Temps fort semaine 03

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La Galerie France 5

Edgar Degas, Mary Cassatt – Les Enfants terribles de l’impressionnisme

  • Documentaire

  • Dimanche 14 janvier 2018 à 09.25

EDGAR DEGAS, MARY CASSATT UNE JOUTE ENTRE DEUX PASSIONNES

À l’occasion du centenaire de la mort d’Edgar Degas (1834-1917) et de l’exposition que lui consacre le musée d’Orsay, « Degas Danse Dessin. Hommage à Degas avec Paul Valéry », jusqu’au 25 février 2018, ce documentaire évoque la relation amicale et artistique qui lia, pendant trente ans, le « peintre des danseuses » et l’Américaine Mary Cassatt.

« L’histoire de l’art a été profondément injuste avec Mary Cassatt, comme elle l’a été avec toutes les femmes artistes », constate l’écrivain et psychiatre Thierry Delcourt. Peu connue en France, cette peintre américaine introduisit pourtant l’impressionnisme auprès des amateurs et collectionneurs d’outre-Atlantique. Elle exposa même son travail plusieurs fois au Salon des impressionnistes, sur les conseils d’Edgar Degas, avec qui elle entretint des liens pendant plus de trente ans. Une amitié profonde et chaotique fondée sur un respect mutuel et de l’admiration pour le travail de l’autre. « Ils avaient des caractères très différents qui se complétaient bien. Il était cynique, elle était optimiste. Il y avait une sorte d’équilibre entre eux », souligne Felicia Zavarella Stadelman, historienne de l’art.

Les électrons libres de l’art

Connu pour son mauvais caractère, son intransigeance et ses sarcasmes, Degas est séduit par l’aisance de cette jeune femme distinguée issue de la haute bourgeoisie, comme lui. Leur formation classique, leur besoin de peindre en atelier, leur tempérament solitaire et indépendant font d’eux des électrons libres au sein des impressionnistes. « Elle aurait fait une piètre carrière de diplomate, admet Felicia Zavarella Stadelman. Elle se fichait bien de ce que les autres pensaient d’elle. Sa franchise pouvait paraître parfois insultante. C’était une bonne défense contre Degas. Ils avaient cette compréhension mutuelle qui leur permettait de se mesurer, d’opposer leur forte personnalité. Cette longue amitié a fait d’eux indubitablement des artistes à part. »

Un jeu de regards complexe

Ils se voient presque tous les jours, partagent leurs passions, leurs convictions, flânent au Louvre, se retrouvent dans des dîners « de réconciliation » ou à l’opéra. C’est d’ailleurs dans cet espace régi par les conventions sociales que leur complicité est la plus évidente. Si Degas représente, dans ses toiles, l’orchestre ou les danseuses en coulisses, sa consœur est contrainte par sa condition. « Les femmes devaient s’asseoir dans les loges, explique Felicia Zavarella Stadelman, donc Mary Cassatt les représente comme étant celles qui observent, mais aussi celles qui sont observées. En tant que spectateur, nous venons compléter ce cercle en regardant nous-même ce jeu de regards. » L’audacieuse peintre retravaille aussi certains tableaux avec son collègue français, notamment Petite Fille dans un fauteuil bleu. Un échange qui a donné lieu à l’un des plus beaux dialogues artistiques de l’histoire de l’art.

Amandine Deroubaix