Communiqué du 05 février 2018

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jusqu'à ce que l'amour nous sépare

« INFRAROUGE » PRÉSENTÉ PAR MARIE DRUCKER

Jusqu'à ce que la mort nous sépare

Mardi 26 février 2019 à 23.25

france 2

INFRAROUGE

Jusqu'à ce que la mort nous sépare

Annie vient de passer deux années en préventive à la maison d’arrêt des Baumettes. En liberté conditionnelle, elle attend son procès d’assises. Annie a aimé pendant quinze ans un homme violent. Un jour, elle l’a tué.

 

Séparation

 

 

SYNOPSIS

 

Ranger. Trier. Travailler. Annie se dépêche de vivre.

Annie est une grande femme aux yeux bleu acier. Parfois, elle s’éclaire d’un sourire immense. Parfois, elle se mure derrière un masque d’anxiété.


Annie vit dans un pavillon sans prétention de la périphérie d’une ville moyenne du sud de la France avec 2 de ses 3 enfants. L’un travaille, l’autre s’éveille lorsque la nuit tombe. Le troisième fait des études à Paris. À l’intérieur de leur maison, du désordre et des objets, partout. Rien de cher ou de luxueux. Tout semble en attente. Tout semble avoir été posé là, provisoirement. L’espace est confus. Aux murs, les marques du temps. Des babioles. Une photo d’elle, jeune, belle femme avec cette coiffure datée qui encadre encore aujourd’hui son visage. Quelques clichés des enfants, à différents âges.

Dans la maison, des détails interpellent. Des verrous aux portes, disposés à l’intérieur des chambres. Dans ces portes, des trous, gros comme les poings. Aucune trace du père. Pas d’image.

L’homme était brillant et cultivé. Il était aussi bipolaire. Tantôt violent et exalté, tantôt abattu et dépressif. Annie en était éperdument amoureuse. Ça a duré 15 ans.

Et puis un jour, il l’agresse, ils se bagarrent. Elle le tue.

Après 2 ans de préventive à la prison des Baumettes, Annie rentre chez elle, sous contrôle judiciaire, elle attend son procès d’assises. Elle vit en apnée, en prise avec ses souvenirs, hantée par ses cauchemars. 

C’est à ce moment-là que nous la rencontrons.
Annie est prête à parler. C’est un film dans un temps arrêté. Un huis clos. Nous les avons filmés elle et ses enfants, entre la prison et la prison.

 

Séparation

 

NOTE D'INTENTION
 

La dernière fois que nous avons vu Annie Slama, c’était à la cour d’assises d’Aix-en-Provence.

Le verdict est tombé en début de soirée, le 24 mai 2018. À la question « avait-elle l’intention de donner la mort ? », la cour a répondu « non ».

Juste après le prononcé, Annie a serré ses fils dans ses bras avant d’être conduite à la prison des Baumettes. Les trois hommes ont regardé leur mère descendre du box des accusés. Puis, ils se sont encore dit au revoir, de loin, un peu maladroitement en agitant les mains.

Le procureur général avait requis 22 ans de prison à l’encontre de leur mère. Mais les jurés ont condamné Annie à 5 ans de prison seulement. L’affaire Jacqueline Sauvage est dans toutes les mémoires. C’est le procès d’une femme victime de violences extrêmes.

Mais lorsque nous avons commencé à filmer Annie, 4 ans auparavant, ce verdict n’était pas prévisible. Il n’y avait aucune évidence, et nous ne les cherchions pas.

Nous ne voulions pas faire un film sur l’affaire. Il s’agit bien d’un fait divers, mais nous voulions faire l’inverse d’un film de fait divers.

Le pardon, l'amour, la haine ? Que reste-t-il à cette famille après la violence, avec l'absence et la mort ? Comment se reconstruit-on ? Qu'advient-il du lien familial ? Quelle réalité nouvelle surgit entre les êtres après un tel événement ?

Quelles que soient les circonstances qui l’ont conduite à cette extrémité, c’est un fait : Annie a tué. Cela fait d’elle un être différent. C’est très particulier de côtoyer l’auteur d’un homicide. C’est un travail sur soi de se départir des règles morales et des préjugés. C’est pourtant ce que nous avons choisi de faire.

Annie est déroutante. Intelligente et indépendante. Elle n’a rien de la victime idéale. Pourquoi rester quand la violence fragmente toute une vie de famille ? Là encore, nous n’avons rien cherché à dénouer.

Nous avons filmé chez elle, en huis clos. Très vite, nous avons réalisé qu’il allait falloir ne plus rien chercher de précis sinon l’émergence d’une parole libre. Celle qui questionne ou qui dérange. Celle qui fait vaciller les certitudes.  

Nous avons filmé une année durant, alors qu’aucune vérité judiciaire n’était prononcée. Nous avons enregistré le récit de cette femme et de ses trois enfants. Leur vérité. Ou leurs mensonges, leurs omissions. Qu’importe. Nous avons vu une mère avec ses fils, tous animés d’un lien d’une force époustouflante. Nous avons entendu des gens hantés par l’absent.

Progressivement, nous avons pris un chemin singulier. Nous voulions réussir à nous extraire des questions primaires du vrai ou du faux. Nous avons écouté, c’est tout. Nous nous sommes gardés d’enquêter. Nous n’avons pas cherché à nous procurer les dossiers de la police ou ceux de l’instruction. Pour nous, la vérité n’avait plus d’importance.

Nous voulions faire de ce film quelque chose qui devienne une « expérience d’écoute » plutôt qu’un récit au sens strict. Nous voulions que les sons et les images nous conduisent au-delà de la violence, nous amènent à percevoir les reliefs de l’essentiel : la vie, l’amour, la mort.

 

Séparation

 

Biographie de Alice ODIOT
Lauréate du prix Albert-Londres 2012

 

Après quelque temps passé au Moyen-Orient, elle enquête en presse écrite aux côtés des anciens du journal Actuel. Après un passage à la fabrication des journaux télévisés comme rédactrice en chef, elle s’immerge dans le monde fermé du travail et de la finance en tant que journaliste pour les besoins de différents films documentaires. Son premier film l’amène, avec Audrey Gallet, sur plusieurs continents à démonter un vaste mécanisme d’évasion fiscale. Son enquête parvient à mettre à jour l’implication d’une institution financière publique dans un drame écologique. Elle reçoit le prix Albert-Londres en 2012 pour Zambie, à qui profite le cuivre ? Des bureaux de licencieurs, sur les Champs-Élysées, aux cabinets d’avocats internationaux, elle filme du côté de ceux qui décident des mécanismes de domination économique. Elle poursuit actuellement son travail documentaire en immersion dans l'univers carcéral, tout en enquêtant au Moyen-Orient sur le traitement judiciaire des crimes de guerre.

 

Biographie de Jean-Robert Viallet
Lauréat du prix Albert-Londres 2010

 

Jean-Robert Viallet est réalisateur et journaliste. Il a reçu le prix Albert-Londres en 2010 pour sa trilogie La Mise à mort du travail, une immersion au cœur de grands groupes mondialisés. Son travail s’intéresse aux  zones grises des pouvoirs, à l’ultra-libéralisme, à ses effets secondaires et aux zones de fracture de la société contemporaine.

Parmi d’autres choses, Jean-Robert Viallet a travaillé sur le business des camps de redressement pour adolescents aux État-Unis (Les Enfants perdus de Tranquility Bay), sur le trafic d’armes international (Une femme à abattre) ; avec le philosophe Bernard Stiegler et le producteur Christophe Nick, il a élaboré une critique des médias et de la téléréalité (Le Temps de cerveau disponible). Jean-Robert Viallet s’est aussi intéressé aux liaisons dangereuses entre vendeurs d’armes et partis politiques français dans un documentaire de 6 heures à propos duquel le quotidien Le Monde écrira : « Aussi haletante, alambiquée et humainement puissante que les meilleures séries de fiction, Manipulation, une histoire française méritera d’être revue en regardant les six épisodes à la suite, pour mieux en goûter l’exaltante et terrifiante dramaturgie. »

Après un film dans la France des marges et des oubliés de l’économie globale (La France en face), il a mené une enquête mondiale sur la marchandisation de l’enseignement supérieur (Étudiants : l'avenir à crédit). Il vient d’achever Au nom du progrès, une histoire du capitalisme industriel sous l'angle du dérèglement climatique.