Temps fort semaine 41

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Le Monde en face

Un monde sans travail ?

  • Documentaire

  • Mercredi 11 octobre 2017 à 20.50

UN MONDE SANS TRAVAIL ?

L’avenir appartient-il aux machines ? Plus fiables, plus rapides et moins coûteuses que les êtres humains, elles sont en passe de les remplacer dans les entreprises. Enquête sur la marche inéluctable de la robotisation du travail et la fin annoncée de l’emploi.

Sans que l’on s’en rende compte, les machines ont envahi notre quotidien. Toujours plus efficaces, intelligentes et autonomes, elles sont devenues indispensables pour les entreprises et les consommateurs, au point de se substituer déjà à une bonne partie de la main-d’œuvre ouvrière. La vague technologique qui déferle aujourd’hui pourrait bientôt sonner le glas de millions d’emplois. « L’humain est devenu une variable d’ajustement parmi d’autres, souligne Daniela Cerqui, anthropologue des sciences à l’université de Lausanne. Un facteur toujours moins important, parce que les machines sont toujours plus prépondérantes dans le système de production du capital. L’humain finit même a contrario par être perçu comme le grain de sable qui fait que le système pourrait dysfonctionner. » Assistants virtuels, voitures autonomes, drones... l’intelligence artificielle et la robotique ne relèvent plus de la science-fiction, c’est désormais une réalité concrète. Alors que les algorithmes font désormais la loi à Wall Street, les agents virtuels semblent amenés à remplacer les conseillers clientèle. Uber, première application de mise en relation entre des chauffeurs privés et leurs clients, expérimente les voitures sans chauffeurs dans les rues de Pittsburgh. En 2016, les premiers camions autonomes ont traversé l’Europe.

Amelia, IA


Une rupture sans précédent

« De plus en plus d’études, le McKinsey Global Institute, le Boston Consulting Group, trois lauréats du prix Nobel, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du travail… tous annoncent que le marché du travail va subir un véritable tsunami, une rupture sans précédent dans les dix à vingt prochaines années, et les gens n’y sont absolument pas préparés, alerte Andy Stern, ex-dirigeant du Syndicat international des employés du secteur des services (SEIU). […] Aujourd’hui, c’est une guerre qui touche aussi les cols blancs. » Les progrès du numérique présagent-ils une grande vague de chômage dans la classe moyenne ? Combien d’emplois sont menacés par cette automatisation croissante ? Dans cette course effrénée pour suivre la logique du numérique, que deviendront ceux qui ne s’adapteront pas à ce nouveau monde ? La technologie est-elle seule responsable ? « L’intelligence artificielle peut offrir énormément d’avantages, mais il y a aussi mille et une façons de tout gâcher si on agit sans réfléchir, reconnaît Andrew Moore, doyen de l’école des sciences informatiques de l’université de Carnegie-Mellon. […] Imaginer un monde dans lequel les 5 % qui représentent l’élite des nouvelles technologies deviendraient très riches grâce à l’automatisation généralisée, tandis que 95 % de la population mondiale sera laissée pour compte, ce serait une catastrophe. »

Repenser en profondeur la notion de travail

Celle qu’on annonce déjà comme la quatrième révolution industrielle va transformer non seulement le monde de l’entreprise, mais également notre modèle social. Face au problème de l’accroissement des inégalités, ce raz de marée robotique oblige à repenser en profondeur la notion de travail, mais aussi nos systèmes économiques et la distribution des richesses. « Notre plus grand défi est de faire comprendre que l’innovation technologique n’entraîne pas forcément l’accroissement des inégalités et l’appauvrissement des gens. Ce n’est pas une fatalité, affirme Fred Turner professeur des sciences de la communication à l’université de Stanford. Pour cela, il faudrait imposait des règles à des sociétés qui n’en veulent plus, comme le partage des bénéfices. […] Cela fait partie du boulot de ceux qui nous gouvernent. » Et si ces bouleversements annoncés étaient l’occasion d’inventer une nouvelle société, plus humaine ?

Amandine Deroubaix