avons évidemment parlé du Boucan

Vous jouez le rôle principal de cette fiction calédonienne inédite, comment percevez-vous votre personnage ?

Mon personnage est en quelque sorte une représentation archétypale de l'homme de la fin du XIXe. Très pieux, rigide et pas aimant il est d'une extrême exigence envers lui-même et les siens. Très respectueux de l'autorité, sa peur de l'échec vis-à-vis de l'administration coloniale le rend de plus en plus tyrannique et injuste envers sa famille. De plus, son esprit cartésien, confronté à un monde qu'il ne connaît pas et qu'il ne peut pas comprendre, et face à une nature qui semble aussi hostile qu'insurmontable, le font peu à peu perdre pied. Ainsi, perdu entre ses certitudes et la situation dramatique de sa famille, il sombre sans conscience dans une folie mortifère.

Est-ce que ce rôle ambigu n’a pas été difficile à interpréter ?

Quelle que soit mon expérience théâtrale et cinématographique, être pour la première fois le rôle principal d'un long-métrage vous fait de toute manière sortir de votre zone de confort. L'appréhension de mon personnage s'est faite petit à petit, au cours des lectures et des échanges que j'ai eu avec Alan. L'enjeu était double, car il s'agissait dans un premier temps de comprendre la psychologie des hommes de cette époque aux caractères, aux comportements et aux principes parfois aux antipodes des nôtres. Le caractère profond de mon personnage est venu dans un deuxième temps par composition mentale de son histoire individuelle et familiale après nos lectures, discussions et répétitions avec Alan, Fanny et Simon.

Le jour J, une fois en costume sur le lieu de tournage et comme téléporté plus d'un siècle en arrière, l'imaginaire que je m'étais créé prenait alors corps. La famille B. était là, nous devenions ces Français perdus en terre inconnu et je devenais ce patriarche sûr et intransigeant. L'atmosphère sur le tournage était particulière et certainement due autant à l'histoire qu'aux lieux où nous tournions. Aussi, l'évolution de mon personnage s'est faite relativement naturellement.

Avez-vous été inspiré par un acteur en particulier ?

Pas véritablement. Je me suis appliqué à être le Vincent B. que j'avais en tête et qu'Alan dirigé en fonction de son Vincent B. à lui.

Connaissiez-vous cette période de l’histoire calédonienne ?

Oui, l'histoire calédonienne m'a intéressé depuis mon arrivée en 1991. De plus ma participation à Louise Michel, à L'Archipel des forçats, ainsi qu'à plusieurs spectacles historiques sur la Calédonie m'avait déjà plongé dans cette période de la colonisation.

Une période sombre, mais un tournage... joyeux. Racontez-nous une anecdote ?

Oui, le tournage a été une véritable aventure de bande. Nous étions peu nombreux aussi bien en techniciens qu'en acteurs, mais il y avait une véritable cohésion et une implication totale de tous. Les préparations de décor avec Adjé et de scène avec Fanny et Simon étaient toujours de très bon moment de détente avant l'action. Nous sommes passés à côté de quelques catastrophes qui au final nous ont fait beaucoup rire. Lors d'une scène de coupe d'arbre notamment, ma hache s'est cassée et la lame est passée à quelques centimètres de Fanny. Une énorme frayeur sur le coup, mais qui nous a fait rire pour le reste de la journée. Enfin, nous avions la chance d'avoir un cuisinier à demeure pendant le tournage sur Bourail, et nos fins de journée étaient donc toutes un pur moment de relaxation, de dégustation et de franche camaraderie.

Avez-vous d’autres projets en cours ?

Je n'ai pas de projet de film pour le moment, mais j'espère vraiment avoir la possibilité de vivre d'autres aventures aussi enrichissantes dans l'avenir. Je continue par contre le théâtre avec la compagnie de l'Archipel. Nous sommes en préparation de l'Art'péritif du 9 juillet au Théâtre de poche.

 

  • ©emotion capturée
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