"Raconter l'histoire de la conscription, c'est raconter les relations passionnées et tumultueuses des Français avec leur armée."

Diffusion sur France 5

Le dimanche 29 septembre à 22.35 > première partie 1905-1945
Le dimanche 6 octobre à 22.35       > deuxième partie 1945-1996

Étape obligatoire de la vie de millions de jeunes Français jusqu’en 1996, le service militaire a été, pendant plus d’un siècle, l’un des piliers de la République. En formant ses futurs soldats, mais aussi en brassant les classes sociales et les origines, il était l’ultime étape de la « fabrique du citoyen ».

Retracer l’histoire de la conscription, c’est raconter les relations passionnés et tumultueuses des Français avec leur armée. Comment le citoyen-soldat est-il devenu un trait d’union entre la société et son armée ? Et comment ce lien si puissant a-t-il fini par se rompre ?

Racontée à hauteur d’homme, cette grande fresque historique regroupe témoignages et archives et brosse l’évolution de la figure du « bidasse » au fil des générations, en faisant la part belle aux représentations issues de la culture populaire. Une perspective inédite et particulièrement éclairante sur l’histoire française.

LES ÉPISODES

 

Première partie 1905 - 1945

De l’avènement du service militaire pour tous en 1905, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, cette première partie raconte comment la conscription devient le ciment de la citoyenneté : un rite de passage à l’âge adulte pour les jeunes Français et parfois, hélas, un « impôt du sang ».

© Joly / ECPAD

En 1905, le service militaire devient obligatoire pour tous les hommes en âge de porter les armes. Des générations de jeunes Français vont découvrir les rituels qui font qu’à l’armée « on devient un homme » : le respect de la discipline, le maniement des armes, le parcours du combattant, la nudité du conseil de révision… mais aussi les nombreuses corvées qui rythment la vie en garnison. La culture populaire s’en fait l’écho à travers chansons et films, et la figure du « bidasse » s’installe dans l’imaginaire des Français.

Loin de ce folklore naissant, les horreurs de la Première Guerre mondiale viennent tragiquement rappeler le sens premier du service militaire : la défense du pays. Le sacrifice des « citoyens-soldats » venus des quatre coins de France et de ses colonies, marque durablement la société.

Malgré le dégout de la guerre et le pacifisme des anciens combattants, l’histoire va se répéter, inéluctablement. En 1940, après des mois de « drôle de guerre », l’Armée française s’effondre en dix jours. La République est balayée, le Service militaire supprimé. Mais le citoyen-soldat n’a pas complètement disparu : il est ce résistant anonyme, ce maquisard qui contribue, dans l’ombre, à libérer le pays aux côtés des Alliées et de l’Armée d’Afrique.

A la Libération, le Général de Gaulle rend hommage à la « vraie France », celle qui se bat les armes à la main. La IVe République va bientôt rétablir le service militaire, gage de cohésion national. Cela suffira-t-il à effacer les fractures du passé, à affronter les défis qui s’annoncent ?

 

 

Seconde partie 1945 - 1996

Du lendemain de la Seconde Guerre mondiale à l’annonce de la suspension du Service militaire en 1996, de la montée de l’antimilitarisme à la professionnalisation de l’armée, cette seconde partie raconte la rupture qui s’opère entre la Nation et son armée.

© Christian Frisch / ECPAD

Après la parenthèse de Vichy, le rétablissement du service militaire s’impose comme une évidence. Les jeunes Français retrouvent le chemin de la caserne, ses rituels et son folklore.

Mais dans les colonies, l’amertume est grande : les anciens combattants issus de l’empire colonial espéraient que leur sacrifice serait reconnu… En vain. En Indochine, à Madagascar ou en Algérie, la contestation s’étend comme une traînée de poudre.

Aucun appelé ne sera envoyé en Indochine. Mais en Algérie, ils partiront, bon gré, mal gré. Cette guerre qui ne dit pas son nom va radicalement changer le rapport des Français au service militaire. Les jeunes mobilisés en Algérie découvrent la violence, la peur, les exactions ; tandis qu’en métropole, l’antimilitarisme et le pacifisme ne cessent de progresser. Le Déserteur de Boris Vian a beau être censuré sur les ondes, les appels à l’insoumission se multiplient.

Lorsque en 1961 le putsch d’Alger fait vaciller la République, les appelés jouent pleinement leur rôle de citoyens-soldats en refusant d’obéir aux officiers putschistes. Mais le conflit qui s’achève a profondément dégradé le lien entre l’armée et la nation. D’autant que la dissuasion nucléaire semble désormais remettre en cause la nécessité de la conscription. Malgré les efforts de l’armée pour moderniser l’image du Service, la période qui s’ouvre avec Mai 68 est marquée par la contestation de plus en plus forte de ce devoir citoyen, qui s’apparente désormais pour de nombreux jeunes Français à une corvée inutile. Et lorsque près de la moitié d’une classe d’âge fait tout pour échapper au service militaire, son rôle de creuset citoyen est remis en cause. La professionnalisation des armées est en marche, renforcée par la fin de la Guerre froide. Elle sera officialisée en 1996, lorsque le Président Jacques Chirac annoncera la fin du service militaire.

 

Un film écrit et réalisé par Jérôme Lambert et Philippe Picard

Première partie   1905 - 1945
52 minutes - Produit par Hauteville Productions (Karina Si Ahmed, Guillaume Allary et Vivien Meltz), en coproduction avec l’ECPAD, avec la participation de France Télévisions, du Centre national du cinéma et de l’image animée, de TV5Monde et de Toute l’Histoire, et du Ministère des armées – Secrétariat général pour l’administration – Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives, avec le soutien de la PROCIREP – Société des Producteurs et de l’ANGOA, et de la Fondation d’entreprise Carac - conseiller historique Maurice Vaïsse - Musique originale : Christophe Marejano - Année 2019

Seconde partie  1945 - 1996
52 minutes - Produit par Hauteville Productions, en coproduction avec l’ECPAD, avec la participation de France Télévisions, du Centre national du cinéma et de l’image animée, de TV5Monde et de Toute l’Histoire, avec le soutien de la PROCIREP – Société des Producteurs et de l’ANGOA, et de la Fondation d’entreprise Carac - conseiller historique Maurice Vaïsse - Musique originale : Christophe Marejano - Année 2019

Alors que le Gouvernement prépare actuellement la mise en place d’un Service national universel dans un contexte houleux, et que, depuis plusieurs années déjà, de nombreuses voix évoquent avec nostalgie le souvenir d’un service militaire paré de toutes les vertus, nous avons choisi de prendre part à ce débat à notre manière, en retraçant l’histoire trop peu racontée de cette institution. Ou plutôt l’histoire de ces millions d’hommes qui se sont succédés sous les drapeaux pendant près d’un siècle.

 

Une histoire qui se conjugue au masculin, mais qui nous concerne en fait tou·te·s. Qui, dans sa famille, n’a pas vu la photographie d’un ancêtre en uniforme, exposée à côté de celle d’un mariage ou d’un baptême ? C’est même souvent l’une des rares représentations d’un arrière-grand-père qui a traversé le temps. Mais l’histoire qui accompagne cette photographie s’est bien souvent perdue. On sait qu’un père, un grand-père ou un arrière-grand père a fait son service, ou même la guerre, mais nous n’en savons pas beaucoup plus.

 

Le Centre des Archives du Personnel Militaire, où nous sommes allés rechercher la trace de nos témoins, témoigne de l’ampleur de cette histoire. Les millions de dossiers militaires qui y reposent disent toute la diversité de ces hommes qui, de génération en génération, ont partagé l’expérience de l’armée. Figures historiques et anonymes, patriotes convaincus ou pourfendeurs de l’uniforme s’y trouvent réunis par les vertus de l’ordre alphabétique. La conscription fut bien la seule institution capable de rassembler ainsi les Français, un creuset brassant toutes les classes sociales, toutes les origines géographiques, un modèle unique d’égalité républicaine – pour le meilleur comme pour le pire.

 

Cette histoire réunit donc dans un même mouvement personnages célèbres et illustres inconnus, simples appelés et militaires de carrière, épisodes tragiques et souvenirs heureux. La camaraderie ou le sens de la solidarité y côtoient les larmes, la sueur, la boue et le sacrifice. Une somme de parcours personnels qui constitue une part de notre mémoire collective. Des témoignages pluriels, qui nous ouvrent une perspective inédite sur les grands événements du XXème siècle et nous éclairent sur l’histoire de notre République qui, un jour, a armé ses jeunes citoyens, et les a mis au garde-à-vous.

 

Au-delà des aléas de l’histoire et des horreurs de la guerre, le service militaire fut aussi pour des millions de jeunes hommes un véritable rite de passage, le signe de l’accession à l’âge adulte autant qu’une initiation aux codes de la masculinité : « Bon pour le service, bon pour les filles ! », disait-on. Derrière le folklore, c’est tout un pan de notre histoire sociale qui se dévoile donc, et les souvenirs de nos témoins viennent aussi dessiner en creux le portrait de la société de leurs temps. Des souvenirs auxquels nous avons voulu mêler les multiples représentations de la figure du soldat issues de la culture populaire de chaque époque. Ces chansons, ces films ou ces sketchs, viennent faire varier les registres émotionnels, et témoignent des traces profondes laissées dans notre patrimoine et notre mémoire collective.

Biographie des réalisateurs

Philippe Picard et Jérôme Lambert écrivent et réalisent des films documentaires depuis près de vingt ans. Ils se sont rencontrés lors de leurs études d’Histoire de l’Art à l’université Paris I Panthéon Sorbonne.

 

Depuis quelques années, Philippe Picard et Jérôme Lambert s’intéressent à des phénomènes historiques et des catégories de population souvent négligés. Trois documentaires successivement consacrés au Service du Travail Obligatoire (STO, Avoir 20 ans sous l’occupation, France 2 – 2010), aux prisonniers de guerre français (J’attendrai, Planète, 2013), et aux populations déplacées en 1945 (Les déracinés, France 5, 2015) ont creusé ce sillon.

 

Parallèlement, ils réalisent plusieurs documentaires consacrés à l’humour et à la dérision : Pilote et moi et moi et moi (France 5, 2009) sur la bande dessinée, Cabu, politiquement incorrect ! (France 5, 2006) et plus récemment Charlie 712, histoire d’une couverture (France 5, 2015). Avec la collection documentaire Instantanés d’histoire (Arte, 2016) basée sur des photographies amateurs, ils mettent une nouvelles fois en scène des anonymes, acteurs de l’histoire de ce siècle. Aujourd’hui, alors que le Service National universel est à l’ordre du jour, ils s’intéressent aux millions de Français passé sous les drapeaux entre 1905 et 1996. En deux fois 52’ Aux armes citoyens ! (France 5, 2019) revient sur l’un des piliers du pacte républicain.