Temps fort semaine 04

La Case du siècle

L’Idiot international — Un journal politiquement incorrect

  • Documentaire

  • Dimanche 22 janvier 2017 à 22.35

L'IDIOT INTERNATIONAL

Retour sur les grandes heures de « L’Idiot international », une épopée de presse menée tambour battant de 1989 à 1994 par le féroce Jean-Edern Hallier.

Grand mythomane et mégalomane devant l’éternel, à la fois baroque, provocateur, mondain, subversif, Jean-Edern Hallier s’est toujours méfié des étiquettes, préférant adopter la position du franc-tireur irrécupérable. En 1989, cependant, Hallier opère un rapprochement remarqué avec le Parti communiste français. Des épousailles d’autant plus inattendues qu’elles surviennent alors que le mur de Berlin vient de tomber et que le monde communiste chancelle. À y regarder de près pourtant, l’association sert tout le monde. Le PCF, qui entend faire cause commune avec l’écrivain pamphlétaire pour renouer avec la jeunesse et le monde intellectuel. L’écrivain, qui obtient ainsi les moyens financiers de ressusciter L’Idiot international, publication pamphlétaire qui eut une première existence de 1969 à 1972.

Un vent de sédition

Cette deuxième formule de L’Idiot réunit des polémistes de tous bords — des intellectuels de ce qu’on n’appelle alors pas encore l’ultragauche, des théoriciens de la droite extrême, des anarchistes de droite, de gauche ou non encartés : Patrick Besson, Marc-Édouard Nabe, Gabriel Matzneff, Edouard Limonov, Jacques Vergès, Alain de Benoist, Alain Soral, Gilbert Collard… Avec cet « oiseau de liberté aux plumes talentueuses », ce « Canard enchaîné haut de gamme », Hallier entend proposer à ses lecteurs des idées qu’ils ne liront nulle part ailleurs. Une cohérence ? L’anticonformisme. Un esprit de sédition. Du style. Des charges contre l’impérialisme, la mondialisation, l’Union européenne, le libéralisme ou encore la finance à l’heure d’un effacement progressif des clivages… Les plumes de L’Idiot dégainent à tout-va, multiplient les brûlots, les provocations, les attaques ad hominem. François Mitterrand, qui suscite l’aversion générale de la rédaction, est la cible permanente des anathèmes, mais il n’est pas le seul. Les poursuites en diffamation s’empilent sur le bureau d’Hallier, les amendes et les saisies se succèdent. Mais la rédaction ne baisse pas le pavillon. Et les polémiques se poursuivent jusqu’à ce que les huissiers viennent mettre un terme à l’aventure d’un journal satirique endetté à mort et tiraillé entre ses extrêmes.

Jean-François Parouty