Temps fort

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Le Monde en face

Mes questions sur… les juges

  • Collection documentaire

  • Mardi 23 février 2016 à 21.45

Serge Moati Mes questions sur… les juges

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Les magistrats ont un lourd poids sur les épaules : servir l’institution judiciaire, rendre la justice, décider de l’avenir d’un homme. Quelles sont les limites de ce pouvoir ? Quels cas de conscience leur métier pose-t-il à ces hommes et ces femmes confrontés chaque jour à la détresse humaine ? Quel regard portent-ils sur la justice ? Serge Moati s’entretient les yeux dans les yeux avec plusieurs juges, qui s’expriment rarement publiquement.

Verbatim

Dominique Coujard, ancien président de la cour d’assises de Paris : « Juger, c’est un mot très ambigu, parce qu’il a un double sens. Il y a une connotation divine, ce qui fait que ça engendre beaucoup de malentendus, comme : “Mais comment peut-on juger son prochain ?”, etc. La justice terrestre n’a rien à voir avec la justice divine, si elle existe. Nous, on est des fonctionnaires juges qui essayons de faire notre métier le mieux possible. On doit vraiment prendre ça comme un métier (…). »

Laurent Manhès, vice-président correctionnel à Amiens : « Qu’est-ce qu’une peine juste ? Je ne sais pas. Et puis elle est juste pour qui ? La victime va toujours trouver la peine insuffisante, le prévenu va toujours trouver la peine trop lourde. La peine juste, c’est celle qui mécontente tout le monde. »

Laurence Bellon, vice-présidente du tribunal pour enfants de Lyon : « Il y a quinze ans, 5 % des mineurs étaient déférés – c’est-à-dire amenés menottés du commissariat au tribunal. Normalement, dans l’institution judiciaire, on ne défère menottes aux poings que pour les affaires les plus graves. Aujourd’hui, 20 % des mineurs sont déférés (…) et, parmi eux, 20 % ont entre 13 et 15 ans. »

Serge Portelli, président de chambre à la cour d’appel de Versailles : « Laxiste, répressif, c’est pas si simple que ça. (…) Tout ce que j’essaie de faire depuis très longtemps, c’est dire qu’il faut punir quand on est au pénal, mais il y a beaucoup d’autres choses derrière, et même punir, c’est un art qui est difficile et qui doit intégrer tout l’aspect humain. »

Isabelle Rome, conseillère à la cour d’appel de Versailles : « Pour moi, le pénal, c’est l’exploration de l’âme humaine, au cœur des gens, des individus, dans ce qu’ils peuvent avoir parfois de pire, mais aussi parfois avec certaines surprises. En tout cas, c’est cette curiosité pour l’humain qui a fait que (…) je reste passionnée par le pénal, que je ne suis pas blasée. »

Renaud Van Ruymbeke, premier vice-président chargé de l’instruction à Paris : « Je n’ai jamais été un justicier, je n’ai pas de comptes à régler avec X ou Y, je cherche. Et on ne m’empêchera pas de chercher, à tous les niveaux. »