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La case du siècle

La mémoire volée des Francs-maçons

  • Documentaire

  • Dimanche 15 mai 2016 à 22.25

LA MEMOIRE VOLEE DES FRANCS-MACONS

Les archives de la franc-maçonnerie furent systématiquement pillées par le IIIe Reich, puis l’Union soviétique. Ce documentaire, réalisé par les romanciers Éric Giacometti et Jacques Ravenne, fait le récit de ces rapts successifs alors que la Bibliothèque nationale de France consacre, jusqu’au 24 juillet, une exposition à la franc-maçonnerie française.

Le penchant des partisans du nazisme pour l’occultisme n’est plus à démontrer. Ainsi, il a été clairement établi que la société de Thulé — une secte adepte de la magie noire, fondée en 1918 par des maçons renégats et qui comptait dans ses rangs Alfred Rosenberg, Hermann Hesse ou encore Hermann Goering — a influencé le régime nazi, et ce dès sa fondation. Rosenberg est d’ailleurs l’idéologue du régime, notamment à l’origine de la théorie du complot judéo-maçonnique et rêvant de ressusciter un paganisme germanique originel.
Dès 1933, le chancelier Hitler fait interdire les loges maçonniques en Allemagne, puis dans les pays occupés. En France, dès 1940, une cinquantaine de perquisitions sont menées dans les loges à Paris et en province. Dans le fantasme du nazisme, elles sont considérées comme des hauts lieux de pouvoir et le réseau souterrain qui soutient la démocratie libérale européenne. Hitler et ses séides trouvent dans le régime de Vichy un allié de circonstance.

De Paris à Berlin
Très vite, un décret est publié qui interdit les sociétés secrètes, tandis que la presse accuse les francs-maçons d’être responsables de la défaite. La figure de Bernard Fäy, en charge de la lutte contre la franc-maçonnerie dans le gouvernement français, est centrale dans le dispositif : ses services rédigent plus de 100 000 fiches, dont 15 000 pour la seule Grande Loge de France ; les fonctionnaires fichés sont renvoyés ; une exposition antimaçonnique est organisée au Petit Palais et en province. En 1940, 800 maçons sont déportés, fusillés, meurent en prison ou au combat.
Les milliers d’archives saisies lors des perquisitions (dans lesquelles les nazis pensaient trouver la preuve du complot judéo-maçonnique ainsi que des secrets d’État) sont alors envoyées à Berlin, puis dans les Sudètes, en Pologne et en Europe de l’Est à partir de 1943, à la suite de l’intensification des bombardements des Alliés.
Au sein du régime, Rosenberg et Himmler, le chef des services secrets du régime nazi — qui s’était constitué la plus grande bibliothèque ésotérique du monde avec 13 000 livres volés —, se disputent le stockage et l’exploitation des archives dérobées.

De Berlin à Moscou
À la chute du régime nazi, les Alliés découvrent une partie de ces documents et les restituent aux États européens spoliés ; les Soviétiques, de leur côté, les font secrètement acheminer vers Moscou et n’en rendent qu’une petite quantité. Les Européens les croient définitivement perdus. Pendant la guerre froide, les francs-maçons regagnent le chemin des cercles de pouvoir, notamment à l’Otan, suscitant la crainte de l’URSS, qui veut dès lors infiltrer les Loges occidentales.
Ce n’est qu’au début des années 1990, à la faveur de la chute de l’URSS, que ces dossiers refont surface. Une universitaire américaine, Patricia Grimsted, est autorisée à se rendre à Moscou pour consulter le fonds d’archives. Elle met la main sur un document lui ayant appartenu. En suivant cette piste, elle finit par révéler l’existence de milliers de pièces volées : 280 000 dossiers, concernant tant la SFIO que la CGT, la Ligue des droits de l’homme ou encore Léon Blum.
Sous la présidence de Jacques Chirac, les loges font une demande au chef de l’État pour qu’il intercède auprès de son homologue, Boris Eltsine. En échange de 4 millions de francs, la Fédération de Russie accepte — non sans rechigner — de restituer les documents, qui sont alors remis aux loges par le gouvernement français. Y figurent notamment 150 feuillets traitant de la Loge des neuf sœurs, qui a compté parmi ses membres Benjamin Franklin et Voltaire. Des textes d’une valeur inestimable.

L’histoire dit que les Russes n’auraient pas rendu tous les documents, de nombreux autres seraient ainsi toujours dissimulés dans les archives secrètes des anciennes Républiques soviétiques.

Sébastien Pouey

À propos du réalisateur

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