Temps fort S16

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SOIRÉE SPÉCIALE

AIME CESAIRE

  • Mercredi 18 avril 2018 à 20H05

  • Guadeloupe la 1ere

CESAIRE ET MOI

Guadeloupe la 1ère célèbre Aimé Césaire,
à l'occasion du dixième anniversaire
de sa disparition.

 

Pour cette occasion, Guadeloupe la 1ère lui consacre une soirée spéciale avec un documentaire suivi d'un débat présenté par Fabrice D'Almeida.
Le documentaire inédit Césaire et moi rend hommage à sa mémoire, à ses combats et à son œuvre tout entière. Les différents témoignages de ceux qui l’ont croisé, le lisent, l’entendent et l’admirent, prouvent que cette figure majeure du XXe siècle est encore bien présente dans nos esprits.

Césaire et moi donne la parole à dix personnalités qui mettent en lumière sa pensée et ses combats universalistes. Pour raconter la transmission de sa modernité et décrypter son impact dans notre société contemporaine, Aïssa Maïga, Audrey Pulvar, Arthur H, Daniel Maximin, Lilian Thuram, George Pau-Langevin, JoeyStarr, Valérie Manteau, Zineb El Rhazoui et Emmanuel Kasarhérou partagent leurs points de vue. Au fil de leurs confidences, se dessine en creux le portrait de l’homme dans son époque et l'extraordinaire héritage humaniste et poétique qu'il a laissé.

Intervenants : AÏSSA MAÏGA (Comédienne), AUDREY PULVAR (Auteure), ARTHUR H (Auteur, Interprète), DANIEL MAXIMIN (Ecrivain, Editeur d’Aimé Césaire), EMMANUEL KASARHEROU (Conservateur - Musée du Quai Branly), JOEYSTARR (Comédien, Interprète), LILIAN THURAM (Président Fondation “Education contre le racisme”), GEORGE PAU-LANGEVIN (Députée de Paris), VALERIE MANTEAU (Auteure), ZINEB EL RHAZOUI (Auteure & Activiste).

  • Daniel Maximin

    CESAIRE ET MOI
  • Aîssa Maïga

    CESAIRE ET MOI
  • JoeyStarr

    CESAIRE ET MOI
  • Audrey Pulvar

    CESAIRE ET MOI
  • L.THURAM

    CESAIRE ET MOI
  • GEORGE PAUL LANGEVIN

    CESAIRE ET MOI

Ce projet vous était-il commun ? 
Isabelle Simeoni :
 Oui, l’absence de représentativité de la diversité est une préoccupation commune à tous les deux. Ce constat est particulièrement visible dans certains secteurs comme la fiction et à ce titre, la participation d’Aïssa Maïga nous semblait importante car elle a réussi à franchir le plafond de verre avec des rôles non-stéréotypés.
Fabrice Gardel : « La France continue à se penser blanche », dit Aïssa Maïga, alors même que dans la société française, les mélanges, les hybridations et les enrichissements sont là. L’anniversaire des 10 ans de la mort de Césaire nous a semblé une occasion idéale de travailler sur cette question.

 

Comment vous-êtes vous répartis le travail d’écriture ?
I.S. 
: Nous avons écrit le scénario et le commentaire ensemble, et je me suis ensuite plus concentrée sur le choix des intervenants. Nous nous sommes partagés les interviews. Nous avons beaucoup échangé, croisé nos sensibilités et nos expériences en fonction de nos origines. Pour ma part, je suis Corse, donc insulaire, et lui est d’origine pied-noire. Vous imaginez qu’il y a matière à dialoguer !
 

Considériez-vous Aimé Césaire comme un exemple avant de réaliser ce documentaire ?
I.S. 
: Oui, et pour plusieurs raisons. Parce qu’il est un grand auteur, un immense poète et que ses combats sont admirables. Je le connaissais un peu mais l’ai réellement découvert en écrivant le film. J’ai alors pris toute la dimension du personnage. Quel visionnaire ! Il avait une telle compréhension globale du monde, des enjeux de son époque et de leur répercussion sur l’avenir des démocraties occidentales !
F.G. : En commençant le film, j’avais l’intuition de sa modernité, mais pas à ce point. Aujourd’hui des gens comme Arthur H, JoeyStarr, Lilian Thuram, Grand Corps Malade, Julien Clerc, Marc Lavoine… se revendiquent de son héritage et s’inspirent de la puissance de son verbe. À l’heure de Black Lives Matter, I Am Not Your Negro… Césaire est plus actuel que jamais.

 

Comment avez-vous choisi vos intervenants, qui aiment le combat humaniste et politique de Césaire, mais admirent aussi le poète et l’homme qu’il était au point de se faire tatouer son portrait ?
F.G. 
: Nous avions en tête deux critères pour le casting. Trouver des auteurs et des artistes qui aiment vraiment Césaire, humainement et intellectuellement. Daniel Maximin, qui explique avoir été son « frère »  (il est l’auteur de Aimé Césaire, frère volcan) nous a aidés en nous parlant de Valérie Manteau et d’Arthur H. L’autre critère consistait à choisir des gens qui ne sont pas dans une vision « victimaire », « misérabiliste ». Car Césaire ne l’était pas. En cela, la rencontre avec Valérie Manteau a été exceptionnelle.
I.S. : Nous voulions aussi respecter un élément essentiel : la pensée de Césaire, en particulier sur la négritude, sans discours communautariste ni d’exclusion. Nous revendiquons cette notion universaliste du combat de Césaire. Et il fallait également un point d’équilibre pour raconter l’histoire au mieux. D’où le choix des intervenants, comprenant des personnalités qui avaient une très grande connaissance de l’œuvre littéraire de Césaire, comme Daniel Maximin et Valérie Manteau ; des personnalités qui l’avaient rencontré ou avaient vécu sous ses mandats pour l’évoquer au mieux, comme Audrey Pulvar, Lilian Thuram ou George Pau-Langevin ; et d’autres encore qui pouvaient apporter un regard  « d’ héritiers » comme Aïssa Maïga, JoeyStarr, Arthur H ou Emmanuel Kasarhérou. Chacun d’eux porte le film.


Aïssa Maïga pense que « Césaire est moderne par rapport à la conscience qu’il a du monde ». Vous avez construit votre documentaire sur cet angle. Comment s’est-il imposé ?
F.G. 
: C’était le désir de la chaîne, de la production et le nôtre. Il y a déjà eu de très nombreux documentaires, classiques, de qualité purement biographique. Césaire est le levier parfait pour dénoncer une France peureuse, « racornie » comme le précise Audrey Pulvar. À quand un nouveau « congrès de 56 » ?
I.S. : Césaire n’est pas moderne que pour nous ! Aux Etats-Unis, c’est une icône, son œuvre complète vient d’être republiée ! Je pense, comme Lilian Thuram, qu’il devrait être beaucoup plus étudié dans les collèges et les lycées. Plus on se réfère à cette vision humaniste et tolérante et mieux on est éduqué pour vivre dans le monde d’aujourd’hui. Je crois foncièrement à l’addition des héritages culturels pour vivre dans notre monde moderne.

 

Vous développez les ambitions humanistes de Césaire qui se dégagent dans les thèmes abordés : la négritude, le racisme, le métissage, le combat contre le colonialisme, le premier congrès des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne. Avez-vous dû écarter certains autres thèmes ?
I.S. 
: Il y a encore tellement à dire ! On a choisi ce qui a été le moteur de sa vie d’intellectuel et d’homme politique, mais j’aurais aimé développer le sujet des populations migrantes et déportées, les notions d’autonomie, la place prépondérante qu’occupe Césaire dans la culture atlantique – d’un côté comme de l’autre de l’océan –, bref, beaucoup d’autres thèmes.
F.G. : C’est un portrait subjectif, nous assumons nos partis pris de réalisation, à savoir partager ce goût des Lumières au sens voltairien, une vision généreuse, universaliste du monde, à un moment où la France se replie. Les « têtes de chapitre » vont dans ce sens. « Un peu de savoir, beaucoup de saveur » pour reprendre une formule de Barthes. Mais avec plus de temps nous aurions pu parler davantage de poésie, de la Martinique, de Fanon…

 

Vous mettez en évidence que Césaire n’était pas un féministe car il ne s’est pas engagé sur les batailles de la pilule, de l’IVG, de l’indépendance financière des femmes et de la controverse au moment de la sortie du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. On sent que vous ne vouliez pas vous limiter à des éloges…
I.S. 
: Je n’aime pas les portraits hagiographiques. Cela invalide tout ce que l’on peut raconter de positif sur une personnalité ! Je partage complètement le point de vue de Valérie Manteau qui trouve absurde le fait d’analyser le passé avec notre regard d’aujourd’hui, particulièrement à un moment si contestataire pour la place des femmes dans la société. Cependant, d’un point de vue personnel, en temps que féministe, je regrette que cette puissance intellectuelle n’ait pas été mise au service d’une cause qui m’est très chère.
F.G. : Chaque homme a ses limites, ses zones d’ombre, ses faiblesses.  Et c’est très bien ainsi. Pourquoi Césaire ne serait-il pas regardé à hauteur d’homme ?

 

Vous insistez sur le fait qu’il n’aimait pas les honneurs. Il a tout de même passé plus de cinquante ans à la mairie de Fort-de-France.  Expliquez-nous ce paradoxe.
F.G. 
: Compte tenu de notre angle, nous n’avons pas voulu explorer plus avant ce paradoxe. Mais Audrey Pulvar l’égratigne à juste titre.  Nous l’avons simplement évoqué pour montrer, une fois de plus, qu’une pure hagiographie aurait même été contraire au message de Césaire. Chacun a ses mots, chacun a ses maux.
I.S. : D’un point de vue du récit, un personnage sans paradoxe est un personnage sans aspérité. Césaire n’échappe pas à la règle. Selon moi, il avait indéniablement le goût du pouvoir et des responsabilités mais, plus encore, c’était une nécessité vitale pour lui d’être dans l’action, de plain-pied dans la vie. Par ailleurs, en tant qu’intellectuel, il considérait certainement que son travail n’était jamais achevé. Enfin, cette dualité entre le poète et le politique renforce davantage ce paradoxe. Le poète n’est pas dans la même temporalité que l’homme politique, et Césaire disait toujours : « Si vous voulez comprendre ma politique, lisez ma poésie ! »

Propos recueillis par France Hatron

Fabrice D'Almeida

A l'issue du documentaire, Fabrice d'Almeida s'entoure de personnalités qui ont connu, côtoyé ou qui se sont inspirées de Césaire. Une décennie après sa disparition, Dany Laferrière, de l'Académie française, Raphaël Confiant (depuis Fort-de-France), Romuald Fonkoua, Sylvie Andreu, Marijosé Alie et Ménélik sont sur le plateau d'Histoire d'Outre-mer pour expliquer et décrypter la modernité de son œuvre. Des auteurs et des artistes qui témoignent de la puissance d'une œuvre qui rayonne bien au-delà de la Caraïbe et de l'Hexagone. Une flamme, allumée avec Cahier d'un retour au pays natal en 1939, qui n'est pas prête de s'éteindre...

Les invités de Fabrice d'Almeida :

  • Dany Laferrière, de l'Académie française
  • Raphaël Confiant, écrivain. Il sera en duplex depuis Fort-de-France
  • Romuald Fonkoua, professeur de littérature à la Sorbonne et auteur de Aimé Césaire (Perrin)
  • Sylvie Andreu, auteure de Cher Aimé
  • Marijosé Alie, journaliste, réalisatrice de trois films sur Aimé Césaire
  • Ménélik, rappeur