Communiqué du 18 août 2020

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l'odyssée des plages

Lundi 7 septembre à 21.05

L'Odyssée des plages

Un documentaire Inédit

france 3

L'odyssée des plages

Racontée par Doria Tillier

Après des mois de confinement, pour beaucoup de Français, la plage a semblé incarner le symbole même de notre liberté retrouvée. Comment est-elle devenue, en quelque sorte, notre horizon ultime du bonheur ? Un éden qui attire sur les quelque 5 800 km de notre littoral plus de 15 millions de visiteurs chaque année.

Il faut savoir que cette ruée vers les plages est aussi irrépressible que récente. Jusqu’au début du XIXe siècle, les plages étaient perçues comme insalubres et inhospitalières. Il a fallu bien des conquêtes, bien des épreuves et bien des scandales pour qu’elles deviennent les lieux de rêve, de liberté et de convivialité qu’elles représentent aujourd’hui.

Des premiers bains thérapeutiques aux rivages surpeuplés, des villégiatures aristocrates à « Paris Plage » et du pyjama de plage au monokini, cette « Odyssée » raconte comment les plages ont transformé notre territoire, nos loisirs et nos mœurs.

À l’appui d’archives savoureuses, de témoignages de spécialistes et acteurs de cette histoire – dont Alain Corbin, Jean-Didier Urbain, l’écrivain Chantal Thomas, ou la première championne de surf Marie-Christinne Delanne –, L’Odyssée des plages décrypte les lames de fond, géographiques, sociologiques et politiques, qui nous ont très progressivement amené à nous mettre à l’eau, à nous exposer au soleil, puis à nous dénuder.

 

Note d’intention d'Emmanuel Blanchard

Des effluves revigorants du varech breton aux eaux claires de la Côte d’Azur, des rouleaux de l’Atlantique aux grèves venteuses de la Côte d’Opale, la beauté et la variété des plages françaises constituent l’un de nos plus précieux trésors. Aujourd’hui devenue la destination de vacances d’un Français sur deux, la plage fait tellement partie de nos vies qu’on a presque oublié qu’elle avait une histoire, que cette histoire était, en réalité, bien récente, et que, en un peu plus d’un siècle, elle nous avait transformés.

C’est sans doute l’un des phénomènes les plus importants du siècle dernier. Un phénomène total, qui a radicalement changé nos paysages, qui a accompagné les évolutions de nos mentalités, de notre rapport au corps et aux loisirs. Au fil des décennies, elles se sont imposées comme un symbole de liberté, le lieu de nos retrouvailles avec un état de nature fantasmé, bref, une sorte d’utopie. « Sous les pavés, la plage ! » écrivait-on sur les murs en 1968, avant que, une trentaine d’années plus tard, « Paris Plage » vienne importer le balnéaire au cœur de la capitale.

L’Odyssée des plages nous fait revivre cette aventure, commencée à la toute fin du XVIIIe siècle, avec « l’invention du littoral » (Alain Corbin), pour nous conduire à « l’invention de la plage », telle que nous la pratiquons aujourd’hui. Le film nous amène à la rencontre de pionniers de la baignade, d’architectes démiurges des stations balnéaires et des promoteurs de cet art de vivre qui nous est devenu si familier. Grâce à des intervenants — scientifiques, artistes et témoins de cette histoire, nous décryptons la lente évolution qui nous a amenés à sacrifier aux rituels étranges de la plage, où chaque été, le citadin laisse ses vêtements pour prendre ses quartiers dans ce théâtre unique où chacun regarde les autres en acceptant d’être regardé.

L’Odyssée des plages est jalonnée d’épreuves : combat toujours recommencé contre les résistances d’une France conservatrice, rivalités entre les stations du Nord et du Sud, soif de plage contre protection des côtes, conflits centenaires entre les habitants du littoral et les vacanciers...

La période qui commence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale est celle du triomphe de la civilisation balnéaire. Les congés payés obtenus en 1936 n’avaient que timidement affecté la fréquentation des plages. Après-guerre, ils provoquent enfin leurs effets. Le littoral est aussitôt mis en chantier pour satisfaire une demande exponentielle. L’état s’en mêle, et décide la mise en valeur des côtes du Languedoc et de l’Atlantique Sud, derniers pans du littoral encore vierge. Assainissement, terrassement : des travaux gigantesques voient la naissance de stations d’un genre nouveau, pensées en fonction des désirs formulés avant- guerre. Marinas à Port Grimaud ou à la Baie des Anges, grands ensembles au Cap d’Agde, Port Leucate, La Grande-Motte, etc. Sur fond de révolution des mœurs, on assiste à la bétonisation du littoral.

La prise de conscience intervient tard : après l’enchaînement tragique des marées noires, à partir de 1967, c’est le projet de construction d’une tour de 115 mètres de haut à La-Seyne-sur-Mer qui fait scandale en 1970 et marque un point de non-retour. C’est le début d’une prise de conscience de la fragilité de notre littoral. Sur fond de triomphe de la civilisation balnéaire, les premières politiques environnementales voient le jour.

Au fil de ce récit, nous tentons de comprendre comment est né, en nous, un désir de plage irrépressible, et quels en sont les ressorts. Car au fond, la plage n’est-elle pas la quête d’un paradis perdu ? Un rêve de robinsonnade ? Un peu comme les penseurs des Lumières fantasmant les habitants de ces îles des antipodes, qui vivaient nus, dans un état de nature qu’il nous faudrait retrouver ? Car la plage est bien ce lieu génial que nous avons fabriqué pour renouer avec un état de nature fantasmé.