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La Galerie France 5

Qui a volé le « Boléro » de Ravel ?

  • Documentaire

  • Dimanche 1er mai 2016 à 09.25

QUI A VOLE LE « BOLERO » DE RAVeL ?

Ce 1er mai 2016, les œuvres du compositeur Maurice Ravel tombent dans le domaine public. Parmi elles, le « Boléro ». Dans ce documentaire, Fabien Caux-Lahalle mène une enquête passionnante sur l'histoire des droits de ce morceau mondialement célèbre.

 

Les grandes dates

 

  • René Dommange (1888-1977). Avocat de formation, il dirige les Éditions Durand, avec lesquelles il acquiert les droits d’édition de l’œuvre de Maurice Ravel pour 20 000 francs et les versements de la Sacem. Président de la Chambre des éditeurs de musique, il use de son influence auprès des politiques, avant d’être élu lui-même député conservateur de Paris. Ses positions sont radicales et il devient une figure de l’extrême droite. Il collabore au régime de Vichy, où Pétain le nomme directeur des industries et commerces de la musique. À la Libération, il est un temps inquiété, avant que les charges ne soient abandonnées faute de preuves. Il tente de retrouver des héritiers directs et d’intenter un procès aux époux Taverne. En vain. Il perd ensuite la moitié des droits d’édition en faveur de Jean-Jacques Lemoine et de sa société, Arima Ltd.
  • Édouard Ravel (1878-1960). Frère du compositeur, il hérite des droits d’auteur pour une durée de cinquante ans, soit jusqu’au 1er janvier 1988. À la faveur du vote des réparations de guerre pour les compositeurs, son mandat est prolongé jusqu’au 1er mai 1996. Il est marié à Angèle Ravel, qui décède en 1958. À peine six mois après la mort de celle-ci, Édouard cède sa maison aux époux Taverne sous la forme d’une donation déguisée, puis leur donne procuration pour accéder à ses comptes bancaires et à la Sacem.
  • Jeanne Taverne, masseuse, vendeuse de canaris et fabricante de boutons, devient la masseuse à domicile d’Édouard Ravel. Le frère du compositeur lui cède tour à tour ses propriétés, sa fortune et les droits d’auteur du compositeur. Elle divorce d’Alexandre Taverne pour épouser Édouard Ravel et ainsi échapper à des droits de succession exorbitants. Mais ce dernier décède huit jours avant le mariage. Trois mois plus tard, la voilà de nouveau unie à Alexandre. On lui intente des procès l’accusant d’avoir abusé d’Édouard en lui prodiguant des soins non autorisés. Les plaignants sont à chaque fois déboutés. Elle décède avant le second procès, en 1964.
  • Alexandre Taverne, ancien mineur et ex-cafetier, devient le chauffeur particulier d’Édouard Ravel. Marié à Jeanne Taverne, il hérite de l’intégralité des droits d’auteur de l’œuvre de Maurice Ravel à la mort de celle-ci en 1964. Il se remarie avec Georgette, une coiffeuse. Il bénéficie des conseils juridiques et financiers de Jean-Jacques Lemoine. Alexandre cède ainsi l’intégralité des droits d’auteur à la société Arima Ltd, enregistrée dans l’archipel du Vanuatu. Sa femme Georgette hérite et quitte la France pour la Suisse voisine et ses avantages fiscaux.
  • Jean-Jacques Lemoine. Avocat de formation, il est directeur juridique de la Sacem jusqu’à sa démission en 1973. Il devient alors le conseiller d’Alexandre Taverne. Avec son avocat, il réussit à récupérer la moitié des droits d’édition de l’œuvre de Maurice Ravel en exploitant une faille dans les contrats de la société d’édition Durand. Il fonde une société off shore, Arima Ltd, domiciliée à Port-Vila, dans l’archipel du Vanuatu. D’autres sont fondées à Gibraltar, aux Pays-Bas ou encore au Panama.
  • Jean-Manuel de Scarano, producteur du groupe Santa Esmeralda, amasse une fortune grâce à leur reprise disco de Don’t Let Me Be Misunderstood, de Nina Simone, en 1977. Il rachète alors la société d’édition Durand et devient vice-président de la Chambre syndicale des éditeurs de musique, où il se révèle un habile lobbyiste, notamment au moment de la réforme du droit d’auteur en 1985. Ses droits sont ainsi prolongés de vingt ans, jusqu’au 1er mai 2016, un gain de 300 millions d’euros pour l’ancien producteur et sa maison d’édition.

Verbatim

  • Florence Mothe, critique musicale : « C’est une œuvre absolument géniale. Elle est à la fois incroyablement technique, d’une virtuosité d’écriture extraordinaire et puis finalement très simple. Parce qu’il n’y a pas beaucoup de notes dans le Boléro. La musique, c’est ça au fond, arriver à avoir une virtuosité orchestrale, un miroitement orchestral. Et puis en même temps faire cette œuvre que les gens reconnaissent à l’oreille. Parce qu’on a beau dire, la musique, c’est quand en sortant de la salle de concert on chantonne encore l’œuvre qu’on vient d’entendre. »

 

  • Isabelle Attard, députée : « Toute cette affaire n’est remplie que d’abus, de contournements de la loi française par le droit anglo-saxon, de rachats de maisons d’édition ou de parts… on ne s’y retrouve plus du tout. Je mets au défi n’importe qui de pouvoir me dire précisément qui avait vraiment les droits sur les œuvres de Maurice Ravel. »

Le « Boléro » dans tous ses états