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Bachar. moi ou le chaos

  • Inédit

  • Lundi 23 janvier à 22.35

Bachar el-Assad © DR

Ce documentaire d’Antoine Vitkine, Bachar. Moi ou le chaos, retrace le parcours du dictateur et nos relations avec un pays qui se trouve aujourd’hui dans une situation critique.

« Nous dépendons de ce dictateur impénétrable à l’allure de cadre supérieur. Le terrorisme qui nous frappe, la crise des réfugiés, la stabilité du Moyen-Orient, nos relations avec la Russie : tout cela passe par lui. » 

À l’heure où la situation à Alep inquiète le monde entier, où le massacre de la population syrienne est à son apogée, Bachar el-Assad tire encore des ficelles et tente de convaincre qu’il est la meilleure alternative à Daesh. Pourtant, quand il est arrivé à la tête de la Syrie, c’était un homme fréquentable qui incitait à la confiance. Comment cet ophtalmologue est-il devenu l’un des dictateurs les plus craints de notre époque ?

 

Un président timide

Bachar el-Assad, fils d’Hafez el-Assad, ancien dictateur de la Syrie, n’était pas prévu pour succéder à son père. Ophtalmologue de profession, domicilié à Londres, c’est son frère aîné Bassel qui devait prendre la relève. Mais, suite à un accident de voiture en 1994, celui-ci décède ; Hafez el-Assad fait alors appel à son fils cadet. Bachar est élu président de la Syrie le 25 juin 2000, après la mort de son père. En tant que président, la première impression qu’il suscite est plutôt bonne pour les Occidentaux. La France de Jacques Chirac est avenante avec ce nouveau chef d’État ; c’était un jeune président timide, qui n’avait pas le caractère d’un chef, selon son premier vice-président, Abdel Halim Khaddam. Il avait tout à prouver, et c’est avec cet objectif qu’il cherche le soutien de l’Occident, et en premier lieu celui de Jacques Chirac, en se positionnant en réformateur. Il contribue à la lutte anti-terroriste, aux côtés de la France et des États-Unis, en leur fournissant des renseignements et en mettant des agents à leur disposition. Mais quand l’Amérique déclare la guerre à l’Irak, la Syrie se sent menacée…

 

Une première rupture

En 2005, après plusieurs tentatives de la France, c’est le ministre libanais Rafic Hariri qui tente de négocier la libération du Liban. La Syrie, toujours aussi ferme, répond par une vague d’assassinats d’intellectuels et d’hommes politiques à Beyrouth. Quelques jours plus tard, c’est Rafic Hariri, lui-même, qui est assassiné par plusieurs tonnes d’explosifs. La Syrie est directement soupçonnée, les États-Unis et la France rompent avec Bachar el-Assad. Mais quelques années plus tard, fraîchement allié avec la Russie, il tente de se rapprocher à nouveau de la France, après l’arrivée au gouvernement de Nicolas Sarkozy. En échange de la reconnaissance de la souveraineté du Liban, la France accepte de s’allier à nouveau avec la Syrie. Mais aucun contrat n’est signé entre les deux pays…, Bachar souhaitait aussi se rapprocher des États-Unis. C’est ce qui arrive en 2010, déclenchant un sentiment d’invulnérabilité de la part du président syrien, qui doit faire face au soulèvement de son peuple, quelques mois plus tard…

 

Une escalade de la violence

Des premières manifestations spontanées ont lieu en Syrie en 2011 ; des jeunes écrivent notamment sur un mur un graffiti « Votre tour arrive, docteur », à destination de Bachar el-Assad. Les auteurs sont immédiatement arrêtés et torturés par la police politique, déclenchant la colère des Syriens qui réclament davantage de liberté. Les opposants sont de plus en plus nombreux, alors, quelques mois plus tard, Bachar décide d’envoyer l’armée syrienne contre son propre peuple… c’est le début d’une guerre cruelle. Les rebelles s’arment et répliquent, déclenchant une escalade de la violence. En été 2011, Bachar el-Assad perd la moitié de son territoire et le soutien de la France et des États-Unis, l’Occident pense le régime syrien fini. Mais le dictateur enchaîne les crimes de guerre contre son peuple, face aux Nations Unies impuissantes, contraintes à l’immobilisme par la Russie. Le massacre de Damas reste impuni. L’Occident a peur que, si Bachar tombe, Daesh prenne le pouvoir à sa place. Une crainte dont Bachar el-Assad a bien décidé de se servir. Il répond au monde entier que ce sera lui ou le chaos. Il se présente ainsi comme le seul rempart contre l’État islamique.  

 

Un avenir incertain

En 2015, l’armée russe intervient massivement sur le territoire syrien, en prétextant attaquer Daesh. L’armée de Bachar el-Assad récupère de nombreux territoires syriens perdus, notamment Alep. Si la population d’Alep est évacuée, il est impossible de savoir quel sort est réservé aux rebelles, ni ce qui attend les autres villes de Syrie. L’Occident pourra-t-il agir et punir les actes souvent condamnés de Bachar el-Assad ? Ce qui est sûr, c’est qu’il continue de manœuvrer pour rester au pouvoir, tentant de recréer des alliances. « Je ne doute pas qu’il essaye à nouveau de se rapprocher du gouvernement américain, ils ont déjà essayé », confie Robert Ford, ambassadeur des États-Unis en Syrie.

*   *   *

« Jamais un dictateur d’un si petit pays n’a autant pesé sur les grands défis de notre époque. »

« Assad a été très efficace pour mener son conflit à un point où on doit choisir entre son régime et celui des terroristes. »

« Même si les États-Unis, la France, la Russie et l’Iran s’unissaient pour le faire partir, il ne partirait pas. »

Firas Tlass, homme d’affaires et ami d’enfance de Bachar el-Assad

 

Sarah Crétenet

  • Bachar el-Assad et Vladimir Poutine

    © DR
    Bachar el-Assad et Vladimir Poutine
  • Bachar el-Assad

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    Bachar el-Assad
  • Bachar el-Assad

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    Bachar el-Assad